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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 49, janvier-février 2007

Crise dans l’automobile européenne ? Licenciements chez Volkswagen-Belgique

Mis en ligne le 18 janvier 2007 Convergences Monde

Il y a actuellement quatre constructeurs automobiles qui possèdent des usines de montage en Belgique : Ford à Genk, Volvo à Gand, Opel à Anvers et Volkswagen (VW, prononcez Véwoué) à Forest, dans la région bruxelloise. Au total 21 600 travailleurs - 100 000 avec les sous-traitants - ont produit dans ces usines 900 000 voitures en 2005. Cette industrie automobile se restructure sur le dos des travailleurs. En 2003, Ford avait annoncé le licenciement de 3 000 travailleurs dans son usine de Genk. Au mois de novembre 2006 VW, qui est le premier employeur privé à Bruxelles où travaillent 5 300 personnes, a annoncé 4 000 licenciements.

Cela fait des années que VW parle de la fermeture de son usine de Forest. Mais, jusqu’à présent, ces menaces ont surtout servi à faire accepter aux travailleurs des salaires « à la traîne », une plus grande flexibilité et des périodes de chômage technique qui servaient à réguler la production. Ces menaces ont aussi été utilisées pour obtenir, du gouvernement fédéral comme des autorités de la région bruxelloise ou de la mairie de Forest, des avantages financiers. Citons pêle-mêle : 43,5 millions d’euros de réductions de cotisations sociales pour VW entre 2001 et 2005, 750 000 euros de réductions de charges octroyés par la mairie de Forest pour la zone des sous-traitants créée à côté de l’usine de VW, 75 000 mètres carrés de terrains presque gratuits offerts par la région bruxelloise à VW pour cette même zone baptisée « Automotive Parc ».

Au mois de novembre les menaces se sont transformées en décision : VW entendait licencier 4 000 personnes dont 500 employés. En plus de ces licenciements, il faut ajouter, naturellement, les ouvriers des entreprises sous-traitantes. Les premiers chiffres annoncés faisaient état de 6 000 à 8 000. Cette annonce a mis en émoi tout le pays : d’abord par le nombre de licenciements envisagés, puis par le souvenir douloureux de la fermeture de Renault à Vilvoorde, il y a quelques années, et enfin par l’avis au même moment que, pour le seul premier trimestre de 2006, VW avait fait un milliard d’euros de bénéfice.

Les premières réactions

Nombre d’ouvriers, qui ont dû accepter bien des sacrifices des années durant et qui risquaient de se trouver au chômage sans beaucoup de perspectives de trouver un emploi rapidement, estimaient, au départ, que l’annonce de ces 4 000 licenciements préfigurait la fermeture totale de l’entreprise dans quelques années. Pourquoi une usine qui produit des Golf mais, disait-on, n’est pas rentable avec 5 300 travailleurs, le serait-elle avec 1 500, et pour produire quoi ? Pour eux, la direction voulait éviter de payer de grosses primes en retardant la fermeture totale du site de quelques mois. Les primes ne sont en effet pas les mêmes s’il s’agit d’une restructuration partielle ou d’une fermeture totale. Et beaucoup de travailleurs, ne croyant pas à la possibilité de faire reculer VW, souhaitaient au moins avoir une grosse prime de départ.

Le gouvernement et les différentes autorités locales s’essayèrent immédiatement au jeu de la carotte et du bâton. D’un côté, ils mobilisèrent la police au cas où... De l’autre, ils affirmaient faire des pieds et des mains pour essayer de trouver « une solution industrielle » en négociant, Premier ministre en tête, avec la direction de VW pour calmer le jeu et faire miroiter l’arrivée d’un nouveau modèle qui pourrait être construit sur le site dans les années qui viennent.

À noter que des patrons découvrirent tout à coup des milliers d’emplois inoccupés qu’ils étaient prêts à offrir aux futurs licenciés. Ce fut aussi l’occasion d’une petite publicité gratuite pour certains employeurs...

