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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 49, janvier-février 2007

SNCF : passer des grèves à la grève

Mis en ligne le 18 janvier 2007 Convergences Entreprises

La SNCF a connu durant le mois de décembre 2006 une certaine ébullition sociale. La journée d’action plutôt réussie du 8 novembre, si elle était restée sans suite, avait montré que de nombreux cheminots avaient envie de protester contre les salaires qui stagnent et les effectifs qui baissent.

La montée du ras-le-bol

Les salaires n’ont augmenté que de 2 % cette année. Dans les ateliers, par exemple, beaucoup de jeunes touchent à peine plus de 1 000 euros nets mensuels, et survivent grâce aux primes... les mois où elles tombent. Quant aux effectifs, c’est l’hémorragie : depuis 2002, plus de 14 000 emplois ont été supprimés alors que la direction continue à pousser à l’augmentation de la productivité. Aux ventes, à l’accueil et dans les ateliers, cette politique se traduit par des réorganisations : fusion d’équipes pour supprimer des postes ou, au contraire, « saucissonnage » pour faire pression sur des travailleurs plus isolés. Chez les roulants, contrôleurs et conducteurs, on « change les roulements » : deux fois par an les plannings de ces cheminots sont remis à plat. C’est l’occasion d’augmenter l’amplitude de la journée de travail ou le nombre de jours d’affilée travaillés et souvent de supprimer les primes...

Le 20 novembre, le mécontentement éclatait dans un atelier de l’Est, qui se mettait en grève sans préavis, suivi par un autre en région parisienne dès le 28. À Caen, la grève a duré pendant dix jours. À l’exception des ventes et de l’accueil, tous les métiers de la SNCF ont été concernés par ces mouvements qui se sont multipliés, même si les grèves des conducteurs ont été les plus nombreuses. Mais face à ces grèves locales qui avaient toutes les raisons de converger, la direction a bien entendu joué la division : elle n’a pas aggravé les conditions dans certains dépôts, pour se concentrer sur les autres qu’elle espérait ainsi laisser sans soutien.

La machine à perdre

Du 6 au 12 décembre, une série de préavis ont été déposés en ordre dispersé par les syndicats. Les dépôts et ateliers ont été soigneusement isolés les uns des autres, les grèves ne commençant pas toujours en même temps dans la même région. Le flou le plus total était entretenu, au point que de nombreux cheminots ne savaient plus s’ils étaient de la partie. Certains préavis ont même été levés à la suite de négociations dans le dos des travailleurs (Paris-Gare du Nord). Aucun syndicat n’a fait le choix de coordonner les différentes grèves qui ne parvenaient pas à dépasser l’échelle locale. La direction n’était donc pas confrontée à un mouvement, même minoritaire, mais à des mouvements, face auxquels elle a pu, là céder (la plupart du temps en partie seulement), ici jouer le pourrissement.

Certes, Sud et FO ont déposé un préavis illimité à compter du 10 décembre. Celui-ci a pu sonner le coup d’envoi de la grève dans quelques dépôts (Paris-Saint-Lazare). Mais déposer un préavis, ce n’est pas coordonner un mouvement pour l’étendre. Et cela, la direction de Sud n’a pas tenté sérieusement de le faire, pas plus que la direction de la CGT. Il était d’ailleurs tellement patent que l’opération de Sud visait uniquement à se donner un air radical par rapport à la CGT, qu’elle a rencontré des réticences au sein même de Sud et a été peu suivie. Les sites qui sont partis en premier avaient pour beaucoup d’entre eux déjà repris le 10 décembre (Caen, Paris-Austerlitz). Enfin, la CGT avait beau jeu (et surtout beau prétexte) de refuser de s’associer à cette grève, qu’elle jugeait à raison corporatiste, puisqu’elle ne concernait que les conducteurs, alors que les mouvements locaux avaient aussi touché des ateliers et des contrôleurs.

Les problèmes de salaires et d’effectifs appellent une réaction au moins à l’échelle de la SNCF, régions et métiers confondus. Mais pour l’organiser il n’y a rien à attendre des directions syndicales, même de celles qui se veulent plus radicales. En décembre, leur esprit de boutique et leur volonté de ne pas engager un mouvement d’ensemble l’ont emporté. Une nouvelle journée d’action est prévue le 8 février. Si elle est maintenue, ce sera aux cheminots et aux militants à la base de s’en saisir pour réunir les collègues de tous les services qui veulent se battre et commencer à coordonner les différents sites et les différents secteurs.

13 janvier 2007

Raphaël PRESTON

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