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Après les chassés-croisés des élections municipales : où va l’extrême gauche ?

La LCR marque des points… pour quelle politique ?

Mis en ligne le 21 mars 2008 Convergences Politique

La Ligue communiste révolutionnaire a présenté ou soutenu cette année 188 listes, soit deux fois plus qu’aux municipales de 2001 (91 listes), dont 75 explicitement LCR (contre une soixantaine en 2001).

Les scores de ces 75 listes sont parmi les meilleurs enregistrés par l’extrême gauche en France dans ce type d’élections : semblables à ceux des listes de LO et de la LCR en 2001. La différence étant, en ce qui concerne les listes purement LO ou purement LCR, que ce sont, cette fois, les résultats de la LCR qui sont bien meilleurs que ceux de LO, à l’image de l’élection présidentielle. 33 de ces listes ont dépassé la barre des 5 %, dont 3 ont eu plus de 10 %, et 12 entre 7 % et 10 % des voix.

Les 71 autres listes regroupant avec la LCR des collectifs anti-libéraux, quelques objecteurs de croissance, écologistes sociaux, nationalistes bretons ou autres « alternatifs », mais qui, pour la plupart, apparaissaient comme des listes d’extrême gauche, ont eu des résultats du même ordre de grandeur : 6 dépassaient les 10 %, 14 atteignaient entre 7 % et 10 %, et 24 entre 5 % et 7 %.

Côté nombre d’élus, au premier tour, la LCR en a recueilli, à notre connaissance, une petite quarantaine [1]. À peu de choses près le nombre d’élus municipaux de 2001 (36 élus). Le nombre de 70 donné par Rouge comptabilise l’ensemble des élus des listes présentées ou soutenues par la LCR : y sont inclus par exemple l’élu de la liste LO-LCR d’Alfortville, qui est membre de LO, et les 9 élus de la liste d’union de la gauche de Saint-Quentin, conduite par le PS, qui sont 3 élus PS, 1 MRC, 1 PC, 1 Vert, 1 PT, 1 LO et 1 LCR.

Des listes deux fois plus nombreuses

Cette année, à la différence de Lutte ouvrière, la LCR s’est donc efforcée de se présenter le plus possible au premier tour en opposition avec la gauche gouvernementale. Et sur la quarantaine de listes d’union avec les partis de cette gauche auxquelles elle participait, les deux tiers étaient des listes conduites par le Parti communiste, pour seulement 3 par des Verts et 3 par des PS ou ex-PS. On ne compte qu’une seule liste de large union de la gauche, celle de Saint Quentin.

Les listes purement LCR ou conduites par la LCR avec des « alternatifs » ou « anti-libéraux » ont réalisé de bons scores dans des villes importantes : Sotteville-lès-Rouen (14,8 %), Clermont-Ferrand (13,8 %), Bar-le-Duc (10 %), Brest (8,99 %), Alençon (7,27 %), Bayonne (7,48 %) , Nancy (7 %), Limoges (6,97 %), Saint-Malo (6,95%), Quimper (6,53%), Annecy (6,08%), Amiens (6,05 %), Blois, (6,04 %). Et dans la banlieue parisienne, il y a notamment Évry (8,20 %), Saint-Ouen (7,61 %), Montreuil (6,29 %).

Par le nombre de ses listes et par ses résultats, la Ligue a marqué des points. La popularité d’Olivier Besancenot est sans doute le premier facteur de ce succès. Son image a permis la constitution de listes dans de nouvelles villes, que ce soit par l’attraction exercée sur d’autres organisations, politiques ou associatives, ou plus directement sur de nombreux électeurs se laissant convaincre de soutenir la mouvance politique qu’il incarne en acceptant de se présenter sur les listes soutenues par lui. Le porte-parole de la Ligue a permis l’identification politique de son organisation comme distincte du reste de la gauche, et dans une certaine mesure en opposition à elle.

« Communiste révolutionnaire » vs. « 100% à gauche »

Dans un contexte d’affaiblissement continu du PCF et d’éclipse du mouvement altermondialiste la LCR a confirmé ainsi qu’elle postule à être l’un des pôles dirigeants des courants situés à gauche du Parti socialiste. Mais si son attitude à l’égard de la gauche a évolué, la LCR n’a pas rompu avec le fait de se considérer surtout comme la « gauche de la gauche ». Son plus grand poids électoral et politique pourrait même au contraire l’encourager dans sa volonté ancienne de fédérer cette mouvance. Sans lever l’ambiguïté entre critique de la gauche et lutte de classe, entre radicaux et révolutionnaires.

Car dans de nombreux endroits, les listes de la LCR ou soutenues par elle ont défendu un programme bien moins en rupture avec la gauche réformiste que ne peuvent le laisser penser certaines interventions politiques de Besancenot, ou le programme d’urgence défendu par lui lors des présidentielles de 2007. S’il a pu par exemple déclarer au soir du 9 mars sur TF1 que «  la question des salaires et des licenciements a été au coeur de la campagne  », les revendications locales, souvent pas très éloignées de celles que peut avoir une gauche réformiste un peu conséquente, ont fait dans bien des villes le coeur des tracts et profession de foi des listes de son organisation.

