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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 48, novembre-décembre 2006 > DOSSIER : Le commerce peut-il être « équitable » ?

DOSSIER : Le commerce peut-il être « équitable » ?

« Développement durable » : le marché des indulgences des nouveaux curés du capitalisme

Mis en ligne le 28 novembre 2006 Convergences Société

C’est au début des années 1970 que le discours sur le « développement durable » (même si le mot lui-même n’était pas encore inventé) a commencé à prendre son essor. Depuis la communication d’entreprise jusqu’à « l’éducation au développement durable » à destination des enfants, une véritable machine à propagande s’est mise en route.

Le développement durable c’est, selon la définition officielle qui émane de l’ONU, le fait de « répondre aux besoins présents sans compromettre la capacité des générations futures à satisfaire les leurs ». En d’autres termes, s’il faut produire plus pour augmenter le bien-être des générations actuelles, cela ne doit pas se faire au prix de ponctions trop lourdes sur les ressources non-renouvelables, ou de dégradations irréversibles de l’environnement. Mais le concept s’est considérablement élargi, avec des recommandations sur le type d’urbanisme, la démographie ou encore les inégalités sociales (c’est le développement « socialement soutenable »). Aucun sujet ne rebute les théoriciens du développement durable, véritables curés du capitalisme contemporain.

Permis de polluer en promo

Les amis du « développement durable » ne peuvent-ils se prévaloir d’un résultat concret, le protocole de Kyoto relatif aux émissions de gaz à effets de serre ? Ce protocole, signé par 156 pays depuis 1998, est entré en vigueur en février 2005 : il prévoit que les entreprises qui émettent des gaz à effet de serre (principalement le dioxyde de carbone) se procurent des « permis d’émission ». Attribués au départ gratuitement par les pouvoirs publics, ces permis sont « négociables », c’est-à-dire que leurs détenteurs peuvent se les revendre librement sur un marché comme les actionnaires le font avec leurs titres sur le marché boursier. L’idée étant que le patronat peut résoudre tout seul les problèmes de pollution, via des mécanismes de marché, et même gagner de l’argent au passage grâce au négoce de ces fameux « permis de polluer ». Pas de chance, même dans l’Union Européenne dont les dirigeants n’ont que le développement durable à la bouche, le projet a lamentablement capoté : sur le marché des « permis de polluer » (« powernext carbon »), le prix de la « tonne de CO2 » (entendez : le droit d’en émettre une tonne) a d’abord flambé à plus de 30 euros fin 2005 sous l’effet de la spéculation. Mais lorsqu’il est apparu que les États, à commencer par la France et l’Allemagne, avaient réclamé des quotas bien supérieurs aux besoins réels de leurs capitalistes nationaux, le cours est tombé aux alentours de 15 euros.

Du moment qu’on peut acheter les permis pour une bouchée de pain, quelle entreprise consacrera le moindre euro à limiter ses émissions ? Gazons pour pas cher !

Quant aux dirigeants de la Chine et des États-Unis, ils ne se donnent même pas la peine de faire semblant et n’ont tout bonnement pas ratifié le protocole de Kyoto. À se demander si le prochain « sommet de la Terre » ne finira pas par se rallier aux thèses du prix Nobel de chimie Paul Krutzen, qui propose de lutter contre le réchauffement en polluant encore plus, de façon à obscurcir aussi la stratosphère !

Endormir l’opinion

L’épisode des « permis de polluer » illustre à quel point les apôtres du développement durable n’ont d’autre fonction que d’endormir l’opinion face aux risques réels que le capitalisme fait courir à la planète. Ne comptons pas sur eux pour poser les questions qui fâchent. Tous pérorent savamment sur la croissance, ou la décroissance, « soutenable » ou pas, mais se gardent bien, par exemple, de proposer qu’on ponctionne les classes riches pour améliorer le niveau de vie des classes pauvres des pays industrialisés et du Tiers-Monde - une solution pourtant évidente afin d’élever le bien-être à court terme sans avoir à produire plus !

Julien FORGEAT

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