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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 13, janvier-février 2001

Corse : des accords en trompe-l’œil

Mis en ligne le 1er février 2001 Convergences Politique

A la fin de l’été, la question corse a beaucoup agité la presse et les responsables politiques français.

Les accords de Matignon, adoptés par l’Assemblée de Corse en juillet et qui seront soumis au vote du Parlement début 2001 ont souvent été présentés comme un facteur d’éclatement de la nation française, comme une mainmise de la mafia, comme une capitulation devant les terroristes. D’autres à gauche les ont présentés comme un cheval de Troie contre les droits sociaux...

Dans les accords de Matignon eux-mêmes, il n’y a pas de quoi fouetter un chat et le bruit qui les entoure relève plus du jeu politique que de leur contenu. Ces accords, passés dans les couloirs, et sans que jamais les Corses eux-mêmes n’aient été conviés à donner leur avis portent la marque des intérêts de ceux qui les ont conclus.

Une île laissée pour compte

Depuis des décennies, la Corse vit en respiration artificielle. L’immense majorité des emplois sont des emplois publics, l’industrie y est quasiment inexistante et l’Etat français y insuffle pensions et allocations pour amoindrir le plus faible niveau de revenu au niveau français et un niveau de chômage record. Cette situation est le reflet du manque d’intérêt qu’a toujours représenté l’île pour la bourgeoisie française.

La revendication régionaliste dans les années 60, puis nationaliste dans les années 80/90, vient évidemment de l’absence de la reconnaissance de la langue et de la culture corses (comme c’est le cas au Pays Basque), mais aussi d’une situation sociale particulière. Pendant des décennies, l’octroi de pensions ou d’avantages individuels, l’aide à l’obtention d’emplois sur le continent (essentiellement dans la Fonction publique) ont été l’arme des notables politiques pour acheter les voix.

Les dirigeants politiques de l’île sont partagés en deux orientations fondamentales : les accords sont surtout et d’abord un compromis entre eux, obtenu par le gouvernement français, pour donner l’impression d’une solution face à la crise sociale et politique de l’île.

Une bonne partie des élus, à gauche comme à droite, voudrait le maintien de ces relations politiques clientélistes, basées sur la distribution d’avantages accordés par l’Etat. Une autre partie de la bourgeoisie, notamment José Rossi, président de l’Assemblée territoriale, voit d’un bon œil les nouvelles possibilités ouvertes par l’Union européenne.

Aussi, depuis plusieurs mois, un débat a lieu dans l’Assemblée territoriale sur l’avenir de l’île.

Un nouveau projet pour la bourgeoisie

Le projet, de longue date, de J.Rossi est le développement d’un tourisme de luxe (à l’image du domaine de Sperone dans le sud-est de l’île, parsemé de villas de luxe pour la jet set française), et aussi d’entreprises de la « nouvelle technologie », s’inspirant de la zone Sofia-Antipolis près de Nice. Pour ce projet, il voudrait insérer la Corse comme « région » dans l’Union européenne (comme le fait la Catalogne), et chevauche les revendications nationalistes en proposant ouvertement un accord avec la principale composante du mouvement nationaliste, la Cuncolta Naziunalista qui n’a pas, en fait, de projet politique indépendant.

Cette dernière, derrière une revendication générale de libération nationale et de reconnaissance du peuple corse, n’a pas en fait de projet social répondant aux aspirations des salariés et de la jeunesse corse et se trouve embarquée dans le projet bourgeois de José Rossi, beaucoup espérant sûrement récolter une part du fromage. Pourtant, une des bases de développement du courant nationaliste dans les années 80, notamment dans la jeunesse, vient du rejet du sous-développement social, de la révolte contre la corruption du système politique. L’affairisme, le sous-développement économique, le chômage et la faiblesse des revenus ne seront en rien réglés par les accords de Matignon qui ne sont qu’un point d’appui pour la bourgeoisie corse pro-européenne pour bénéficier d’un peu de marge de manœuvre pour faire ses affaires.

Un grand nombre de revendications populaires en Corse portent sur la reconnaissance de la langue (parlée par une large majorité de la population), sur la volonté de maîtriser les choix économiques et sociaux face aux affairistes et aux notables, mais cela n’est pas la préoccupation de José Rossi, de Talamoni ou de Jospin.

Le droit à l’autodétermination pour les Corses est un droit démocratique que nous devons soutenir. Mais il ne pourra correspondre aux intérêts des travailleurs et de la jeunesse de l’île que s’il est joint à un programme anticapitaliste, un programme correspondant aux besoins sociaux.

Des accords de classe

Les accords Matignon ne concernent que les exonérations de droits de succession, un hypothétique pouvoir réglementaire dans trois ans, sous surveillance du gouvernement français, et des conditions d’enseignement et de reconnaissance de la langue qui sont bien loin derrière celles existant en Alsace. Ces accords, qui peuvent choquer dans un pays de tradition jacobine comme la France, ouvrent bien moins d’autonomie qu’il en existe évidemment au Pays Basque ou en Ecosse, mais même en Sardaigne ou en Bavière.

Le chemin de l’émancipation pour les exploités en Corse viendra sûrement de la lutte pour la reconnaissance du droit démocratique concernant une langue parlée par la grande majorité de la population, mais il ne faudra compter ni sur Rossi ni sur Talamoni (le dirigeant de la Cuncolta Naziunalista) pour obtenir l’émancipation sociale et politique à laquelle aspirent de nombreux salariés et jeunes dans l’île.

Le 20 Décembre 2000, Laurent Carasso

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Réactions à cet article

  • Personnellement je pense que si la France veut maintenir la Corse sous sa tutelle c’est pour des raisons économiques quoique d’après le texte, la situation de la Corse ne soit pas très stable et intéressante pour la France. Elle pose beaucoup de problème au niveau de toutes ses requêtes nationalistes à la France alors pourquoi la France n’accepte pas une fois pour toutes de donner son indépendance à la Corse ? pour qu’elle se dirige elle-même ? La France pourrait garder des accords économiques de manière à l’aider au début puis échanger avec elle (mais peu être que la Corse n’as pas trop de ressources, ça je ne sais pas.) De plus la Corse est une île elle est donc déjà séparé de la France et même délaissé de celle-ci, elle se portera que mieux d’être indépendante ! Ce n’est pas comme la Bretagne qui fait partie intégrante de la France et de son patrimoine. Je ne vois pas quels intérêts à la France de vouloir garder la Corse alors qu’elle l’empêche d’une certaine manière de se développer. Je ne connais pas très bien la politique voila juste mes raisonnements et j’aimerai avoir votre avis, peu être m’informerai vous de données que j’ignore.

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