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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 77, septembre-octobre 2011 > L’éducation en danger ?

L’éducation en danger ?

Au-delà des coupes budgétaires, des choix… de classe !

Mis en ligne le 25 septembre 2011 Convergences Société

La réduction du débat public sur l’école aux questions de budget et de suppression de postes permet à la droite d’apparaître vis-à-vis de son électorat comme ayant « dégraissé le mammouth »… et à la gauche de faire oublier que c’est Claude Allègre, le ministre de l’Éducation nationale de Jospin de 1997 à 2000, qui a inauguré la politique menée actuellement. En fait, dès le départ, il s’agissait de remettre en cause la « massification de l’enseignement » telle qu’elle s’était développée pendant une vingtaine d’années.

Du milieu des années 1970 au milieu des années 1990, le niveau du baccalauréat, jusque-là de fait réservé aux enfants des milieux aisés ou de l’aristocratie ouvrière, s’est ouvert à ceux qui n’accédaient auparavant qu’au « cycle court » : trois années d’étude après la cinquième, Certificat d’Aptitude Professionnelle (CAP)... et embauche (éventuelle) dès l’âge de 16 ans aux premiers échelons d’ouvrier professionnel. À l’inverse, à la fin des années 1990, il était courant de trouver des lycéens de 21 ou 22 ans en classe de terminale de baccalauréat professionnel. Il faut dire que la crise avait mis un terme aux « Trente glorieuses » : les gouvernements de l’époque préféraient savoir les jeunes sur les bancs de l’école plutôt qu’ailleurs, dans la rue par exemple !

Des ‘Mac-Jobs’ aux ‘Mc-Jobs’

Ce glissement général, conduisant des couches toujours plus larges à accéder à des niveaux de formation relativement élevés, est, depuis, remis en cause. Nico Hirtt, enseignant belge connu pour ses écrits militants contre « la marchandisation de l’école », rapporte dans Le Monde diplomatique d’octobre 2010 : « Le Centre européen pour le développement de la formation professionnelle (Cedefop) prévoit, pour les années à venir, une augmentation de l’emploi hautement qualifié, mais également ‘une croissance significative du nombre d’emplois pour les travailleurs des secteurs de services, spécialement dans la vente au détail et la distribution, ainsi que dans d’autres occupations élémentaires ne nécessitant que peu ou pas de qualifications formelles ». Une polarisation des besoins de formation illustrée par ce jeu de mots de certains auteurs anglo-saxons opposant les « Mac-Jobs » (allusion à la célèbre entreprise d’informatique Apple) et les « Mc-Jobs » (allusion aux non moins célèbres restaurants McDonalds).

Entamée avec la réforme du baccalauréat professionnel, la refonte du système éducatif s’est poursuivie par celle des bacs technologiques et celle des programmes du lycée général et technologique. Simultanément, l’enseignement primaire est lui aussi réorienté sur les « fondamentaux », en attendant de s’attaquer au collège – les jours du « collège unique » semblent comptés. Par tous les bouts, l’accès des enfants de travailleurs à des études longues est remis en cause (voir L’exemple de l’enseignement professionnel), en même temps que se consolide une conception tout à la fois élitiste et rétrograde de l’enseignement.

La fin de « l’éducation prioritaire »

Auparavant, les établissements classés « ZEP », pour zone d’éducation prioritaire, disposaient de davantage de moyens : postes d’enseignants, de surveillants, limitation du nombre d’élèves par classe, etc. Dans les cités ouvrières, les écoles maternelles ou primaires ont désormais des classes à très forts effectifs. Les efforts des enseignants y sont annihilés par un climat délétère où obtenir le silence dans une classe de nombreux enfants laissés pour compte tient de l’exploit. « De 1997 à 2007, la proportion d’élèves en difficulté de lecture à l’entrée en sixième est passée de 14,9 % à 19 %. La dégradation ne concerne pas les mécanismes de base de la lecture mais les compétences langagières, en particulier le vocabulaire et l’orthographe. Cette baisse est générale et importante dans le secteur de l’éducation prioritaire ». Ce constat accablant émane du ministère de l’Éducation nationale lui-même dans son État de l’École 2010.

Partout, les autorités académiques font pression pour qu’il n’y ait plus de redoublement, allant même, dans certains endroits, jusqu’à diminuer la dotation des collèges qui ne se plieraient pas aux consignes. Or, si le redoublement n’est pas la panacée contre l’échec scolaire, il permet à ceux auxquels il réussit de reprendre confiance en eux et de choisir leur orientation, de ne pas être désignés d’office pour le CAP ou l’apprentissage.

Mais, comme toute régression sociale rejaillit sur l’ensemble de la population, petite bourgeoisie et bourgeoisie comprises, c’est tout le système éducatif qui est atteint par l’esprit étriqué et la médiocrité de ceux qui sont aux commandes. Sous prétexte de développer la culture du résultat, on dénigre les savoirs théoriques au profit de ceux qui peuvent « déboucher » sur des « applications ».

Plus que jamais, c’est la société tout entière que la bourgeoisie plonge dans « les eaux glacées du calcul égoïste ».

Anita SOREL

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Numéro 77, septembre-octobre 2011

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