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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 49, janvier-février 2007 > DOSSIER : Gauche, droite, gauche… le piège de l’alternance

DOSSIER : Gauche, droite, gauche… le piège de l’alternance

Privatisations : la gauche ne s’en prive pas

Mis en ligne le 18 janvier 2007 Convergences Politique

En 2006, au Parlement, les socialistes ont bravement bataillé là où ils étaient certains de ne pouvoir gagner : contre la privatisation d’EDF et le projet de fusion Suez-GDF. Pour un peu, on pourrait croire que les services publics ont trouvé là leurs défenseurs les plus acharnés. Et pourtant...

Dans la course aux privatisations, le gagnant est...

Chirac ? Balladur ? Non, Jospin !

Depuis 1986, nous avons assisté à trois grandes vagues de privatisations. Sous le gouvernement Chirac d’abord (1986-1988), Mitterrand étant encore président : elles ont concerné près de 500 000 salariés, le tout pour 13 milliards d’euros actuels. La gauche au pouvoir les cinq ans suivants n’a procédé à aucune renationalisation. La seconde vague s’est déroulée sous les gouvernements Balladur puis Juppé (1993-1997). Pas moins de 400 000 salariés ont été touchés, pour la somme totale de 26 milliards d’euros.

La dernière vague n’est autre que celle opérée par le gouvernement Jospin (1997-2002) qui a ouvert le capital de France-Télécom et celui d’Air-France, privatisé Thomson-Multimédia, le GAN et la CNP dans les assurances, la Société marseillaise de crédit, RMC, le Crédit Lyonnais, Aérospatiale-Matra, pour un montant de 31 milliards d’euros, soit 5 milliards de plus que sous les gouvernements de Juppé et Balladur réunis.

Si ce triste inventaire révèle que la gauche a une part au moins égale à celle de la droite (si ce n’est plus) dans les privatisations, la seule chose qui change semble être le vocabulaire. Sur France 2, le soir de l’annonce de sa candidature en 2002, Jospin répondait « certainement pas » à une question sur la privatisation éventuelle d’EDF, mais parlait vingt secondes plus tard d’« une ouverture maîtrisée du capital ». « Ouverture du capital » dont l’exemple de France-Télécom est particulièrement significatif.

L’exemple de France-Télécom

Pour privatiser les PTT (Postes, Télégraphes, Téléphones), il fallait séparer la téléphonie des postes et télégraphes, moins intéressants en terme de profits (quel patron voudrait acheter une entreprise déficitaire ?). Telle était la recommandation d’un ministre des PTT de droite : Gérard Longuet. Mais savez-vous qui a effectivement opéré cette séparation ? Paul Quilès, ministre de gauche du gouvernement Rocard. Ainsi est née en 1988 France-Télécom. En 1996, la balle était dans le camp de la droite et François Fillon, alors ministre des Postes et Télécommunications, transforma France-Télécom en société anonyme, encore une étape vers la privatisation.

Là-dessus arrivèrent les élections législatives de 1997 et la victoire de la gauche. La déclaration PS-PC du 29 avril 1997, lors de la campagne promettait « pour France-Télécom, Thomson et Air-France, l’arrêt des privatisations ». Jospin avait même déclaré que France-Télécom serait « renationalisée » en cas de victoire. Eh bien, une fois élu, il a fait exactement le contraire, expliquant qu’il ne s’agissait pas d’une « privatisation », puisque l’État devait rester majoritaire, mais seulement d’une « ouverture du capital » au secteur privé, d’une « respiration des services publics ». C’est précisément cette « ouverture du capital » au privé qui a ensuite permis à la droite (en 2003) de faire adopter une loi autorisant l’État à céder la majorité du capital de France-Télécom à des capitalistes privés (entre-temps, l’État avait injecté 9,2 milliards supplémentaires dans le capital de l’entreprise avec l’argent pris sur nos impôts). L’« ouverture au capital » n’avait en fait pas d’autre but. La « respiration » de Jospin cachait mal la « vampirisation » des entrepreneurs privés. Et l’alternance « gauche-droite-gauche-droite » a scandé la marche d’une privatisation par étapes dont la gauche a pris la plus grande part et que les contribuables ont payé de leur poche.

En vendant de larges parts de France-Télécom et d’Air-France, la gauche a donné sa caution à la privatisation des services publics. Avec toutes ses conséquences pour les travailleurs : restructurations, suppressions de postes, augmentation des cadences, détérioration des services pour les usagers et pillage des fonds de l’État par les grandes entreprises. Cette attitude eut certainement pour conséquence de démoraliser bien des militants de gauche qui entendaient se battre contre les privatisations. Ironie du sort : alors qu’en 1993 Balladur avait dû renoncer à privatiser Air-France face à la mobilisation des salariés, emmenés entre autres par des militants du PCF, c’est finalement Gayssot, le ministre PCF des Transports, qui parvint à privatiser l’entreprise...

Alors, défenseurs des services publics les socialistes et leurs alliés ? Ce n’était sans doute pas l’opinion de certains participants d’une manifestation nationale de défense des services publics, à Tulle il y a trois ans : ils bombardèrent François Hollande de boules de neige pour le faire déguerpir !

Léo BASERLI

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