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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 49, janvier-février 2007 > DOSSIER : Gauche, droite, gauche… le piège de l’alternance

DOSSIER : Gauche, droite, gauche… le piège de l’alternance

Le Parti socialiste est-il moins impérialiste que la droite ?

Mis en ligne le 18 janvier 2007 Convergences Politique

C’était l’espoir de ceux qui s’imaginaient, en 1981, que les socialistes rompraient avec la politique néocoloniale du gaullisme en Afrique, et démantèleraient les réseaux mafieux de la Françafrique qui liaient les dictateurs africains à la droite française... Mitterrand s’en est bien gardé. Il a même ajouté ses propres réseaux, tissés par son fils Jean-Christophe, surnommé « Papamadit », dans les capitales africaines, aux réseaux gaullistes !

Dans les deux dernières décennies, pour défendre les intérêts de la bourgeoisie française dans le monde, les gouvernements socialistes ont même été responsables d’horreurs pires encore que celles de la droite.

Lorsque Saddam Hussein s’empara du Koweït en août 1990, la France, qui avait vendu tant d’armes au dictateur la décennie précédente, rejoignit sans tarder la coalition militaire qui devait « libérer » à coups de bombardements « chirurgicaux » le magnifique champ pétrolifère. Mitterrand déclara alors que « dans l’ordre des nations, (...) la France doit tenir son rang ». En participant au bain de sang.

Du génocide rwandais...

Au début des années 1990, le gouvernement français était également préoccupé par son « pré carré » africain. Un des régimes amis de la France, la dictature d’Habyarimana qui règnait alors au Rwanda, s’est trouvé menacé par une armée rebelle, le FPR. La France soutint fermement, avec de l’argent, des armes, des conseillers, le gouvernement en place, qui attisait pourtant au maximum les rivalités inter-ethniques et se donnait tous les moyens, y compris une propagande ouverte, pour préparer un véritable génocide contre la minorité tutsie dont le FPR était issu. En 1990, déjà, Mitterrand envoya des parachutistes assister l’armée rwandaise mise en difficulté par le FPR. En avril 1994, alors que le FPR commençait à gagner la guerre, le régime en place organisa l’extermination de quelque 800 000 tutsis en quelques semaines. L’armée française n’a certes pas participé directement aux massacres. Mitterrand ne les a certes pas décidés ni sans doute voulus. Mais le soutien politique, financier, militaire de la France, jusqu’à l’encadrement et l’entraînement des troupes génocidaires à la veille encore de son déclenchement, ont contribué à rendre possible ce génocide.

Trois mois après le début des massacres, Mitterrand et son Premier ministre, alors de droite, Balladur, décidèrent de faire intervenir à nouveau l’armée française. Ce fut l’opération Turquoise, officiellement destinée à sauver des vies. En réalité, les troupes françaises ont permis aux massacreurs de se replier au Zaïre voisin et, à cette occasion, Mitterrand remit en selle sur la scène internationale le vieux dictateur zaïrois Mobutu, un autre fidèle ami de la France ! En plein génocide, les socialistes et la droite s’entendirent donc pour continuer à privilégier les intérêts de grande puissance de la France dans la région, tout en faisant mine de vouloir seulement ramener la paix...

...à la recherche de nouvelles méthodes

Tout cela n’est-il imputable qu’au cynisme du seul Mitterrand ? Le Parti socialiste d’aujourd’hui n’a-t-il pas les mains plus propres ?

Force est de constater pourtant que, douze ans après le génocide rwandais, la plupart des ténors socialistes continuent de nier la vérité. Jack Lang a encore dit récemment qu’il était « fier de ce que la France a fait au Rwanda ». Hubert Védrine, principal conseiller de Mitterrand à l’époque, est devenu ensuite ministre des Affaires étrangères de Jospin de 1997 à 2002 et continue d’être une personnalité influente du parti.

Il est vrai que Lionel Jospin avait annoncé, à partir de 1997, des réformes qui devaient rompre avec l’image de la Françafrique. Le ministère de la Coopération, jusque-là considéré comme une sorte de « ministère de l’Afrique », fut rattaché au ministère des Affaires étrangères. En quelques années, les effectifs militaires basés en Afrique ont été ramenés de 8 000 à moins de 5 000. Jospin lançait alors le slogan « ni indifférence ni ingérence ».

Ces réformes - qui furent alors décidées en commun avec le président, Chirac - correspondent-elles à un recul de l’impérialisme français en Afrique ? C’est douteux ! À cette époque, le secrétaire d’État à la Coopération Charles Josselin expliquait que « dans le rapport de force qui s’installe entre les États-Unis et la France en Afrique, la France doit pouvoir compter sur l’aide de ses partenaires européens car, seule, elle ne peut faire face ». Les interventions sur le sol africain devront donc désormais s’effectuer de préférence sous le drapeau européen, voire sous celui de l’ONU.

Parallèlement, la mise en place du dispositif « Recamp » (Renforcement des Capacités Africaines de Maintien de la Paix ) répond - vieille tactique - à la nécessité de dissimuler les interventions de la France derrière de prétendues opérations de maintien de la paix, mais de plus en plus sous des couleurs africaines. Ces « capacités africaines » auraient ainsi la vertu d’apparaître aux yeux des populations locales comme n’œuvrant pas directement pour les intérêts français. Une manœuvre qui plaît autant à la gauche qu’à la droite.

Laurent VASSIER

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