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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 48, novembre-décembre 2006

SNCF : aux guichets aussi des coups bas à la file

Mis en ligne le 27 novembre 2006 Convergences Entreprises

L’affaire est sortie fin septembre dans la presse, à grands renforts de « unes » accusatrices : les guichetiers SNCF taperaient dans la caisse ! 300 dossiers ont été examinés (plus de 15 % des vendeurs d’Ile-de-France), 50 révocations ont été prononcées et 30 procédures sont en cours.

La vérité, c’est que le logiciel de vente que les cheminots utilisent, « Mosaïque », est « buggé » depuis son lancement en 2003. Lorsqu’un voyageur paye un titre de transport, deux sont parfois imprimés, dont un qui n’est pas comptabilisé. Chaque année, plus de 60 000 billets sortent en double. Sans compter les nombreuses autres failles du système qui rallongent le temps de caisse : autant de problèmes de fiabilité, connus et reconnus par la direction depuis des années qui ne permettent pas de travailler en confiance. C’est pourtant sur la base de cette comptabilité incertaine que la direction licencie !

De toute manière ce n’est pas parce que c’est tentant (connaissant les salaires) que les vendeurs se laissent tenter... Si la direction a délibérément laissé pourrir cette situation, c’est pour déstabiliser les cheminots dont elle aggrave les conditions de travail, en espérant les laisser sans défense face aux suppressions d’emplois et aux restructurations.

Des accusations pour faire passer les restructurations

Alors que le trafic augmente de 10 % par an, de même que les profits de l’entreprise, c’est plus de 14 000 emplois qui ont été supprimés depuis 2002, singulièrement à l’accueil et aux ventes. Bien sûr, pour ceux qui restent, cela veut dire une augmentation de la productivité et la dégradation des conditions de travail.

Ces attaques sont menées insidieusement, secteur par secteur et service par service : dans une boutique, la direction inaugure les dimanches travaillés ; sur un chantier, les temps de pause, de prise et de fin de service sont réduits de 40 minutes. Certains services sont carrément fermés, comme les guichets chargés d’encaisser les contraventions pour l’Ile-de-France. Les changements d’horaires se multiplient : on passe souvent d’horaires de journée aux 2×8. Le travail de nuit se généralise, avec les problèmes qu’il entraîne.

À terme, la direction veut fusionner les travaux d’accueil et de vente. Objectif : faire sortir les cheminots des guichets, leur nouvelle fonction étant d’expliquer le fonctionnement des distributeurs de billets. C’est une anticipation car, si la vente automatique est certainement appelée à se développer, pour l’instant la plupart des voyageurs continuent à préférer s’adresser à une personne en chair et en os. La preuve : plus les guichets ferment, plus les files s’allongent !

L’attente de plus en plus longue et les conditions d’échange qui se durcissent (le billet n’est plus remboursé après le départ du train) énervent les usagers les moins patients. Les agressions verbales ou physiques sont de plus en plus courantes. Isolés, cloisonnés, enfoncés par leur hiérarchie, submergés de travail, les vendeurs sont toujours plus vulnérables. Les arrêts-maladie se multiplient... de même que les contrôles à domicile de la direction.

Au-delà des réorganisations incessantes, et toujours au détriment des cheminots, la direction n’applique même plus les règlements qu’elle a pourtant écrits ! Les syndicats CGT et Sud se sont ainsi aperçus que de nombreux cheminots n’avaient pas eu le nombre légal de « repos doubles » (l’équivalent des week-ends, mais qui peuvent tomber en semaine). Quant à la « journée de solidarité » décidée par le gouvernement Raffarin, elle devait se traduire par une augmentation du temps de travail quotidien de deux minutes. Au dernier moment il a été imposé de travailler une heure dix de plus, trois jours par trimestre. Une consigne appliquée au petit bonheur la chance, à la discrétion des chefs locaux. C’est une lutte de tous les jours pour se faire respecter.

Reprendre le chemin de la lutte

Évidemment, les raisons ne manquent pas de reprendre le chemin de la lutte. Le 8 novembre dernier, les cheminots ont été appelés à la grève contre la filialisation du fret, contre les restructurations et pour des augmentations de salaire. Cette nouvelle journée d’action appelée d’en haut n’avait que peu de chances d’entraîner les cheminots qui ne les font pas d’habitude. Et, même pour les autres, le fait que la journée n’ait pas été présentée comme un jalon préparant une suite était dissuasif.

C’était sans compter sur la nouvelle patronne et ancienne ministre de Juppé, Idrac, qui a multiplié les provocations en déclarant à propos des grèves et des syndicats que l’entreprise connaissait un « dialogue social bloqué (...) d’avant la chute du mur de Berlin »  ! Nombreux sont ceux qui, sans croire qu’une journée de grève suffirait à faire reculer la direction, ont voulu marquer le coup. Et, finalement, le succès - d’un jour - a été au rendez-vous.

De nouvelles journées seraient les bienvenues, si elles permettaient de renforcer la confiance des travailleurs dans leurs propres forces. Il faudrait pour cela qu’elles soient proposées comme des étapes pour commencer à construire un mouvement d’ensemble, autour de revendications qui sont communes à tous les travailleurs : les salaires, les embauches et un service public plus satisfaisant.

Le 16 novembre 2006

Diane LORCA

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