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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 48, novembre-décembre 2006 > DOSSIER : Le commerce peut-il être « équitable » ?

DOSSIER : Le commerce peut-il être « équitable » ?

La finance éthique ?

Mis en ligne le 28 novembre 2006 Convergences Société

La finance dite « solidaire », « responsable » ou « éthique » est apparue dans les années 1980, c’est-à-dire dans un contexte où se développe dans les pays occidentaux un chômage de masse. Les finances solidaires visent à soutenir des projets qui auraient une utilité sociale, environnementale ou humanitaire, quitte pour les particuliers à renoncer à une partie des rémunérations, reversées à une association choisie. Elles visent à promouvoir le « développement durable » dans les pays pauvres, et, dans les pays riches, l’insertion par le travail et par le logement. Le développement du micro-crédit, quant à lui, ayant pour objet de permettre à des personnes n’ayant pas accès au crédit bancaire de devenir entrepreneur en créant leur propre activité.

Existe-t-il une bonne utilisation de son argent ?

La première préoccupation des particuliers souhaitant épargner ou investir dans des projets solidaires se fonde sur l’espoir d’une « bonne » utilisation de l’argent, échappant à la mainmise de la finance plus préoccupée de rentabilité que du bien de la planète.

Cette préoccupation est légitime : quitte à placer, investir ou épargner, autant que ce soit dans des projets dits solidaires ou socialement responsables. Cependant, la préoccupation change totalement de nature quand elle est le fruit non plus de la générosité de quelques dizaines de milliers d’individus, mais de l’intérêt d’institutions étatiques, de multinationales, ou de grands groupes financiers. La question n’est plus comment faire un usage « éthique », « solidaire » ou « responsable » de son argent, mais plutôt : comment faire croire à un usage « éthique » du capitalisme ?

Des micro-crédits pour enrichir qui ?

Comme l’affirme l’éditorial d’Alternatives économiques, il s’agirait de « civiliser l’économie, d’encadrer les forces du marché », d’organiser le capitalisme, voire seulement de réduire ses effet désastreux. Le consommateur et l’épargnant seraient ainsi en mesure de « faire pression sur les grands acteurs privés et les conduire à améliorer leurs pratiques en matière sociales et d’environnement ». Améliorer les conditions d’existence des peuples des pays pauvres, se préoccuper d’environnement, octroyer des prêts à ceux qui en ont le plus besoin sont en effet les préoccupations de tous ceux que le système social et économique engendré par le capitalisme révolte. Cependant, au-delà de ces sentiments généreux, la réalité est tout autre : les placements éthiques ou solidaires permettent tout au plus à sortir la tête de l’eau quelques personnes dans un océan de misère, tout en pourvoyant des revenus supplémentaires aux banques et sociétés industrielles.

L’attribution du prix Nobel de la paix à Mohammed Yunus, originaire du Bangladesh et considéré comme le père du micro-crédit, est symptomatique : il s’agit de faire croire que tout un chacun pourrait devenir entrepreneur et sortir de la pauvreté ! Le modèle du micro-crédit est vanté par de nombreuses personnalités riches et puissantes comme, par exemple, Hillary Clinton ou Paul Wolfowitz, président de la Banque mondiale.

Plus près de nous, Jacques Attali, ancien conseiller de François Mitterrand, est le chantre du micro-crédit. Il préside depuis 1998 l’ONG PlaNet Finance, spécialisée dans le micro-crédit et délivrant des prêts à des chômeurs ou des exclus pour créer leur entreprise. À noter que cette association compte parmi ses donateurs les philanthropes bien connus que sont Orange et Sanofi.

Selon la Banque mondiale, ce sont quelque 500 millions de personnes qui bénéficieraient de cette technique de crédit dans le monde. Un chiffre à comparer aux 3,5 milliards de personnes vivant avec moins de 2 dollars par jour. Comme le note la journaliste économique Gina Neff (citée par Walden Bello dans Courrier international n° 834), « après 8 ans d’endettement, 55 % des ménages clients de la Grameen ne peuvent toujours pas satisfaire leurs besoins nutritionnels de base - de nombreuses femmes utilisent donc le prêt pour acheter de la nourriture au lieu d’investir dans une affaire. » Loin de transformer les populations d’Inde et du Bangladesh en armées de pionniers de la libre entreprise, le micro-crédit leur permet tout juste d’échapper à la famine. Et si ces actions permettent certainement à quelques personnes de sortir au moins provisoirement de l’état d’extrême dénuement, elles n’ont aucunement la possibilité de développer l’économie d’un pays. Ce qui n’est d’ailleurs pas leur but.

Le micro-crédit se réduit donc au mieux à une goutte d’eau dans l’océan, incapable de réduire les inégalités et offrant tout juste un filet humanitaire de survie pour une frange de la population (en fait les moins pauvres des pauvres) ; au pire, il cible les pauvres comme un marché, véritable clientèle pour les banques à micro-crédits, payant parfois 15 % de taux d’intérêts et qu’on peut subordonner à loisir aux stratégies des capitalistes. Comme Franck Riboud, PDG de Danone, qui doit prochainement inaugurer au Bengladesh une entreprise en coopération avec la Grameen Bank pour produire des yaourts que les habitants achèteront à l’aide de micro-crédits ! La boucle est ainsi bouclée.

L’incitation fiscale

Le premier avantage des investissements socialement responsables réside dans la fiscalité. Pour l’investissement dans des actions non cotées (y compris d’entreprises « solidaires ») pour un minimum de 5 ans, la réduction d’impôts est de 25 %. Les produits de partage, pour lesquels une partie des intérêts générés par le placement est distribuée sous forme de dons à des organismes labellisés « solidaires », sont ainsi considérés comme des dons, la réduction d’impôt est alors d’au moins 60 % des sommes versées. Que ce soient des particuliers ou des entreprises qui investissent, le risque est donc minime et c’est l’État, par les exonérations d’impôts, qui contribue à financer les placements éthiques et responsables de groupes d’assurance comme Axa par exemple qui, au même moment, supprime 3 500 postes en ne remplaçant pas les départs en retraite. L’État est aujourd’hui en France le premier investisseur, à 58 %, dans les fonds socialement responsables, ces mêmes fonds qui ont pour vocation de pallier les catastrophes générées par les profits capitalistes.

Rien d’étonnant dès lors à ce que les placements solidaires, les investissements responsables et les micro-crédits soient devenus une religion dans un monde où le capitalisme privatise les profits et surtout, grâce à l’intervention de l’État et aux exonérations d’impôts, socialise la misère.

Léo BASERLI

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