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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 49, janvier-février 2007

La Poste : trois mois de grèves partielles chez les « nuiteux » des centres de tri

Mis en ligne le 18 janvier 2007 Convergences Entreprises

En janvier 2006, au centre de tri d’Issy-les-Moulineaux, les contractuels de nuit (agents en CDI et donc non-fonctionnaires, soit environ une quarantaine de travailleurs sur un effectif de 160) avaient fait une heure de grève par jour et les fonctionnaires une journée par semaine, pour obtenir des pauses supplémentaires. Il s’agissait d’un mode d’action « à l’économie » : une grève par roulement entre les CDI et les fonctionnaires car ces derniers, s’ils font une heure de grève, perdent une journée complète. Leur mouvement a été un succès et les pauses ont été obtenues.

Un appel bien suivi, mais pas de contagion

Suite à cette victoire locale, un appel à la grève en octobre, sur le même mode qu’Issy-les-Moulineaux dix mois plus tôt, était lancé par Sud en Île-de-France, FO et la CGT sur plusieurs centres de tri. Certains initiateurs de ce mode d’action pouvaient y voir une « recette » permettant de faire l’impasse sur la grève reconductible. Cela dit, les postiers consultés sur cette façon de procéder étaient plutôt enthousiastes. Les revendications, certes catégorielles, touchent tout de même tous les « nuiteux » du pays : une prime de nuit à trois euros de l’heure et la remise en question des nouveaux régimes de travail, plus « souples », imposant des rythmes qui suppriment de nombreuses journées de repos. Or la prime de nuit n’est aujourd’hui que de 1,22 € brut de l’heure ce qui ne représente que de 100 à 140 € mensuels pour un salaire de base de environ 1 040 € pour les débutants.

En octobre, les chiffres de grève dans les centres où des militants faisaient le travail étaient particulièrement élevés (entre 30 et 100 %) tant sur l’heure de grève que sur les préavis de 24 heures les vendredi. Pourtant ces chiffres, élevés en pourcentage, le sont beaucoup moins en volume : sur 14 centres en Île-de-France, environ 450 contractuels ont fait les grèves d’une heure et environ 1 000 agents la grève de 24 heures. Un mois et demi plus tard, le 4 décembre, Sud déposait un préavis national. De nombreux centres de province ont répondu à l’appel et près de 45 entités de production sur une centaine participent aujourd’hui au mouvement. Mais, pour l’heure, l’extension et le renforcement du mouvement ne vont pas au-delà.

La direction a préféré payer le prix, via ses réseaux de tri parallèles, plutôt que de céder quoi que ce soit aux grévistes. Elle propose de négocier à la fois le temps de travail (qui est de trente-deux heures en nuit avec des pauses incluses dans celui-ci) et la rémunération de l’heure de nuit.

Une riposte d’ensemble nécessaire

La Poste ne cesse d’attaquer les conditions de travail, restructure ville par ville, secteur par secteur à tout-va, supprime des dizaines de milliers de postes, attaque les salaires (entre 1 350 € et 1 450 € en fin de carrière pour le postier de base) et se prépare à liquider ce service public. Les conflits locaux ou partiels, parfois très durs, ont été très fréquents ces dernières années. Il est évident qu’une riposte d’ensemble serait indispensable, ce que les centrales syndicales se gardent bien de préparer.

Les centres de tri ont une importance stratégique dans l’acheminement du courrier puisqu’ils en sont la charnière, les « usines » où s’effectue la production, le tri des 95 millions d’objets distribués quotidiennement. Une telle grève dans les centres de tri, malgré son point de départ catégoriel, aurait pu créer une agitation permettant de préparer un mouvement touchant l’ensemble des postiers. Au moment où nous écrivons, bientôt trois mois après le début du conflit, cette possibilité semble assez lointaine.

Les calculs de Sud, l’obstruction de la fédération CGT

À l’origine, une intersyndicale informelle, dénommée un peu pompeusement « coordination » par Sud, regroupant des militants des centres de tri de la région parisienne, préparait ce mouvement depuis janvier 2006. Elle décidait, malgré les objections de certains militants (dont l’essentiel des cégétistes présents) de se cantonner à des revendications limitées et catégorielles. Choix empreint, il faut le dire, d’une dose de démagogie. En octobre Sud décidait alors de faire cavalier seul (hormis quelques sections et syndicats départementaux de la CGT et de FO) et de lancer un appel en Île-de-France.

Si Sud a visiblement ses calculs de boutique, la CGT n’est pas en reste. La fédération CGT (en dépit de la participation de certains de ses militants locaux) s’est quasiment ouvertement opposée au mouvement (d’où les limites de son extension à l’échelle nationale), sous prétexte que cette grève est catégorielle et corporatiste. Il ne serait pas juste, paraît-il, de s’atteler au développement de cette action qui « use les cartouches ». Argument particulièrement hypocrite de la part d’une fédération qui s’est spécialisée dans le découpage des luttes par secteurs, métiers ou branches et jamais attelée à la construction d’un réel mouvement d’ensemble. Elle n’en donne même pas la perspective. Sa rhétorique sur la « construction de la revendication à la base » ne vaut que pour se dédouaner de toute responsabilité dans les nombreuses défaites qui ont marqué les milliers de conflits locaux de ces dernières années. En dehors des désormais classiques journées d’action (qui laissent la « liberté » aux agents de choisir leur mode de lutte) et des grèves, souvent réussies, de 24 heures, il n’est jamais question de préparer sérieusement une véritable riposte. C’est pourtant à cela qu’il faudrait travailler.

12 janvier 2007

Erwan PIAM

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