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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 13, janvier-février 2001 > DOSSIER : La vache folle et les dérives de l’agriculture capitaliste

DOSSIER : La vache folle et les dérives de l’agriculture capitaliste

L’agriculteur dans l’agrocapitalisme

Mis en ligne le 1er février 2001 Convergences Société

C’en est bien fini de l’époque où le paysan dépassait à peine l’autosuffisance, vendait quelques produits pour payer ses charges et l’outil de travail et préparait l’avenir, celui du fils, potentiel successeur. A grands coups de restructurations et de modernisation, le secteur s’est considérablement transformé. L’agriculteur d’aujourd’hui est fortement encadré par un système très administré (quotas, primes, prêts bonifiés, etc...). Beaucoup de sociétés travaillent en amont et en aval autour de lui en utilisant son travail.

Un régime de primes délibérément discriminatoire

De négociations européennes en « rounds » mondiaux du GATT, toutes les productions voient leurs prix se rapprocher inexorablement des cours mondiaux. Les Etats européens continuent pour l’instant d’amortir l’intégration au libéralisme mondial par des compensations diverses en espérant ralentir le choc d’un mouvement aux effets connexes multiples : faillites, écroulement des filières de production, contestation virulentes de la profession. Il y en a pour tous les goûts : prime au bovin mâle, à l’abattage précoce du jeune veau, à l’arrachage, voire à la replantation du même arbre quelques temps après, à l’irrigation, au drainage, la cessation laitière, au maïs fourrager, à la graine de lin, à la destruction de la pomme de terre excédentaires, etc. etc.. Ces primes considérables, 48 % du budget européen va à l’agriculture, favorisent la grosse exploitation intensive en production végétale et animale et encouragent la course aux hectares, aux bêtes, aux ateliers hors-sol (élevés hors pâturage). Les céréaliers qui dégagent un revenu moyen annuel de 185 000 F ont une augmentation par le montant des primes, de 80 % en moyenne. Une ferme céréalière commune de la Beauce (350 ha) engrange plus d’un million de francs de primes. C’est elle la gagnante d’un projet agro-industriel qui offre au secteur céréalier 80 % de l’aide publique alors qu’il ne représente que 20 % des exploitants.

A l’inverse pour les fermes familiales, qui ont la plus forte charge de travail, les primes sont soumises à des conditions très discriminantes. En outre elles pénalisent une agriculture détachée des filières industrielles. Par exemple en élevage elles méprisent l’utilisation de l’herbe, écologiquement acceptable, pour favoriser les cultures fourragères polluantes, comme le maïs en ensilage [1] qui, en évitant de replanter en herbe, abandonne le sol nu l’hiver aux ruissellements des eaux de pluie, chargées des reliquats d’engrais et de phytosanitaires [2].

Parfois même les aides favorisent les banques en finançant par exemple des prêts à taux plus avantageux, que l’agriculteur sera bien obligé de rembourser et qui augmentent sa dépendance vis-à-vis du Crédit Agricole, comme le dernier plan d’aide pour faire face à la crise bovine.

Les trusts réalisent la plus grosse marge sur le dos des paysans

Le paysan est pris dans l’étau. En amont les trusts semenciers, phytosanitaires et pharmaceutiques (souvent les mêmes : BASF, Monsanto, Rhône-Poulenc, Elf-Agro...). En aval les circuits de transformation et de vente. Ce sont eux qui réalisent les bénéfices sur son travail et ses risques. Les agriculteurs deviennent des travailleurs à façon, fabricants de matières premières qui doivent être, quelle qu’en soit la qualité, à bon marché.

Un exemple parmi d’autres : depuis 1989 le triage à façon de la semence fermière a été interdit. Il n’est plus possible de récolter son blé, le trier soi-même pour le semer ultérieurement. La dépendance de l’agriculteur vis-à-vis des trusts semenciers fabriquant des grains hybrides [3] stériles, voire OGM, enrobés d’un répulsif contre les nuisibles, est totale. Pour le prix d’un kilo de semence certifiée on a plus de 30 kg de semence fermière !

