Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 48, novembre-décembre 2006

Retrait des badges à l’aéroport de Roissy : Assurer la sécurité... des profits

Mis en ligne le 27 novembre 2006 Convergences Entreprises

Il y a quelques mois, pour avoir ramené avec quelques heures de retard ses enfants à son ex-femme, un salarié de l’aéroport Charles-De-Gaulle s’est vu convoqué par la gendarmerie. L’affaire aurait dû en rester là : les horaires de garde alternée étant modifiés pendant les vacances scolaires, il était dans son bon droit. Mais voilà, la moindre mention dans des fichiers de police étant pratiquement indélébile, cet employé est aujourd’hui en passe de perdre le badge lui permettant de circuler sur l’aéroport... et donc d’être licencié sans indemnités. Accéder, en effet, à certaines zones dites « réservées » nécessite des accréditations délivrées par la préfecture de Roissy et celles-ci peuvent être retirées pour une liste de motifs longue comme un jour sans pain. Du chèque sans provision à la barrette de shit saisie il y a quinze ans, en passant par le PV impayé, tout peut être prétexte.

Ils seraient plus de 2 500 depuis 2005, à se voir refuser l’attribution de leur accréditation sur Roissy, selon l’union locale CGT. Début octobre, ce sont plusieurs dizaines de bagagistes et d’employés de manutention, 72 selon Nicolas Sarkozy, à qui la préfecture a retiré le badge d’accès et tous sont musulmans, pratiquants ou non. Interrogés par les RG, certains ce sont vus reprochés d’être « vulnérables aux pratiques radicales », d’autres d’être « insusceptibles (sic) de démontrer qu’ils ne représentent pas une menace pour la sûreté aéroportuaire  ». En décodé : « on n’a pas de motifs mais on peut toujours en trouver ». L’arbitraire le plus total confirmé par Jacques Lebot, le sous-préfet chargé des aéroports de Roissy et du Bourget, qui, devant les questions, a affirmé que, de toute manière, les employés visés « savent » pourquoi ils ont perdu leur habilitation.

L’arbitraire

Neuf des salariés concernés ont saisi le tribunal administratif de Pontoise pour discrimination religieuse, soutenus par la CFDT qui a porté plainte contre X. La préfecture a déjà été condamnée par le passé pour des retraits de badges abusifs et elle a immédiatement reculé dans deux cas, où les travailleurs ont récupéré leurs badges, mais ce fut pour redoubler de fermeté sur les autres. Le tribunal, lui, s’est déclaré incompétent et cette affaire peut traîner encore longtemps. Or, sans badge, c’est souvent le licenciement immédiat et sans indemnités... puisque c’est le salarié qui ne peut assurer son travail ! La CFTC d’Air France a appelé à une journée de grève le 23 octobre pour dénoncer la gestion et l’attribution de ces badges de manière générale. Une réaction minimale loin d’être suffisante, vu le nombre des retraits et la médiatisation qui en a résulté !

Dans la période préélectorale qui s’est ouverte, Sarkozy fait feu de tout bois pour s’assurer le vote de la frange la plus réactionnaire de l’électorat. Il s’était laissé distancer par Philippe de Villiers quand celui-ci, en avril dernier, a lancé la fausse nouvelle que l’aéroport était infiltré par les islamistes. Sans preuve et au mépris de toute vraisemblance mais qu’importe, puisqu’il s’agissait de faire parler de lui dans les médias ! Sarkozy tente donc aujourd’hui de reprendre la main par des méthodes similaires.

Toute cette opération va pourtant au-delà de la volonté du ministre de l’Intérieur de faire sa campagne électorale sur le dos d’une partie de la population. Il y a aussi celle de lancer un avertissement à tous les employés de Roissy-Charles-de-Gaulle : « Revendiquez, contestez, faites grève, et ce n’est pas seulement votre patron que vous aurez en face mais directement la police ». Le message avait déjà été délivré l’an dernier lors d’une grève chez les bagagistes de CBS. Après 4 jours de grève, plus d’une centaine d’entre eux, sans distinction de religion ou de couleur, furent menacés de retrait de badge par le préfet après un ordre de réquisition.

Vous avez dit « sécurité » ? Oui, celle des patrons et de leurs profits.

15 novembre 2006

Marc OUFFI

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article