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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 13, janvier-février 2001 > DOSSIER : La vache folle et les dérives de l’agriculture capitaliste

DOSSIER : La vache folle et les dérives de l’agriculture capitaliste

Plusieurs agriculteurs

Mis en ligne le 1er février 2001 Convergences Société

Parler des paysans aujourd’hui ou du « monde agricole » revient à mettre sur un même plan Bouygues et un artisan maçon. Il n’y a pas de classe sociale agricole, mais des agriculteurs.

Ils sont de moins en moins nombreux…

La baisse du nombre d’actifs qui s’est amplifiée après la seconde guerre mondiale, a été organisée par le traité de Rome, les lois d’orientation de 60 et 62, puis la réforme de 1992 :

population agricole En % des actifs En quantité
1960 20 3 600 000
1990 6 1 500 000
2000 4 800 000

L’érosion se poursuit : 1’objectif (inavoué) est d’arriver à 350 000 actifs, ce qui se produira bientôt si on considère la pyramide des âges des agriculteurs : en 1970, les personnes de plus de 50 ans n’étaient pas plus nombreuses que celles de moins de 20 ans. Actuellement, le rapport est de 3 pour 2.

…dans des exploitations de plus en plus grosses…

La taille moyenne des exploitations a une signification relative car elle cache des disparités selon les régions et les productions. Quoi de commun entre un petit fermier locataire de son exploitation, et le propriétaire-récoltant d’un vignoble de Champagne d’une quinzaine d’hectares ?

Cependant, son évolution est intéressante et reflète bien la concentration du secteur qui s’opère lentement mais sûrement. La taille moyenne est passée en effet de 19 ha en 1970 à 29 ha en 1987 et 35ha en 2000. L’agriculture est devenue de plus en plus productive et exportatrice. Les choix ont favorisé les exploitations pouvant le mieux répondre à ces défis : à l’extension des exploitations de l’Ouest répond la désertification des zones de montagne.

…aux rendements et à l’intégration dans les filières agro-alimentaires croissants

Les rendements ont doublé ou triplé en moins de 30 ans, les productions spécialisées ont fait des progrès considérables, l’élevage s’est industrialisé par des productions hors sol (élevé hors pâturage), le tout générant des excédents, entraînant des déséquilibres, des pollutions. En outre le travail s’est déplacé vers les industries agro-alimentaires, le commerce, le machinisme agricole, etc. : un ouvrier produisant des herbicides remplace cent, deux cents paysans occupés à biner leur champ.

Derrière une stagnation du revenu moyen des agriculteurs, il y a des disparités énormes de revenus qui vont en s’accentuant

100 000 « agro-managers » produisent à eux seuls 50 % des productions agricoles et le quart des exploitations touche 70 % des revenus du secteur. Les 10 % les plus riches ont un revenu 12 fois supérieur aux 10 % les plus pauvres. 48 % des paysans touchent moins que le SMIC : sur ces 48 % la moitié a un revenu négatif, notamment par endettement.

Les subventions qui entrent pour une large part dans le revenu des agriculteurs accroissent cette inégalité. Celles-ci favorisent un modèle agricole intensif et productiviste, donc les exploitations déjà importantes. 20 % des paysans drainent 80 % des subventions, et les 25 % les plus riches ont 20 fois plus d’aide que les 25 % les plus pauvres !

Pendant que les gros céréaliers, betteraviers ou viticulteurs spécialisés roulent sur l’or, au sein des petites exploitations il y a de plus en plus de doubles actifs par nécessité. Là où autrefois la compagne de 1’exploitant travaillait sur la ferme, beaucoup maintenant sont obligées de devenir infirmières ou caissières de supermarché pour faire bouillir la marmite. Nombre de paysans de montagne sont agriculteurs 1’été et perchistes en hiver. Et dans une petite exploitation familiale, la charge de travail se rapproche plus du « mi-temps 12 heures par jour » de Coluche. Si par malheur la ferme comporte de 1’élevage ou de la production laitière, c’est la vie entière qui est consacrée à l’exploitation, avec des contraintes d’autant plus lourdes que les investissements sont importants. L’élevage en batteries n’a rien d’une sinécure !

La modernisation capitaliste de l’agriculture est donc loin d’avoir apporté la prospérité pour tous, bien au contraire. Elle a surtout eu pour conséquence d’intensifier le travail et d’accroître les disparités au sein du monde paysan.

Sacha POQUET

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