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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 49, janvier-février 2007 > DOSSIER : Gauche, droite, gauche… le piège de l’alternance

DOSSIER : Gauche, droite, gauche… le piège de l’alternance

Bipartisme et alternance : un système international

Mis en ligne le 18 janvier 2007 Convergences Politique

Le bipartisme, avec alternance ou cohabitation, n’a rien de spécifiquement français. La plupart des bourgeoisies des pays développés stabilisent leur système politique à l’aide de ce balancier : un gros parti à droite, un autre supposé de gauche, avec éventuellement quelques satellites plus radicaux dont les compositions, recompositions, participations ou refus de participation aux coalitions gouvernementales sont censés donner un peu de vraisemblance au jeu démocratique. Rien de mieux que l’infinie succession droite/gauche pour que « tout bouge sans que rien ne change », selon la maxime du Guépard. Car, s’il arrive que les systèmes à deux têtes permettent l’expression de nuances ou de changements de cap, parfois importants, dans les stratégies bourgeoises [1], le plus souvent, la bipolarisation permet au contraire la plus grande continuité. Comment mieux persuader en effet qu’une politique est inévitable qu’en la déclinant en version de droite, puis de gauche ?

Le bipartisme est par ailleurs utile pour aller chercher l’adhésion de l’ensemble de l’électorat. À des bourgeoisies qui ont mis tout le XIXe siècle à se résoudre au suffrage universel, ce système a montré comment annexer les électorats populaires en leur offrant des représentants officiels, même si ces « partis de gauche » ne se distinguent de leurs concurrents que par l’emballage.

Ce système a ses contradictions. L’accumulation des déceptions de l’alternance provoque une certaine lassitude et l’abstention croît régulièrement, dans les classes populaires d’abord [2]. Et les politiciens de regretter alors la « crise de la démocratie », avec le reproche implicite aux abstentionnistes-qui-ne-connaissent-pas-la-chance-qu’ils-ont de ne plus assez faire semblant d’y croire. Qu’à cela ne tienne : même un peu fatigué, le bipartisme ne remplit pas mal sa fonction, et tant pis pour les pauvres s’ils jouent moins un jeu qui n’est de toute façon pas pour eux... jusqu’au jour où ils décideront de le jouer autrement.

Le bipartisme des pays impérialistes a ses exceptions : le Japon, notamment, dirigé entre 1955 et 1993 par le seul PLD (Parti libéral-démocrate, conservateur), n’a connu depuis que de brèves alternances avec des coalitions plus à gauche. Mais il est la règle pour l’Europe occidentale comme pour les États-Unis.

Grande-Bretagne

Elle offre le modèle le plus vénérable. Le pouvoir se répartit entre conservateurs et travaillistes, avec une proportion deux tiers / un tiers sur l’ensemble du XXe siècle. Le troisième parti par ordre d’importance, celui des Libéraux-Démocrates, se présentant comme centre gauche, n’offre même pas l’illusion d’une alternative possible. Au pouvoir entre 1979 et 1997, le Parti conservateur de Thatcher puis Major a joué un rôle pionnier par le développement de politiques libérales radicales dans le domaine économique et agressives sur le plan social. Le Parti travailliste et Tony Blair remportèrent les élections de 1997. Ce retour de la gauche, après dix-huit années d’une droite dure, suscita des espoirs... que Blair lui-même n’encouragea pas : héraut du « New Labour », il affichait ses distances avec ce qu’il appella la « looney left » (la « gauche barjot »), et annonça qu’il n’avait pas l’intention de revenir sur l’héritage de Thatcher. Promesse tenue.

Italie

Jusqu’à la fin des années 1980, le pôle de droite était animé par la Démocratie chrétienne, au pouvoir grâce au soutien de petits partis du centre, l’opposition de gauche étant assurée par le Parti communiste [3]. Ce paysage politique s’est largement modifié dans les années 1990 avec la scission du PCI en un parti social-démocrate, Democratici di sinistra, et un parti post-stalinien maintenu, Rifondazione comunista. À droite, la Démocratie chrétienne a laissé la place à Forza Italia, un mouvement fondé par Berlusconi [4] qui remporta les élections de 1994.