Les syndicats, eux, craignaient surtout la colère des ouvriers. À l’annonce des licenciements, ils demandèrent aux travailleurs... de rentrer chez eux. L’assemblée générale d’information fut organisée sur le parking extérieur de l’usine et la seule action proposée fut une manifestation à Bruxelles, le 2 décembre, en solidarité avec les VW. Cette manifestation à laquelle 25 000 personnes participèrent, issues pour la plupart du milieu syndicaliste et politique, non seulement fut un maigre succès mais, surtout, fut sans lendemain. Seuls quelques centaines d’ouvriers et de syndicalistes restèrent devant l’usine devant un feu de palettes. Les jours passant, leur nombre se réduisit comme le feu qu’ils entretenaient... Et les syndicats s’engouffrèrent eux aussi dans la recherche d’une « solution industrielle », négociant des jours durant avec la direction dans les salons d’un hôtel luxueux.

Prends l’oseille...

Pas étonnant après cela que quand la direction annonça des primes de départ pouvant aller jusqu’à 140 000 euros bruts pour les plus anciens, près de 2 000 travailleurs se sont présentés tôt le matin pour pouvoir être sur la liste des volontaires. 500 de plus que ce que la direction prévoyait ! Lassés par des années de sacrifices dans cette usine qui travaillait aussi le week-end, sans perspective de lutte pour faire reculer la direction sur les licenciements, n’ayant pour seul avenir possible à VW que le montage d’une éventuelle Audi qui emploierait 2 000 travailleurs... en 2009, leur réaction se comprend. Elle s’explique, de plus, par le fait que le montant de cette prime a été qualifié d’historique par les médias, les autorités et les syndicats. En fait, il n’est pas si historique que cela (sauf pour le patronat qui craint un précédent pouvant s’appliquer à d’autres usines menacées de fermeture !), puisque sur cette somme, les travailleurs devront payer cotisations sociales et impôts, ce qui va la réduire notablement. Enfin, les perspectives tracées par VW pour le futur montage d’une voiture sur le site de Forest étaient rien moins qu’emballantes : baisse des coûts de production de 20 % pour qu’ils soient ramenés à ceux de sa filiale d’Allemagne de l’Est. Réduire les coûts, cela signifie, en plus des nouvelles aides demandées à l’État, l’augmentation de la flexibilité des travailleurs, un pouvoir d’achat des salaires en baisse et la précarité de l’emploi aggravée. Dans ces conditions, prends l’oseille et tire toi, a été le calcul de nombreux travailleurs !

Et pourtant la grogne...

En fin de compte, ce sont 3 000 ouvriers qui vont quitter l’usine par le biais de départs volontaires ou de préretraites (près de 950 ouvriers, âgés de 50 ans ou plus). Les syndicats avaient demandé pour eux une prime de dédommagement de 10 000 euros. La direction a refusé. Les syndicats ont mis au placard cette revendication initiale. Quant aux ouvriers travaillant chez des sous-traitants, ils sont pour la plupart les oubliés de l’histoire !

Après 7 semaines de grève (à la maison), le travail a repris lundi 8 janvier. Non sans grogne et contestation, semble-t-il. Sur les 2 947 travailleurs qui ont pris part au référendum organisé pour ou contre la reprise du travail (les intérimaires et les volontaires au départ étaient exclus d’office) il n’y a eu que 54 % de oui chez les ouvriers et 78,5 % chez les employés. Bien des travailleurs, s’ils se sentent impuissants, sont donc insatisfaits de VW... mais aussi de la manière dont leurs organisations syndicales ont mené (ou plutôt pas mené) le combat.

À l’extrême gauche, les organisations les plus importantes, qui auraient peut-être pu jouer un rôle, comme le PTB (Parti du travail de Belgique, marxiste léniniste) ou le Mas (Mouvement pour une alternative socialiste, trotskyste), ont affirmé leur solidarité avec les VW, mais se sont contentées de conseiller les syndicats, en leur demandant d’organiser une grève de 24 heures par exemple. Quant aux autres organisations, comme la nôtre, peu ou pas présentes dans l’usine, elles ont dû se borner à essayer de discuter avec les travailleurs... qui eux-mêmes n’étaient plus à l’usine.

S’implanter dans les grandes entreprises reste, donc notre tâche pour espérer jouer un rôle dans les futures luttes des travailleurs. Un rôle qui ne devra pas se cantonner à conseiller les syndicats sur la bonne manière de mener des luttes mais plutôt d’organiser les travailleurs pour qu’ils les dirigent eux-mêmes avec ou sans les syndicats.

Le 10 janvier 2007

Paul GALLER

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