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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 77, septembre-octobre 2011 > L’éducation en danger ?

L’éducation en danger ?

Et le management fut...

Mis en ligne le 25 septembre 2011 Convergences Société

Alors que des milliers de postes directement utiles aux élèves et à leurs parents sont supprimés chaque année, le ministère cherche à renforcer l’encadrement... et son contrôle sur ses salariés.

Les directeurs d’école ne veulent pas devenir des petits chefs

Dans les écoles, les directeurs continuent le plus souvent de s’occuper d’une classe, d’où des rapports égalitaires avec leurs collègues. Le ministère hésite : il aimerait en faire les relais de sa politique au plus près des instituteurs, mais il rogne simultanément sur les décharges de cours pour économiser des postes.

Dans la dernière décennie, il a envisagé de regrouper les écoles dans des Établissements Publics d’Enseignement Primaire (EPEP) – une idée de Jack Lang. Les directeurs d’EPEP auraient alors été complètement détachés de l’enseignement pour mieux en faire des petits chefs. L’EPEP était aussi, sous prétexte de mieux répartir les moyens, une machine à supprimer des classes, voire des écoles entières, en particulier celles qui, en milieu rural, ne fonctionnent qu’avec une ou deux classes couvrant tous les niveaux de maternelle ou de primaire. L’expérimentation a tourné court. Les maires, pour qui l’école est vitale pour le dynamisme de leur commune, ont pour l’instant bloqué ce projet, d’autant que sa gestion aurait été déléguée aux communautés de communes, avec toutes les rivalités de clochers que cela peut comporter. En septembre 2010, toutefois, un rapport recommandait la création d’un clone, les Établissements Public du Primaire (E2P) : affaire à suivre.

Renforcer les hiérarchies existantes

Dans les collèges et lycées, si les chefs d’établissement sont les supérieurs hiérarchiques de tous les personnels, les professeurs font cours comme ils l’entendent : c’est le principe de « l’autonomie pédagogique ». Mais les temps changent.

Le ministère s’évertue à faire du principal de collège ou du proviseur de lycée un véritable petit patron, au nom de « l’autonomie... des établissements » cette fois ! En fait d’autonomie, ce dernier est de plus en plus étroitement contrôlé. Son déroulement de carrière dépend de toute une série d’indicateurs, depuis les performances des élèves aux examens – mieux vaut diriger un établissement recrutant ses élèves parmi les classes aisées – jusqu’à ses propositions de suppressions de classes ou de postes. La promotion de l’établissement par l’obtention d’options rares, de classes « pilotes », par un bon classement au palmarès de revues comme Le Point ou L’Express se confond ainsi avec la promotion de sa propre carrière. Selon ses résultats, le chef d’établissement accèdera, ou non, et plus ou moins vite, à des directions de lycées prestigieux. Avec, à la clé, des variations du simple à plus du double sur le salaire de base. Carotte insuffisante ? Une nouvelle prime a vu le jour en janvier dernier sous la forme d’un « contrat d’objectifs et de performance » d’une période de trois ans, à l’issue de laquelle le proviseur zélé touchera jusqu’à 6 000 euros de bonus [1].

Cela dit, les personnels de direction sont encore recrutés d’abord parmi les enseignants – pour combien de temps ? – et sont plutôt attachés au service public. On voit donc à l’inverse des chefs d’établissement maquiller leurs statistiques pour la bonne cause, et, par exemple, transmettre des prévisions d’effectifs « optimistes » afin de garder des classes.

Innovation managériale... et autonomie des recrutements

Le nouveau dispositif ECLAIR [2] instaure dans les établissements d’éducation prioritaire le « préfet des études ». De la 6e à la 3e, un enseignant par niveau coordonne l’activité de l’ensemble des professeurs concernés. Parallèlement, dans tous les établissements, un conseil pédagogique – une idée du ministre socialiste Allègre – composé notamment du chef d’établissement, de quelques enseignants représentant chaque discipline et d’un CPE, est censé coordonner l’activité des professeurs, tout en respectant leur « liberté pédagogique ». Certains s’évertuent à ne voir là que des moyens pour stimuler le travail en équipe. D’autant que, faute de volontaires, leur pression reste virtuelle. Elle est pourtant appelée à se renforcer. Car, depuis 2005, c’est ce conseil pédagogique qui doit proposer au vote du Conseil d’Administration le « projet d’établissement » devant respecter les objectifs de l’Académie. Un texte qui tend de plus en plus à diriger l’enseignement en classe.

Mais la pierre de touche, c’est la possibilité pour les chefs de recruter eux-mêmes les enseignants de leur établissement. Ils recrutent déjà ainsi les surveillants (AE, AP, AVS, etc.) et, dans une certaine mesure, les agents contractuels. Cette année, le démarchage de profs contractuels auprès de Pôle Emploi a reçu une autorisation officielle du ministre Chatel. Reste que la masse des enseignants est régie par les règles de la fonction publique. Même dans l’enseignement privé, un proviseur ne peut pas recruter vraiment « ses » profs. Mais cela peut changer très vite. Avec les RAR, et plus encore ECLAIR, se multiplient les postes « à profil ». L’enseignant n’est plus seulement recruté pour inculquer une discipline, il doit s’intégrer au « projet d’établissement ». Au cours d’un entretien d’embauche, il fait valoir ses compétences et sa motivation pour décrocher le poste. Si, d’exception, les postes à profil devenaient la norme, on ne serait plus très loin du marché privé de l’emploi. Un proviseur pourrait très bien changer de professeur, y compris un fonctionnaire titulaire du concours, au motif qu’il ne correspond pas au profil recherché. Resterait une certaine garantie d’emploi, celle qui fait que les professeurs sans poste fixe, s’ils ont eu le concours, sont payés aussi en-dehors des périodes où ils font des remplacements. Mais le nombre de postes ouverts aux concours ne cesse de diminuer. Comme il faut un diplôme à bac + 5 pour s’y inscrire, le gros des candidats s’oriente après trois ans de licence vers les nouveaux masters professionnels d’enseignement pour augmenter ses chances. Rien n’empêche le gouvernement de ne plus recruter qu’un nombre symbolique de fonctionnaires via les concours... et de proposer des contrats plus ou moins précaires aux recalés des concours néanmoins diplômés.

Mathieu PARANT


[1À noter que le calcul de la prime des recteurs a été modifié au même moment pour inclure une part variant en fonction de la « réalisation des objectifs ». Pour la première fois cette année, c’était à eux de proposer au ministère la répartition des suppressions de postes dans leur académie...

[2Voir glossaire.

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Numéro 77, septembre-octobre 2011

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