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DOSSIER : Mai 1968 dans le monde – II

1967 et 1968 à l’Université Columbia de New York

Mis en ligne le 14 juin 2018 Convergences Monde

Une des luttes les plus importantes se déroula à l’Université Columbia, une université privée élitiste de New York. Au printemps et à l’été 1968, cette université devint le cœur de manifestations de grande ampleur contre le racisme et l’implication de l’Université dans la guerre du Vietnam.

À partir de 1965, des ententes avaient été conclues pour que l’Université construise un gymnase à Morningside Park, un parc public qui desservait Harlem, un quartier historiquement noir. La communauté de Harlem s’y opposait parce qu’il s’agissait d’une appropriation de biens publics par l’Université. Les membres de la communauté de Harlem étaient censés avoir un accès « dérobé » au sous-sol du gymnase où ils auraient l’usage d’« installations communautaires ». C’était une façon non officielle de créer une ségrégation dans le gymnase et de réduire l’accès des habitants de Harlem à la portion congrue. En 1968, le projet Morningside était connu à Harlem sous le nom de « Gym Crow [1] ».

En 1967, des militants étudiants du SDS découvrirent des documents montrant les liens existant entre l’Université Columbia et l’IDA – l’Institute for Defense Analyses, institut d’analyses des questions de défense –, un think-tank de recherches sur les armements en liaison avec l’armée américaine. Jusque-là, l’engagement de l’Université n’était pas connu publiquement. Les étudiants étaient indignés que leur université participe à la mise au point d’armements en pleine guerre du Vietnam.

Le 28 février 1968, environ 150 personnes manifestèrent contre le projet du Morningside Park. 12 étudiants furent arrêtés. À quelques dizaines de mètres de là, environ 200 militants du SDS manifestaient contre la tenue d’une session d’embauche sur le campus par la compagnie Dow Chemical. Cette dernière avait participé à la création de l’ « agent orange », un herbicide, en fait un défoliant, utilisé par l’armée américaine pour détruire les plantations et la végétation au Vietnam. Ce produit chimique dévasta les campagnes vietnamiennes, empoisonnant des millions de Vietnamiens, mais aussi des soldats américains. Le 15 mars, la colère étudiante s’était renforcée : 3 500 étudiants et 1 000 membres du corps enseignant qui se sentaient de leur côté organisèrent un boycott d’une journée des cours pour faire connaître et dénoncer la collaboration de l’Université avec l’appareil militaire. Le 27, 1 500 étudiants manifestèrent encore, exigeant l’arrêt de la collaboration de l’Université avec l’IDA.

Plusieurs semaines plus tard, après l’assassinat de Martin Luther King, l’administration de l’Université organisa une cérémonie pour honorer sa mémoire et son œuvre. La cérémonie fut interrompue par des militants étudiants dénonçant pareille « obscénité » et interpellant l’Université sur son hypocrisie alors qu’elle mettait en œuvre son projet de gymnase. Le 23 avril, quelque 300 étudiants du SDS et de la Student Afro-American Society (SAS), une organisation politique noire de Columbia, occupèrent les principaux bâtiments du campus pour protester contre la guerre et le gymnase. Encouragés par l’occupation, 4 000 étudiants se mirent en grève à Columbia la semaine suivante. L’occupation des bâtiments dura six jours avant que la police ne réprime brutalement les étudiants et n’arrête 700 personnes. Ces arrestations ont radicalisé des milliers d’étudiants. Dans la foulée, l’Université Columbia a été fermée pour le reste du semestre. À la fin de l’année scolaire, manifestations et publicité négative contraignirent Columbia à annuler la construction du gymnase de Morningside Park et à se dissocier de l’IDA. Des militants étudiants à travers le pays appelèrent à constituer « deux, trois, de nombreux Columbias »


[1Allusion à Jim Crow, auteur de lois ségrégationnistes connues sous le nom de Jim Crow Laws, promulguées entre 1876 et 1964 dans certains États et municipalités du Sud des États-Unis et qui ne furent abolies partiellement qu’en 1954 et totalement qu’en 1964.

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Numéro 120, juin-juillet-août 2018