Le pouvoir fut récupéré en 1996 par la coalition de gauche « Ullivo » (l’Olivier), dirigée par Romano Prodi, qui s’illustra par sa politique d’austérité et de blocage des salaires. Au point que Rifondazione finit par lui faire défaut, faisant tomber l’Olivier en 1998. La droite de Berlusconi revint aux affaires en 2001, puis ce fut à nouveau le tour de Prodi en 2006. Les dernières élections ne lui ont cependant donné qu’une faible majorité, qui rend Rifondazione d’autant plus vulnérable au chantage « avaler toutes les couleuvres de la gauche ou ramener la droite ».

Allemagne

La réunification de 1990 a étendu le système ouest-allemand à l’ensemble du pays. À droite : la CDU (démocratie chrétienne) ; à gauche : le SPD (parti social-démocrate). La droite de Kohl laissa la place à la gauche de Schröder en 1998, battu à son tour par la CDU d’Angela Merkel en 2006. Une victoire à l’arrachée, qui a permis au SPD de négocier la création d’un gouvernement de « Grande coalition », où les ministres de gauche n’ont pas beaucoup de mal à cohabiter avec ceux de la CDU [5] pour concocter ensemble tout un train de mesures anti-sociales.

Le second rôle à gauche et à l’Ouest était tenu, dans les années 1980, par les Verts. Depuis la réunification, les avatars de l’ancien parti stalinien d’Allemagne de l’Est (PDS), unis avec le WASG (scission de gauche du parti social-démocrate) ont redonné un peu de vie à l’opposition de gauche (création en 2005 du Linkspartei par la fusion SPD/WASG).

États-Unis

Là le système est encore plus simple, avec une alternance plus ou moins régulière du Parti démocrate et du Parti républicain depuis 150 ans. Dernières successions : Bush père (républicain) de 1989 à 1993, Clinton 1 & 2 (démocrate) de 1993 à 2001, Bush fils 1 & 2 (républicain) depuis 2001.

Le Parti démocrate se distingue surtout par ses liens avec les syndicats, son électorat dans l’ensemble plus populaire et noir (même si l’abstention, autour de 50 % en moyenne dans le pays, atteint là des records), et par un positionnement généralement plus « libéral » sur les questions de mœurs. Comme semble le montrer sa victoire aux récentes élections de mi-mandat, la question de la guerre en Irak a peut-être redonné aux Démocrates quelques couleurs d’opposants à la politique étrangère de Bush. Absolument imméritées : le Parti démocrate, qui a activement soutenu la guerre depuis ses débuts, ne propose pas aujourd’hui une politique différente.

Cette question de la guerre en Irak illustre d’ailleurs bien le caractère formel des oppositions droite/gauche dans l’ensemble des pays impérialistes. En 2003, au moment du déclenchement de la guerre, le camp pro-Bush réunissait le travailliste britannique Blair et les hommes de droite italien Berlusconi et espagnol Aznar. L’opposition, au contraire, était animée par le social-démocrate allemand Schröder allié à l’homme de droite français Chirac.

Benoît MARCHAND


[1Comme on a pu le voir avec l’arrivée au pouvoir de Thatcher en Grande-Bretagne en 1979, ou lors de conflits coloniaux par exemple.

[2Elle a gagné 5 à 10 % en France les vingt dernières années, variant selon les élections entre 20 et 40 % (hors élections européennes). Elle atteint jusqu’à 40 % en Grande-Bretagne (législatives de 2001), entre 45 et 65 % aux États-Unis... Au point que certains pays, comme la Belgique, les Pays-Bas, l’Italie ou l’Autriche ont rendu le vote obligatoire.

[3Une originalité nationale rappelant un peu la situation française de l’après-guerre.

[4Homme d’affaires ayant fait son entrée en politique après un enrichissement frauduleux favorisé par le socialiste Craxi.

[5Le SPD a obtenu huit portefeuilles, à égalité avec la CDU/CSU : celui de Vice-chancelier, des Affaires étrangères, des Finances, du Travail, de la Justice, de la Santé, et l’Environnement.

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