Les agriculteurs sont soumis, seuls ou par groupements et coopératives interposés, à la grande distribution qui vend leurs produits en enregistrant au passage de substantiels bénéfices. Carrefour / Promodès fusionnés, numéro 2 mondial de la grande distribution, numéro 1 européen, contrôlent à eux seuls 25 à 30 % des produits alimentaires vendus sur le territoire français. De fait, c’est le premier partenaire de l’agriculture française qui impose ses conditions.

On commence à voir apparaître en France de grosses fermes, invendables par leur taille à un paysan, et achetée par une banque ou une société d’assurance. Un fermier, quasi-salarié y est alors mis en place. Il rétribue annuellement les actionnaires par des dividendes. La règle est la production ou l’élevage intensifs, avec comme seul critère la rentabilité immédiate. Il existe par exemple un système américain pour l’élevage où l’ordinateur fait la ration en suivant les cours des aliments au marché à terme de Chicago : les besoins du bétail et de la protection de la nature sont bien loin !

Et pourtant d’autres vivent l’agriculture autrement

Aujourd’hui des syndicalistes paysans s’opposent à ces néfastes évolutions, avancent le fruit de leur réflexion, défendent des contre-projets, luttent pour une agriculture à échelle humaine. D’autres s’installent hors-norme, sans prêts, sans primes, en bricolant petit à petit, jusqu’à s’inscrire durablement dans la population active agricole. Des dizaines de milliers vivent de la vente directe de leurs produits, les valorisant au maximum, court-circuitant les intermédiaires, établissant un rapport de confiance avec leur clientèle. Enfin, et c’est une tendance qui se développe, ils pratiquent une activité durable ou bio, qui n’hypothèque pas l’avenir des futures générations.

Seul un mouvement social, à l’échelle de toute la société permettra de nourrir sainement les populations, d’entretenir les territoires et d’assurer par la juste répartition des moyens de production le devenir de ces travailleurs.

Raymond COUTE


Le goût a un coût (L’argent lui n’a pas d’odeur, sinon sale….)

L’alimentation occupe un poids toujours très important dans le budget des ménages. Un indice : la montée de la pauvreté a entraîné la réapparition de mesures d’urgence, telles que la distribution d’un vrai petit déjeuner aux enfants en maternelle, des mesures de gratuité de la cantine pour certains enfants, les restaurants du Cœur pour adultes, en principe réservés aux SDF, mais dont la clientèle s’étend à certains salariés…

Ces mesures d’urgence posent à elles seules la nécessité vitale de la disparition du chômage et des salaires de misère, et relativisent celle de la qualité de la nourriture. Ce qui fait bien l’affaire des marchands de mal bouffe, qui prétendent faire du social en offrant de la nourriture à bas prix (c’est aussi le discours des fabricants de céréales OGM qui prétendent lutter contre la faim dans le monde…)

Autre indice : la multiplication de magasins discount (ED, Leader…) fréquentés par les couches les plus pauvres. « Dis moi ce que tu manges, je te dirai qui tu es » pouvant se convertir en un « dis-moi où tu fais tes courses »…

La « fracture sociale » concourt à la mal bouffe, et ce ne sont pas les traditions Nord américaines en matière culinaire qui pousseront en sens contraire, en ces temps d’impérialisme triomphant.

Car le capitalisme, ce n’est pas seulement le manque d’argent pour acheter de bons produits. C’est aussi le manque de temps pour préparer la nourriture et choisir les aliments, et le manque de lien social pour prendre goût à les manger.

Y. B.


[1Hachage et fermentation du fourrage, plus nourrissant.

[2Produits destinés à combattre les maladies des plantes.

[3Issus d’un croisement de variétés ou d’espèces

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