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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 120, juin-juillet-août 2018

Sélection sociale à l’université

Parcoursup : du hasard à l’arbitraire

Mis en ligne le 14 juin 2018 Convergences Société

Annoncé dès la rentrée de septembre dernier, pour remplacer le logiciel APB qui avait laissé des milliers d’étudiants « sans-facs », le logiciel ParcourSup a rendu ses premières réponses le 22 mai. Verdict ? Près de 400 000 élèves refusés ou en attente à la veille des examens du bac. Un désastre prévisible et voulu par Macron et son ministre de l’Éducation Jean-Michel Blanquer qui ne cachent pas leur objectif de refondre l’ensemble de l’enseignement en France sur la base de la concurrence entre établissements et de la compétition entre élèves.

Scandale annoncé

Les médias s’étaient en septembre dernier longuement étendus sur le désastre APB qui avait laissé sur le carreau les milliers de bacheliers désireux d’entrer dans les filières sélectives de l’université (BTS, STAPS, droit, médecine) mais qui n’avaient pas eu la chance d’être tirés au sort… Des centaines d’étudiants avaient dû se résigner à repousser leurs études d’une année ou d’y renoncer, les plus aisés choisissant même d’aller étudier à l’étranger ou dans des filières payantes.

Le problème était pourtant largement prévisible, la France ayant connu dans les années 2000 un « mini baby-boom », il était inévitable que le nombre d’étudiants augmente dans toutes les filières. Or les différents gouvernements ont délibérément refusé de prendre en charge cette augmentation de la population scolaire et laissé la situation se dégrader dans les établissements puis les universités surchargées. Une situation qui va empirer dans les prochaines années, alors que le gouvernement aspire à réduire toujours davantage les moyens alloués aux universités.

En attendant, face au scandale APB, Emmanuel Macron et son ministre de l’éducation Jean-Michel Blanquer, ont annoncé son remplacement par un nouveau logiciel, ParcourSup. Les lycéens ont été invités à indiquer leur choix de poursuite d’études sur internet, un algorithme se chargeant de classer leurs vœux en « oui », « oui, mais » et « refusé ». En réalité, les vœux des élèves, censés être examinés au cas par cas par les universités ont été passés au crible d’autres algorithmes propres à chaque université selon des critères particulièrement opaques. De la sorte, près de la moitié des candidatures déposées ont été refusées. Et le scandale du tirage au sort des étudiants fait place à celui de l’instauration de la sélection dans toutes les filières !

De la sélection scolaire à la ségrégation sociale

Évidemment la sélection scolaire a toujours été présente dans le système français, particulièrement pour les établissements les plus prestigieux qui filtrent soigneusement leurs élèves en fonction de leur lycée d’origine. Le passage de APB à ParcourSup n’a donc fait que généraliser cette discrimination à l’ensemble de l’enseignement supérieur. Passer du hasard à l’arbitraire peut difficilement être présenté comme une « amélioration des conditions d’études  » ainsi que l’a expliqué le gouvernement. Les syndicats enseignants ont indiqué ces derniers jours que l’écrasante majorité des refus ou des élèves en « liste d’attente » viennent des lycées populaires et/ou des filières pro. À titre d’exemple, dans l’académie de Créteil qui compte parmi les départements les plus pauvres de France, on a recensé que 64,3 % des élèves de STMG, 73,9 % en STI2D et 66,4 % en STL [1] avaient vu leurs vœux refusés ou en attente.

Dans les filières générales, plus valorisées, les refus sont également extrêmement nombreux, y compris pour des élèves ayant d’excellentes notes et bulletins. Bien plus qu’une simple sélection « scolaire », il s’agit bel et bien d’une ségrégation territoriale et sociale visant les populations les plus défavorisées. Depuis, nombre de lycéens se sont mobilisés, à l’exemple des élèves du lycée Paul Éluard de Saint-Denis où 65 % d’entre eux, selon les enseignants, n’avaient pas de proposition en première semaine, contre 50 % au niveau national.

2 juin 2018, Stéphane HUARD


[1STMG : sciences et technologies management et gestion – STI2D : Sciences et technologies de l’industrie et du développement durable – STL : Sciences et technologies de laboratoire.

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Numéro 120, juin-juillet-août 2018