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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 122, novembre 2018

Poussée de la gauche radicale : une histoire belge

Mis en ligne le 13 novembre 2018 Convergences Monde

Alors que dans de nombreux pays européens (Allemagne, Italie, France…) les dernières élections montrent une poussée de l’extrême droite, en Belgique, pour les élections communales (municipales) qui viennent de se dérouler, c’est le PTB (Parti du travail de Belgique) qui a connu un réel succès, surtout en Wallonie, une des trois régions du pays [1]. Une surprise ? Pas vraiment puisque les sondages d’opinion indiquaient cette poussée du PTB depuis plusieurs mois.

Le PTB, ancien petit groupe maoïste, a décidé d’occuper, depuis plusieurs années, une place à la gauche du Parti socialiste, un parti dominant en Wallonie, mais affaibli par sa politique passée au gouvernement et par la gestion des municipalités qu’il dirige.

Quand il parle de lui-même, le PTB se nomme « la gauche authentique », indiquant ainsi la place qu’il souhaite occuper. Il se définit ainsi à sa fête annuelle : « notre société a besoin de plus de lucidité, de plus d’humanité et de plus de sincérité. […] Le PTB est une locomotive vers la gauche ». La priorité de gauche (titre d’un de ses livres) est devenu son objectif : il ne parle plus de révolution. Quant au changement de société, réforme ou révolution, c’est silence radio…

La percée du PTB est remarquable : 5 élus municipaux en 2000, 15 en 2006, 52 en 2012, 157 et 12 conseillers provinciaux aujourd’hui. À ces élus, s’ajoutent, depuis 2014, deux députés au niveau fédéral, quatre élus régionaux à Bruxelles et deux au parlement régional wallon. (La Belgique est un État fédéral composé de régions et de communautés).

Dans les villes ouvrières importantes de Wallonie, comme Charleroi, La Louvière ou Liège, il rafle plus de 15 % des voix.

À Bruxelles, même poussée pour le PTB, qui passe de deux élus en 2012 à 36 élus aujourd’hui.

En Flandre, la poussée est réelle mais moins importante : à Anvers, 3 000 voix en plus par rapport aux élections précédentes et 8,7 % des suffrages. Dans des villes importantes de Flandre, il obtient ses premiers sièges.

Ces élections ont aussi été marquées par une poussée des Verts. Ainsi Groen en Flandre obtient 18,4 % des suffrages à Anvers, tandis que Écolo a 16,8 % à Bruxelles. Le pays étant divisé en régions, les partis sont scindés eux aussi en deux, sauf le PTB qui revendique d’être le seul parti national du pays.

Un programme municipal exclusivement

Dans son programme électoral, le PTB indique clairement qu’il se présente pour une « révolution urbaine », c’est-à-dire « pour une ville à la mesure des gens, qui ne soit pas à vendre au plus offrant mais qui servent les besoins de ses habitants » […] [Les thèmes sociaux de sa campagne :] « … des logements payables et de qualité, des transports publics gratuits pour un changement écologique, des politiques transparentes et une diminution des salaires des Bourgmestres [maires]. »

À la suite de ces élections, des villes comme Liège, Charleroi ou Molenbeek-Saint-Jean, où le PS est arrivé en tête, ont proposé au PTB d’ouvrir des négociations pour diriger ensemble ces communes (avec Écolo en plus). Ces tentatives de négociations ont eu le soutien de l’appareil syndical de la FGTB (une des trois centrales syndicales belges, influente surtout en Wallonie dans les milieux populaires) qui réclame des majorités de gauche PS, PTB et Écolo. Cette volonté syndicale traduit le fait que le PTB, depuis plusieurs années, pour gagner ce milieu syndical, s’est bien gardé de critiquer les actions syndicales qui se traduisent par des journées d’action sans lendemain… comme en France.

Ces négociations ont échoué.

Ainsi à Molenbeek-Saint-Jean, les raisons de cet échec seraient selon le PTB : « Beaucoup de nos électeurs et sympathisants nous ont interpellés, insistant sur le fait qu’ils ne voulaient pas d’un retour au clientélisme du passé […] C’est pourquoi nous avions plusieurs propositions pour garantir l’éthique politique et la transparence. » Ces négociations pour former des majorités municipales ont entraîné la colère des politiciens les plus réactionnaires expliquant qu’il fallait « mettre un cordon sanitaire » aussi bien en Flandre avec l’extrême droite (le Vlaams Belang, qui a obtenu 10,5 % des voix à Anvers, a bénéficié, en Flandre, du déplacement des suffrages de 4 % des électeurs de la NVA, la droite nationaliste flamande) qu’avec l’extrême gauche (le PTB en Wallonie), mettant un trait d’égalité entre les uns et les autres.

Le PTB, au-delà de sa percée électorale, vise à s’implanter localement, en particulier pour tenter de progresser aux élections à venir : élections fédérales, régionales et européennes. Actuellement, il affirme avoir 10 000 adhérents (cotisation : 20 euros par an), être présent sur 120 lieux de travail et dans 140 villes du pays.

Mais construire quoi et pour quelle politique ?

Construire une « vraie gauche », un PTB « social, authentique et actif » pour employer les expressions du PTB. Il ne parle plus de révolution.

Dans cette tentative, le PTB va peut-être réussir à percer face à un PS usé et en partie discrédité, y compris dans les milieux syndicalistes qui historiquement sont liés au PS. Le PS voit ses suffrages passer de 32 à 25 % en Wallonie.

Peut-être d’ici quelques mois, le PTB négociera-t-il, lui aussi, une place dans un gouvernement, surtout dirigé par le PS ? Bien sûr il y mettra ses conditions. Le président du PTB explique : « On me demande constamment si le PTB est prêt à aller au pouvoir. Je répondrai par une autre question : le PS et Écolo sont-ils prêts à changer radicalement de politique ? » L’existence, demain, à la gauche du PS, d’un parti de gauche au discours plus radical sera peut-être une réalité dans un pays où le PC n’existe plus centralement depuis plusieurs années. Le PC a présenté des candidats sur les listes du PTB dans quelques communes seulement. Mais le PTB avec son objectif de créer une « vraie » gauche et son programme très minimaliste, ne peut que créer des illusions sur les possibilités de changer la société par les urnes.

15 octobre 2018, Paul Galler


[1Les trois régions : Wallonie, Flandre et Bruxelles-Capitale

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Numéro 122, novembre 2018