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Il y a 150 ans, la Commune réprimée dans le sang

Mis en ligne le 3 juin 2021 Politique

Le 21 mai 1871, 70 000 soldats versaillais entrent dans Paris par le bastion du Point-du-Jour, laissé sans surveillance. Les Communards ont beau dresser des barricades et se défendre de manière acharnée, ils n’arrivent qu’à retarder l’avancée inéluctable des Versaillais, plus nombreux, plus organisés, mieux équipés. Mais l’armée versaillaise ne se contente pas de reprendre possession militairement de la capitale : elle met la ville à feu et à sang pendant une semaine. Commence la « semaine sanglante ». Toute personne qui est prise les armes à la main sur une barricade est sommairement fusillée. On inspecte les mains des Parisiens : une trace de poudre vaut condamnation à mort. La majorité des corps sont jetés dans des charniers, comme au parc du Luxembourg ou au cimetière du Père-Lachaise. Le bilan macabre de cette semaine s’élève certainement à plus de 20 000 morts. Après les massacres, place à une répression judiciaire implacable pendant des années : des milliers de Communards, à l’image de Louise Michel, sont notamment condamnés à la déportation en Nouvelle-Calédonie.

L’assassinat d’Eugène Varlin, un ouvrier relieur socialiste et élu de la Commune, symbolise, parmi tant d’autres, la sauvagerie de la répression versaillaise. Le 28 mai, alors que la Commune vit ses dernières heures, il est arrêté sur une barricade. Louise Michel décrit la suite :

« On lui lia les mains et son nom ayant attiré l’attention, il se trouva bientôt entouré par la foule étrange des mauvais jours. On le mit au milieu d’un piquet de soldats pour le conduire à la butte qui était l’abattoir. La foule grossissait, non pas celle que nous connaissions : houleuse, impressionnable, généreuse, mais la foule des défaites qui vient acclamer les vainqueurs et insulter les vaincus, la foule du vae victis éternel. La Commune était à terre, cette foule, elle, aidait aux égorgements. On allait d’abord fusiller Varlin près d’un mur, au pied des buttes, mais une voix s’écria : « il faut le promener encore » ; d’autres criaient : « allons rue des Rosiers ». Les soldats et l’officier obéirent ; Varlin, toujours les mains liées, gravit les buttes, sous l’insulte, les cris, les coups ; il y avait environ deux mille de ces misérables ; il marchait sans faiblir, la tête haute, le fusil d’un soldat partit sans commandement et termina son supplice, les autres suivirent. Les soldats se précipitèrent pour l’achever, il était mort. Tout le Paris réactionnaire et badaud, celui qui se cache aux heures terribles, n’ayant plus rien à craindre vint voir le cadavre de Varlin. » [1]

Le18 mars, Thiers, chef du pouvoir exécutif, avait dû fuir Paris devant les scènes de fraternisation entre l’armée et les gardes nationaux parisiens. Depuis ce jour, il n’avait plus qu’un projet en tête : reconstituer une armée fiable et obéissante pour revenir écraser Paris. Gallifet, un général qui s’illustrera par sa barbarie lors de la Semaine sanglante, avait annoncé la couleur dès le 3 avril : « C’est une guerre sans trêve ni pitié que je déclare à ces assassins. » Pour les classes dominantes et ses serviteurs, il ne s’agit pas uniquement de reprendre militairement la capitale. La guerre déclarée à la Commune est une guerre de classe : l’enjeu est de rétablir l’ordre social bourgeois dans le sang et pour longtemps. La férocité de l’armée versaillaise pendant la Semaine sanglante est en proportion de la peur que les Communards ont infligée à la bourgeoisie : comment des lavandières, des blanchisseuses, des cordonniers, des petits commerçants ont-ils osé prendre leurs affaires en main et construire leur propre pouvoir, ne serait-ce qu’à l’échelle de Paris ?

Aucune considération morale ou humaniste n’arrête la bourgeoisie et son État quand ils considèrent que leur pouvoir est menacé : c’est la plus sanglante des nombreuses leçons que la Commune de Paris a données au mouvement ouvrier et révolutionnaire. Armés de cette expérience, les militants bolcheviks, lorsque la classe ouvrière russe prendra le pouvoir en 1917, n’auront qu’une obsession : ne pas revivre le sort de la Commune de Paris vaincue par son isolement. S’étendre ou mourir : la révolution n’a pas d’autre alternative.

Boris Leto


Sur notre site, voir aussi : La semaine sanglante : mai 1871, légendes et comptes, de Michèle Audin


(Et aussi, tous nos articles à l’occasion des 150 ans de la Commune de Paris.)


[1 La Commune, de Louise Michel, La Découverte, 2015, 480 p., 14,50 € (première édition en 1898)

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Il y a 150 ans : la Commune de Paris