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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 67, janvier-février 2010

À propos d’un texte de Lutte ouvrière : de la démoralisation, mais de qui ?

Mis en ligne le 16 février 2010 Convergences Politique

Lutte ouvrière a publié dans sa revue Lutte de Classe de décembre 2009 (n° 124) les textes adoptés lors de son congrès annuel, dont celui sur la situation intérieure où elle développe son appréciation de la situation politique et sociale en France.

Noir, c’est noir

Après une description des effets sociaux de la crise actuelle, des attaques systématiques menées à cette occasion par le patronat et le gouvernement et, en particulier, de l’explosion du chômage et des licenciements, LO qualifie ainsi la situation du monde du travail : « ce qui est aussi caractéristique de la situation, c’est la démoralisation profonde de la majorité des travailleurs, qui sont parfaitement conscients que le gouvernement ne défend que les seuls intérêts des riches, mais qui ne voient pas comment on pourrait inverser le rapport de forces ». On pourrait objecter que les licenciements ou la dégradation des salaires ont également suscité de la colère parmi les travailleurs et aussi, bien qu’isolées, de multiples luttes. Ce à quoi le texte répond : « L’existence de quelques luttes radicales, menées par des travailleurs menacés de licenciements qui, le dos au mur, essaient d’obtenir de partir dans les moins mauvaises conditions possibles, ne doit pas faire illusion. D’autant que bien souvent il s’agit d’une pseudo-radicalité, qui s’exprime par des menaces n’allant pas jusqu’à exécution comme par exemple de faire sauter un engin réalisé avec des bouteilles de gaz… dont on nous dit après qu’il était factice, ou de déverser des produits toxiques dans une rivière ».

De quelle « illusion » les camarades cherchent-ils à se prémunir ? Les luttes de cette année n’ont pas été, de loin, à la hauteur des attaques. Certes. Par contre en discuter ainsi, par le seul biais de leurs limites (et encore d’une manière bien étrange, la radicalité des luttes se mesurant, nous semble-t-il, plus en fonction du point d’appui qu’elles représentent pour une bagarre d’ensemble que par le caractère factice ou non de menaces d’explosion), empêche d’en faire un bilan sérieux. Les luttes à Toyota, Continental, Caterpillar, ou New-Fabris, pour ne parler que de celles qui ont connu le plus d’écho dans l’opinion, sans compter celles des postiers des Hauts-de-Seine, des travailleurs de Lear, Freescale ou d’une multitude de plus ou moins petites entreprises, mériteraient une discussion plus approfondie dans un bilan de la situation politique de l’année. D’autant plus que les révolutionnaires, et en particulier LO, ont pu jouer un rôle dans certaines d’entre elles. Évidemment, puisque cela semble être la préoccupation des camarades, pas pour s’en gargariser ou en nier les limites. Mais on ne peut décemment se satisfaire cette année de la simple appréciation que LO émet invariablement depuis deux décennies sur la démoralisation.

À la lumière de ces luttes comme, par exemple, de la grève actuelle des travailleurs sans papiers, et tout de même aussi de la grève générale en Guadeloupe (à laquelle il n’est fait aucune mention dans aucun des textes du congrès !), la situation se révèle bien plus contrastée. LO clôt avant de l’ouvrir la discussion nécessaire sur les possibilités qu’offre cette situation (des luttes parfois radicales mais restant le plus souvent isolées) de faire des pas vers une lutte d’ensemble. Comme celle, à l’échelle limitée des organisations d’extrême gauche, du bilan des tentatives et interventions des révolutionnaires.

Sur la culpabilité des confédérations syndicales

Suite à cette appréciation, le texte critique d’abord la stratégie des journées d’action sans lendemain, comme de la mise en avant d’une « nouvelle politique industrielle » par la CGT, et l’idée que « les confédérations syndicales, par leur refus de fait d’œuvrer à une riposte d’ensemble de la classe ouvrière, portent une lourde responsabilité dans la situation présente ». Mais, dans le même temps, il est affirmé qu’« une véritable lutte contre les fermetures d’entreprises demanderait un haut niveau de conscience et de combativité, car comment empêcher des patrons qui veulent vraiment fermer leurs entreprises de le faire… autrement qu’en se battant pour l’expropriation de ces entreprises et leur gestion sous contrôle ouvrier ? Mais qui oserait prétendre que, dans les circonstances actuelles, c’est à l’ordre du jour ? ». Les directions syndicales, coupables de ne pas œuvrer à une riposte d’ensemble… qui n’est pas à l’ordre du jour ? Comprenne qui pourra. Dans le même ordre d’idée, LO note à juste titre que « le fait que [des militants syndicaux] critiquent l’attitude de leur direction confédérale, qu’ils ne lui fassent plus confiance, peut nous permettre de trouver leur oreille » et en déduit la nécessité « au niveau de l’organisation comme à celui de chacun de ses membres, de nous adresser à ces militants ». Mais là encore, les camarades referment la discussion exactement là où elle devrait commencer : s’adresser à eux, certes, mais pour proposer quoi ? Cela, LO ne le dit pas, sinon en des termes très généraux et atemporels : « faire la démonstration que les idées défendues par les communistes révolutionnaires, ces « vieilles » idées que leurs dirigeants ont depuis longtemps abandonnées, peuvent rencontrer l’oreille des travailleurs ».

Les seuls révolutionnaires ?

LO s’affirme « aujourd’hui dans ce pays la seule organisation qui se réclame du trotskysme », affirmation reprise encore récemment dans la presse par Nathalie Arthaud, et s’appuyant sur le fait que ni le POI, ni le NPA ne se disent ouvertement trotskystes. Certes. Mais suffit-il de comptabiliser les errements et reniements de « l’extrême gauche petite-bourgeoise » (sic !), pour justifier une absence de perspective ?

C’est d’abord admettre que, au fond, LO partage avec ceux qu’elle critique l’idée qu’il n’y a de choix qu’entre l’abandon des idées révolutionnaires et l’impuissant repli sur soi. C’est surtout s’interdire du coup d’envisager sérieusement ce que l’extrême gauche pourrait proposer à ceux qui regardent vers elle. Ce qui passerait par la discussion de ce que ses organisations pourraient faire ensemble, en premier lieu sur un terrain qu’elles partagent aujourd’hui, celui de l’affirmation (certes chacune à leur manière) de la nécessité d’une lutte d’ensemble des travailleurs pour interdire les licenciements.

Après avoir réaffirmé, à juste titre, la nécessité de l’implantation ouvrière, du recrutement et de la formation de militants communistes révolutionnaires, LO conclut son texte en affirmant que «  nous ne construirons certainement pas le parti révolutionnaire par la méthode du un, plus un, plus un. Mais, dans des circonstances favorables, le parti peut se construire très vite, ‘ à la vitesse de l’éclair’, disait Trotsky, pour peu qu’existe un noyau cohérent de militants compétents ». Sans doute l’émergence du parti des travailleurs, communiste et révolutionnaire qui serait nécessaire repose-t-elle sur bien des circonstances qui ne dépendent pas des militants trotskystes. Mais ce qui dépend d’eux, c’est de se préparer et de saisir toutes les opportunités qu’offre la lutte des classes pour avancer en ce sens. La théorisation d’un certain repli sous couvert de « démoralisation » ouvrière et de « reniements de l’extrême gauche », n’est vraiment pas la meilleure manière de le faire… ni celle de construire « un noyau de militants compétents ».

Yves LEFORT

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