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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 13, janvier-février 2001

Points de vue

Les raisins de la coordination étaient trop verts…

Mis en ligne le 1er février 2001 Convergences Politique

Dans cette rubrique, militants des deux tendances qui publient Convergences Révolutionnaires, mais aussi lecteurs appartenant à d’autres courants, font part de leurs réactions ou points de vue. Nous leur demandons simplement de respecter les contraintes d’une pagination forcément limitée.


Dans le point de vue exprimé dans CR n° 12, R. Moyon reproche à LO d’avoir saboté les tentatives de mise en place d’une « coordination transparente et démocratique » au profit d’un noyautage occulte de la direction de la Coordination parisienne, lors du mouvement enseignant au début de l’année 2000.

R. Moyon fait un procès d’intention aux camarades de LO. Il parle de « direction autoproclamée et incognito », alors que le collectif qui animait la coordination était ouvert à tous, sur la base du volontariat, y compris à R. Moyon… qui n’a manifestement pas eu cette tentation.

A l’entendre, un syndicat (la CGT) aurait cherché à mettre sur pied une direction démocratique du mouvement à partir des assemblées départementales. Mais comment fonctionnaient-elles ? Les dirigeants de la CGT, comme du SNES d’ailleurs, ont certes accepté dans la plupart des cas de laisser libre cours à la discussion, mais dans la mesure où ils gardaient l’entière liberté – en tant que syndicats – d’appliquer ou non les décisions qui étaient prises lors de ces assemblées. C’est toute la différence avec une véritable direction élue par les grévistes eux-mêmes ou leurs représentants, et qui a des comptes à rendre à ces derniers.

La coordination parisienne ne faisait que regrouper les grévistes les plus déterminés dans ce mouvement. C’était bien sûr une limite considérable, mais elle avait le mérite de mettre sous pression les syndicats et de donner la possibilité au mouvement d’avoir une chance de continuer même si les syndicats ne le voulaient plus. C’est à partir de là qu’on pouvait donner au mouvement la possibilité, en s’approfondissant, de mieux se structurer en échappant à la tutelle des syndicats (avec par exemple des délégués élus par les établissements en grève). C’était un point de départ, et non un point d’arrivée, encore moins un « modèle ».

Ce fut surtout une bagarre. Les syndicats réellement investis dans le mouvement n’ont pas essayé de la boycotter, au contraire, ils se sont tranquillement installés à la tribune. Seulement ils ont dû partager la place avec d’autres, une fois n’est pas coutume. Ce fut une sorte d’équilibre instable, de compromis permanent, à mi-chemin entre une intersyndicale et une véritable coordination. Des dirigeants syndicaux (même s’ils ne furent pas les seuls) sont alors régulièrement intervenus pour dénoncer l’absence ou l’insuffisance de légitimité de cette coordination, en opposant l’exemple des assemblées départementales, où les gens se connaissent réellement. Mais à y regarder de près, ce fut en réalité une tentative pour reprendre la main à partir des endroits où le rapport de force leur était favorable. Ce n’était pas par souci démocratique.

Sur les intentions réelles des dirigeants de la CGT ou du SNES, il n’y avait pas d’illusion à avoir. Au moment de désigner la délégation chargée de rencontrer le ministre, la CGT notamment batailla longuement à la coordination parisienne pour reporter le vote. Puis au moment de l’appel à candidature, une trentaine de candidats se présentèrent « spontanément », semant la confusion en appelant tout le monde à faire de même. Ils avaient un point commun, celui d’être liés à la CGT.

Mais qui le savait ? Les camarades de LO ne reculèrent pas devant cette provocation. Ils proposèrent d’accepter tous les volontaires. Mais le jour de la rencontre, aucun des syndicats qui s’y étaient pourtant engagés publiquement ne les accepta dans sa délégation, le ministre refusant de reconnaître la coordination en tant que telle. Ce fut une tentative de sabotage parmi d’autres.

Le choix n’était donc pas entre une coordination plus démocratique et la coordination existante, mais entre l’existence même d’une coordination – qui avait bien des limites – et l’abandon sans combat de la direction du mouvement aux seuls appareils syndicaux. A poursuivre des chimères, R. Moyon s’est trompé de cible.

Fabien Tobia et Raoul Glaber

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