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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 77, septembre-octobre 2011 > Crise de la dette, crise du capitalisme !

Crise de la dette, crise du capitalisme !

Les rois de la dette souveraine

Mis en ligne le 25 septembre 2011 Convergences Politique

Dans cette période de famine budgétaire endémique, nombreux se disent « atterrés », « indignés », « révoltés » devant les magots accumulés par les « riches ». Les montants et les frasques des grosses fortunes inondent les gazettes. Certains riches en France, malheureux de l’être trop, ont imploré l’État de les taxer, comme ces 16 « présidents ou dirigeants d’entreprises, hommes ou femmes d’affaires, financiers, professionnels ou citoyens fortunés » qui à la fin août ont lancé un « appel » en faveur de « l’instauration d’une contribution exceptionnelle qui toucherait les contribuables français les plus favorisés. » [1]

Appel entendu par Sarkozy-Fillon qui du tac au tac s’engagent à les taxer de 3 % sur la part de leurs revenus dépassant 500 000 euros annuels (par personnes au foyer). Faut voir ! Cela rapporterait à l’État quelque 200 millions d’euros. Autant mais pas plus que ce qui entre dans les caisses de l’État au titre de l’imposition depuis 2009 des indemnités d’accidents du travail. Handicapés de la fortune, handicapés du travail, même traitement ! C’est la justice sociale à la Sarkozy.

Car il connaît son monde et ne voulait pas décevoir ses « amis du CAC 40 » qui s’étaient bousculés au « Fouquet’s » [2] pour fêter son élection en 2007. Par ordre alphabétique : la famille Bernard Arnault (LVMH), première fortune professionnelle de France avec près de 22 milliards d’euros, la famille Vincent Bolloré (Havas et logistique) dont le patrimoine professionnel est estimé à 3,8 milliards d’euros, la famille Martin Bouygues (BTP, médias et autres), avec un patrimoine de 2,3 milliards d’euros, la famille Serge Dassault (avions, armement et Figaro, qui ne vit que des marchés d’État) avec 7,5 milliards d’euros, la famille Jean-Claude Decaux (mobilier urbain) avec 3,4 milliards d’euros, la famille Desseigne-Barrière (hôtels de luxe et casinos) dont la fortune professionnelle est estimée à 500 millions d’euros. Ni décevoir des amis absents ce jour-là, mais qui ont par la suite fait parler de leur fortune, comme Liliane Bettencourt et son patrimoine de 17 milliards d’euros, l’une des 16 qui a signé qu’une petite taxe serait bonne pour son moral après s’être fait rembourser par le fisc 30 millions d’euros sur une année au titre du bouclier fiscal.

Combien sont-ils ces riches, devenus toujours plus riches ces dernières années ? À combien s’élèvent leurs « biens » ? Opacité et chasse gardée… Mais une enquête de l’INSEE d’avril dernier [3] indique que les inégalités se sont sérieusement creusées en France, par un spectaculaire enrichissement des plus riches depuis 2004, en particulier des « revenus du patrimoine, qui sont fortement concentrés chez les personnes les plus aisées ». Ces revenus progresseraient au rythme de 11 % par an, tandis que ceux des catégories moyennes ou pauvres – à savoir essentiellement des salaires ou indemnités sociales – stagnent, voire baissent.

Suivant de près les goûts et coutumes des clients privilégiés des banques ou sociétés de placements financiers, les agences Merrill Lynch et Cap Gemini publient chaque année un World Wealth Report, sur les « tendances » en matière de placements en banques, bourses, assurances ou achats de luxe de ceux qu’elles appellent les HNWIs (High net worth individuals, Grandes fortunes en français). Leur nombre dans le monde était en 2010 en hausse de 8,3 % par rapport à 2009. Soit quelque 11 millions de personnes, dont la fortune aurait grimpé de quelque 10 % en un an et s’élèverait à un total de 42 700 milliards de dollars américains.

Que veulent dire tous ces chiffres ? Que du fric il y en a, dans les poches de ceux qui jouissent des richesses produites par d’autres, et toujours davantage, tandis que ceux qui les créent de leurs mains et cerveaux s’appauvrissent. Une étude de l’INSEE [4] d’août dernier le confirme : près de 8,2 millions de personnes en France vivent avec moins de 954 euros par mois en 2009 – seuil fixé de « pauvreté ». C’est un record. Les statistiques dégradées du chômage de l’été indiquent que cela empire. Et l’ensemble des salariés en subit le contrecoup : plus de 20 % des quelque 21,5 millions de salariés français perçoivent le Smic ou moins. Pas étonnant que le nombre de dossiers de surendettement (125 000) ait crû de 8,8 % au premier semestre 2011. Même chose en Allemagne, que les gouvernants nous montrent comme « le » pays qui traverserait la crise sans coup férir : c’est aussi la croissance pour les seuls riches. Croissance des « petits boulots » à très faibles salaires pour les autres, que l’équivalent allemand de l’INSEE qualifie de « salariés atypiques » mais vont devenir typiques car leur nombre a grimpé à 7,84 millions en 2010.

La situation est évidemment pire sur certains continents, pour les plus pauvres, qu’elle ne l’est pour les travailleurs d’Europe ou d’Amérique du Nord. Mais partout, les bulles d’endettement des États, comme la dégradation des salaires et de l’emploi, cristallisent le rapport de forces général en défaveur de la classe ouvrière.

Ce serait un leurre de croire, ou de faire croire, comme s’y attachent certains bons samaritains de la gauche, voire de la gauche de la gauche, mettant à juste titre en avant les inégalités sociales croissantes de la planète, que la crise d’aujourd’hui ne serait que celle du néolibéralisme responsable d’une ‘trop’ injuste répartition des richesses. La polarisation toujours croissante de la richesse et de la pauvreté fait précisément partie de la dynamique délétère du capitalisme. À qui veut-on faire croire que c’est en tordant le cou (reste à savoir comment) aux « marchés » qui tyrannisent et pillent les États (ô combien consentants, sinon initiateurs), et en procédant à une réforme fiscale radicale repartageant ‘plus’ équitablement la richesse entre Capital et Travail (reste à savoir comment), qu’on relancerait la machine… infernale ? Décidément non. La faillite du capitalisme ne se résoudra pas par un simple problème de vases communicants.

Michelle VERDIER


[1Voir leur SOS lancé dans le Nouvel observateur du 25 août dernier, numéro 2442.

[2Épinglés dans « Le président des riches », l’ouvrage de Michel Pinçon et Monique Pinçon-Charlot qui vient de reparaître en « poche ». Un pamphlet contre la ploutocratie sarkozyste… mais la ploutocratie n’est-elle que de cette couleur politique ?

[3« Inégalités de niveau de vie et pauvreté de 1996 à 2008 », de Philippe Lombardo, Nathalie Missègue, Éric Seguin, Magda Tomasini – INSEE.

[4« Les niveaux de vie en 2009 », de Philippe Lombardo, Éric Seguin, Magda Tomasini – INSEE.

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