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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 13, janvier-février 2001 > DOSSIER : La vache folle et les dérives de l’agriculture capitaliste

DOSSIER : La vache folle et les dérives de l’agriculture capitaliste

Après nous le déluge !

Mis en ligne le 1er février 2001 Convergences Société

Pour les amérindiens les richesses naturelles ne nous sont pas léguées par nos parents, mais nous sont confiées par nos enfants. Pour l’agriculture intensive c’est : « après nous le déluge ».

Une agriculture destructrice

La fertilité des sols d’Europe vient entre autres de 1’usage pendant des siècles de la traction animale et de la mise en jachère régulière qui ont permis leur enrichissement des sols en humus par le fumier. La rupture de cet équilibre au cours de ce siècle ainsi que la recherche systématique des meilleurs rendements ont eu pour effet une pénurie actuelle d’humus faussement réglée par l’épandement des boues de station d’épuration (des déchets industriels) qui polluent les nappes phréatiques. Or on connaît l’effet toxique des métaux lourds, plomb, mercure... qui se concentrent dans les chaînes alimentaires (rappelons-nous de l’empoisonnement par les poissons intoxiqués à Minamata au Japon qui fit 43 morts en 1956 et provoqua de nombreuses malformations congénitales).

L’usage massif de produits chimiques (pesticides, fertilisants) a permis une spécialisation des exploitations agricoles rentable à court terme, mais qui génère des dommages irrémédiables. Alors que tout organisme vivant qui fabrique une molécule élabore en même temps la chaîne enzymatique capable de la détruire ( c’est d’ailleurs pour cette raison qu’il est vital de répertorier la totalité du patrimoine génétique de notre planète qui recèle des richesses énormes), un produit chimique fabriqué par I’homme est destiné le plus souvent à s’accumuler. On connaît la pollution des nappes phréatiques par les engrais ou les élevages hors sol de porcins, mais il y a d’autres risques.

Par exemple le DDT, le lindane qu’on a massivement utilisé dans les années 60 contre les moustiques disparaissent difficilement. Les oiseaux qui mangent les insectes ainsi « traités » les accumulent dans leurs graisses et deviennent stériles. Plus récemment, un insecticide vendu sous le nom de « Gaucho » créé pour traiter les exploitations de tournesols a détruit les abeilles des apiculteurs voisins, devenues paralysées ou folles, incapables de retrouver leur ruche.

Le retour à un équilibre agro-sylvo-pastoral au sein de chaque exploitation agricole permettrait de résoudre bon nombre de dommages actuels :

  • Le céréalier beauceron pourrait valoriser sa paille en fumier au lieu de la brûler ;
  • un maillage du paysage par des haies et des bosquets permettrait d’allonger le cycle de 1’eau, d’améliorer son épuration, de diminuer 1’érosion des sols, les inondations,.
  • 1’éleveur hors-sol de Bretagne pourrait utiliser autrement son lisier au lieu de 1’épandre sur des sols filtrants, polluant les nappes phréatiques et rendant les eaux impropres à la consommation.

Une agriculture dangereuse pour la santé

On connaît les problèmes dus à l’ESB, après ceux des poulets aux hormones. Il y en a de moins connus, comme ceux liés aux antibiotiques.

Ils sont épandus dans la nature. Les agents infectieux présents sur les cultures traitées deviennent résistants par mutation, ce qui rend les antibiotiques à usage médical de moins en moins efficaces. L’Etat d’Israël par exemple, autorise le traitement des agrumes aux antibiotiques.

Ils sont utilisés pour favoriser la croissance des poulets dans les élevages intensifs où les animaux sont préventivement gavés d’antibiotiques, avec les mêmes problèmes de perte d’efficacité de ces médicaments.

Certains incorrigibles optimistes relativisent les problèmes actuels de santé publique en soulignant qu’il y a toujours eu des risques alimentaires. Ils citent le « mal ardent » du Moyen Age, qu’on sait aujourd’hui dû à la contamination du seigle par un champignon dont on a tire le fameux LSD. Mais il ne faut pas se moquer du monde. Il n’y a rien de comparable entre une pathologie qui se développe au sein de 1’espece humaine par méconnaissance de son mode de propagation, et une maladie incurable comme celle de Creutzfeldt-Jakob, dont des capitalistes sans scrupules qui donnent des cadavres à bouffer à des herbivores sont responsables.

Nestor MURBA


Histoires d’eau

Le cycle de l’eau a été profondément modifié par la suppression du bocage dans les régions de l’ouest (arrachage des haies, suppression des bosquets, des talus et des fossés). En supprimant les prairies, les sols ont été mis à nu et davantage compactés par des labours répétés utilisant des engins de plus en plus lourds. Il s’agissait alors de remplacer un élevage extensif par une production intensive de céréales sur de grandes surfaces afin de nourrir ces mêmes animaux… hors-sol. Mais le résultat, ce fut aussi un cycle de l’eau raccourci, puisqu’elle s’infiltre assez peu et dévale les pentes, emportant au passage une certaine quantité de terres. Les nappes phréatiques ne sont plus alimentées comme autrefois, les inondations se multiplient. En Beauce, l’épuisement des nappes phréatiques est devenu une réalité depuis une quinzaine d’années, à cause d’une irrigation excessive destinée à augmenter toujours plus les rendements.

La pollution des sols et de l’eau a des aspects multiples. La Bretagne est la région la plus polluée d’Europe, en concurrence avec la Hollande et pour les mêmes raisons : le lisier de porcs. Or en Hollande, des investissements considérables ont été faits pour tenter de le recycler. Cela ne suffit pas. En d’autres termes, la concentration de l’élevage a aussi ses propres limites, et c’est bien toute l’organisation de la production qu’il faudrait revoir.

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