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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 116, décembre 2017 > Le spectre de l’ubérisation

Le spectre de l’ubérisation

Les coupeurs de cheveux (et de revenus) en quatre

Mis en ligne le 13 décembre 2017 Convergences Société

L’ubérisation tend à remplacer des salariés par des faux indépendants. Mais voilà qu’elle tend aussi à transformer de vrais indépendants en faux salariés ! De l’hôtellerie à l’immobilier et au bâtiment, les plateformes s’immiscent pour trouver des nouveaux clients aux commerçants et artisans indépendants. Pas qu’ils avaient des difficultés à en trouver jusque-là, mais les comportements changent et une part croissante des clients passent désormais par internet. Ainsi, les plateformes comme GoVoyages, Booking, LaFourchette ou Superprof proposent aux petits commerçants d’augmenter leur taux de remplissage… à condition d’accepter des tarifs préférentiels pour les clients de la plateforme et de verser une commission au passage.

Un exemple est parlant : celui de la start-up LeCiseau qui permet aux coiffeurs de six villes de France, dont Paris depuis le 14 novembre, d’attirer des clients en proposant des coupes à moitié prix aux heures creuses. Entre le rabais et la commission de 20 % prélevée par LeCiseau, il ne reste que 40 % du tarif normal pour le coiffeur, mais comme les coiffeurs ont 90 % de charges fixes, une clientèle supplémentaire, ce ne serait que du bénef ! Selon le cofondateur de la start-up : « En apportant notre savoir-faire technologique et marketing, on peut aider ce marché à passer de 6 à 10 milliards d’euros » [1]. Bientôt la fin des cheveux longs et des barbes de hipster ? Et la tonte du revenu du coiffeur par la même occasion.

Imaginons maintenant que la position des plateformes continue de s’étendre, au point qu’une majorité de la clientèle des artisans et petits commerçants s’adressent à elles via internet. Ceux-ci n’auraient alors plus le choix de verser ou non une commission aux plateformes, cela deviendrait une nécessité pour leur survie, tout comme ils n’ont pas d’autre choix que de verser un taux d’intérêt aux banques qui les financent. En faisant mainmise sur la clientèle, les plateformes prendraient le contrôle de l’activité de cette petite-bourgeoisie jusque-là éclatée. En jouant sur les algorithmes, elles pourraient même favoriser tel ou tel artisan qui aura versé une commission supérieure.

Derrière le processus en cours, qui n’en est encore qu’à ses débuts mais attire déjà nombre de jeunes loups, c’est une nouvelle forme de concentration du capital qui s’opère dans les secteurs à faible capital.

M.S.


[1 Bergé F., « Pour remplir les salons de coiffure aux heures creuses, cette plateforme casse les prix », bfmtv.fr, 18 novembre 2017.

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