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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 102, novembre-décembre 2015

Daech, passé du rang d’allié possible à celui d’ennemi public numéro 1

L’hypocrisie des grandes puissances

Mis en ligne le 9 décembre 2015 Convergences Monde

Comment Daech est-il devenu l’ennemi public no 1 de toutes les grandes puissances liguées contre lui pour un temps tout au moins ? Au point que les cartes diplomatiques se rebattent, que les vestes se retournent ? Bachar al-Assad, le dirigeant syrien, n’est plus l’homme à abattre ; Fabius lui-même vient de le dire, ce vendredi 27 novembre : « il y a deux séries de mesures : les bombardements [...] et des forces au sol, qui ne peuvent pas être les nôtres, mais qui doivent être des forces de l’Armée syrienne libre [opposition], des forces arabes sunnites, et pourquoi pas des forces du régime » . Hollande se félicite d’avoir rallié à sa « grande coalition » Poutine (à moins que Poutine n’ait rallié Hollande !), alors qu’à l’été 2013, il reprochait à Obama d’avoir suivi les conseils du président russe pour ne pas partir bombarder la Syrie d’Assad, quand lui, président français, brûlait déjà de le faire. Et l’Iran, avec son régime dictatorial, champion de l’intégrisme religieux, mis au ban depuis plus de 30 ans par les USA et leurs alliés, est devenu le partenaire indispensable pour « lutter contre Daech » . Sans blague ! À moins qu’il ne s’agisse de maintenir l’ordre dans la région, ou d’y prétendre, après le chaos qu’y ont mis les guerres d’Afghanistan et d’Irak.

Les mouvements dictatoriaux et terroristes comme Daech (il n’est pas seul du genre) sont ennemis des peuples et des travailleurs. Les attentats aveugles du 13 novembre à Paris, comme l’explosion en plein vol d’un avion de touristes russes ou le dernier attentat meurtrier au Liban, tous revendiqués par Daech, viennent de le rappeler.

Mais sans vouloir en rien justifier Daech, force est de constater que les attentats de ces derniers jours sont une retombée de la guerre menée dans la région par les grandes puissances, en particulier de leurs bombardements en Syrie et au nord de l’Irak, qui ont commencé, on s’en souvient, à l’été 2014. Ils ne touchent pas que les positions de l’organisation djihadiste, ils sèment aussi la mort parmi les populations civiles. Les derniers attentats étant d’ailleurs le prétexte pour faire avaler cette sale guerre, qui probablement éveille plus de vocations à rejoindre Daech qu’elle ne lui nuit.

Dictatoriale, terroriste contre les populations des régions qu’elle contrôle, l’organisation Daech l’est depuis bien longtemps. À l’instar des autres groupes djihadistes qui se sont développés ces dernières années, il a profité du chaos créé par les interventions militaires des grandes puissances impérialistes, de la misère de la population, du désarroi de la jeunesse, pour tenter de se tailler un fief. Mais ce n’est pas ça qui troublait alors les présidents Obama ou Hollande.

Des organisations comme Daech, ou son jumeau le front Al-Nosra, branche d’Al-Qaïda en Syrie, sont passées maîtres dans l’art de terroriser les populations, à commencer par « les leurs » : massacres, terreur, esclavage sexuel des femmes, viols, décapitations, ennemis brûlés vifs dans des cages, tout ça devant les caméras. Et ils ne sont pas les seuls à se livrer à pareille barbarie : il faudrait aussi parler des exécutions publiques, cadavres pendus au-dessus des rues pour édifier les populations, de la très « civilisée » Arabie Saoudite, dont Hollande aime tant le roi... grand consommateur de Rafales. « Daech noir, Daech blanc, écrit un journaliste du New York Times. Le premier égorge, tue, lapide, coupe les mains, détruit le patrimoine de l’humanité, et déteste l’archéologie, la femme et l’étranger non musulman. Le second est mieux habillé et plus propre, mais il fait la même chose. L’État islamique et l’Arabie saoudite. » [1]

Mais face aux révolutions arabes de 2011, depuis qu’avec la vague de révoltes en Syrie les grandes puissances ont pensé que la dictature d’Assad allait s’effondrer, comme celles de Ben Ali et Moubarak, il fallait à tout prix éviter que la population ait son mot à dire, étouffer les aspirations et mobilisations. Tous les candidats au pouvoir étaient donc bons à prendre, aux yeux des grandes puissances occidentales, peu importe qu’ils soient tous plus réactionnaires les uns que les autres : des quelques notables bourgeois émigrés se rassemblant en Turquie pour former un gouvernement provisoire fantoche, aux Frères musulmans et divers groupes djihadistes, en passant par les dissidents de l’armée d’Assad devenue « Armée syrienne libre ». Si aucune de ces forces n’apparaissait, à elle seule, comme une solution fiable pour remplacer Bachar al-Assad en Syrie, elles ont été autant de cartes jouées, par le biais des alliés locaux des puissances occidentales. Tous ces bandits réactionnaires ont été financés, voire armés sous les yeux complaisants des chefs démocrates occidentaux, par les soins de l’Arabie Saoudite, du Qatar ou de la Turquie. Y compris Daech.

Daech n’est apparu à la face du monde comme l’ennemi à abattre que lorsqu’il s’est emparé en juin 2014 de la ville irakienne de Mossoul. Une ville de plus de 2 millions d’habitants, la deuxième du pays, future capitale religieuse de ce futur « État islamique » à cheval sur la Syrie et l’Irak, baptisé « nouveau califat » par son chef Abou Bakr al-Bagdadi.

L’organisation djihadiste sortait du cadre où Hollande ou Obama auraient voulu la voir confinée : celui d’un des multiples pions dont on pouvait se servir en Syrie pour contrôler la population et contribuer à la chute du régime d’Assad, sans risque de débordement populaire.

Bientôt, l’État islamique a conquis, le plus souvent sans avoir à mener de combats durs, plus des trois quarts des zones nord-ouest de l’Irak, à population en majorité sunnite. Un an après, il était à la tête d’un territoire de près de 300 000 km2 et 8 à 10 millions de personnes. Dont une partie des zones pétrolières du pays. L’organisation Daech revendiquait sa part de gâteau, s’en attribuant déjà un bon morceau. Elle faisait voler en éclat l’Irak tel que le gouvernement américain avait tenté de le reconfigurer sous la houlette d’un régime à sa solde.

De tous les crimes de Daech, c’était le seul impardonnable aux yeux des grandes puissances.

27 novembre 2015, Léo BASERLI


[1Kamel Daoud, « L’Arabie Saoudite, un Daech qui a réussi », New York Times, 20 novembre 2015

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