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Accueil > Il y a 150 ans : la Commune de Paris

Mémoires d’un communard, de Jean Allemane

La Découverte, 2001, 576 p., 32,50 €

Mis en ligne le 20 mars 2021 Culture

Jean Allemane est une figure un peu à part dans l’histoire du mouvement socialiste d’avant 1914. La petite organisation qu’il dirige avant la fusion de tous les groupes socialistes dans la SFIO en 1905 se classe plutôt dans l’aile réformiste. En ce début du 20e siècle – la première édition du livre date de 1906 –, Allemane est déjà un vétéran âgé d’une soixantaine d’années, dont les deux tiers au moins de vie militante. Il est créateur et administrateur de coopératives de production, quelqu’un pour qui le socialisme doit « réaliser » des choses concrètes, y compris sous le capitalisme… au risque de s’y engluer, serait-on tenté d’ajouter. Mais il est aussi un partisan de la grève générale, dans laquelle il voit l’embryon d’un pouvoir authentiquement ouvrier, par opposition à la conquête des pouvoirs publics par les élus et parlementaires socialistes.

Syndiqué dès l’âge de 19 ans, à une date (1861) où la grève n’est même pas encore légale et les syndicats encore moins, Jean Allemane traverse la Commune en militant de terrain, en organisateur et en orateur de ces clubs où les ouvriers et les ouvrières se politisent à grande vitesse. Arrêté le 28 mai 1871, il échappe à l’exécution sommaire, mais pas au bagne en Nouvelle-Calédonie, dont il revient en 1880. Cette double expérience politique, du soulèvement et de la répression, n’est sans doute pas pour rien dans son aversion plus instinctive que clairement formulée pour les manœuvres de ceux que nombre d’ouvriers socialistes nomment les « politiciens » socialistes.

C’est à la demande de camarades qu’il rédige ses souvenirs de la Commune et du bagne, publiés 35 ans après l’événement. Il avait collecté à cette fin documents et témoignages. Mais des poursuites judiciaires ont entraîné la saisie et la dispersion de ses archives par la police, obligeant l’auteur à se fier à sa seule mémoire, vivifiée néanmoins par tout un travail de recherche.

Le résultat est sacrément intéressant. Allemane décrit ce qu’il a vu – et souvent fait – en le resituant dans le contexte de la marche générale des événements, en militant, posant au lecteur les problèmes qu’il rencontrait dans le feu de l’action. Cette restitution à 35 ans de distance comporte immanquablement un certain nombre de distorsions, de relectures de l’histoire. Mais le point de vue d’Allemane est celui d’un combattant désireux de gagner.

On peut regretter que l’auteur ne détaille pas davantage la période d’avant le soulèvement, ou bien la vie quotidienne sous la Commune. C’est en effet à sa détention en France et son transfert en Nouvelle-Calédonie qu’il consacre le deuxième tiers du livre, et à son séjour au bagne le troisième, réduisant donc son récit sur la Commune au seul premier tiers de l’ouvrage. Mais ce premier tiers vaut à lui seul la lecture… et la suite ne manque pas non plus d’intérêt !

M. P.

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Il y a 150 ans : la Commune de Paris