Certaines revendications locales, sur le logement, la dégradation des services publics, peuvent être une illustration des problèmes généraux auxquels les travailleurs sont confrontés. Mais d’autres sur le budget de la culture ou la question des espaces verts sont, par nature, difficilement « lutte de classe ». Même si elles sont certainement de nature à associer aux listes et à la campagne des militants associatifs locaux qui trouvent que la mairie ne fait pas ce qu’elle devrait dans tel ou tel de ces domaines. C’est de fait sur ce terrain, bien plus que sur celui de militants dont le souci est d’organiser les luttes de la classe ouvrière, que se sont alors essentiellement positionnées les listes municipales de la LCR. Quand les listes n’allaient pas jusqu’à présenter en guise de programme la trop classique kyrielle des promesses électorales : « Développer un véritable service public du logement…. Créer un service public de la petite enfance… Créer une maison de la solidarité… Favoriser la pratique amateur et citoyenne des sports… » pour citer quelques têtes de chapitre du programme d’ « Alternative à gauche » de Romainville (Seine-Saint-Denis). La liste « Debout ! Ensemble la gauche qui ne renonce pas » de Toulouse se voulait porteuse « d’une politique culturelle et artistique ambitieuse à Toulouse » ou revendiquait de « rendre l’hyper-centre aux piétons » . « Marseille attaque à gauche » avait à son programme de « maintenir et diversifier l’activité portuaire, de la réparation navale (avec par exemple les doubles coques) à celles des dessertes en Méditerranée, en passant par le transit de produits élaborés. »

Les contenus des programmes et des professions de foi sont souvent secondaires dans le choix des électeurs, qui votent d’abord « pour le parti d’Olivier » et pour ce que représente à leurs yeux le jeune postier qui ne mâche pas ses mots. Mais de tels programmes brouillent sacrément le message politique que l’extrême gauche aurait dû s’efforcer de faire entendre au cours de cette campagne. Et ils rendent encore plus flous les objectifs que pourrait avoir le futur parti que la LCR projette.

Du cafouillage des « fusions techniques »… au « battre la droite »

Dès le soir du premier tour, la LCR, forte de ses scores, proposait dans une quarantaine d’endroits au PS des fusions, qu’elle nomme « techniques » mais qui n’en posent pas moins un certain nombre de problèmes politiques.

Des problèmes politiques que le Parti socialiste, lui, n’ignore pas. A-t-il tenu à donner une petite leçon à la LCR ? Ses yeux sont-ils uniquement rivés sur le Modem non seulement pour le second tour des municipales mais pour son avenir à plus long terme ? Toujours est-il qu’il a refusé ces accords. La Ligue a eu beau dénoncer «  les oukases du PS vis-à-vis des listes soutenues par la LCR en vue d’une fusion démocratique  », les têtes de liste soutenues par la LCR ont été éconduites partout de Saint-Brieuc à Toulouse ou Marseille… et même à Clermont où la liste LCR avait fusionné avec celle du maire socialiste en 2001. Le journal Le Monde citait dans ce cas également Agen, mais où la liste commune Fraction l’Étincelle de Lutte ouvrière - LCR, conduite par un militant de la Fraction, ne le demandait pas. Seule exception la petite ville du Haillan en Gironde (8 000 habitants).

Pourtant en dehors des 14 listes maintenues par elle ou par ses alliées du premier tour, la LCR a repris, malgré ses déboires, sa consigne de vote habituelle pour la gauche au second tour, sous la forme du « battre la droite » , selon l’euphémisme consacré. Dans Rouge du 13 mars, Alain Krivine le précise en ces termes ; « Nous venons donc de vivre une semaine de tractations, de combines et de magouilles au sein de la gauche réformiste, ressemblant furieusement à ce qui se passe à droite. Cela ne peut que dérouter ceux qui, après avoir donné un avis de licenciement à Sarkozy lors du premier tour, attendent les moyens d’un « tous ensemble » pour le virer. Avec ce type d’opposition, le Medef a encore de beaux jours devant lui ! Raison de plus pour accélérer la perspective d’un nouveau parti. En attendant, dimanche 16 mars, il faudra battre la droite. Mais, là où un accord était possible, nous laisserons à nos censeurs le soin d’aller eux-mêmes convaincre nos électeurs de voter pour eux. »

La LCR marseillaise qui reproche au socialiste Guérini d’être allé chercher le Modem plutôt que la LCR, concluait ainsi son communiqué : « C’est un renoncement au rassemblement de la gauche, dont une partie de l’électorat et particulièrement celui de la gauche radicale peut être déstabilisée et choisir malheureusement l’abstention. Cette voie tourne le dos aux aspirations de changement des Marseillaises et des Marseillais. « Marseille Con­ ­ ­ tre-at­ taque à Gauche » réaffirme l’intérêt qu’aurait au plan national la défaite dimanche prochain de Jean Claude Gaudin, n° 2 de l’UMP ».

L’attitude de relative indépendance à l’égard du PS affichée au premier tour ne nous préserve pas d’un retour de flamme de la LCR vers ses amours anciennes.

14 mars 2008

Benoît MARCHAND


[1En y additionnant les élus au deuxième tour, la LCR donne le chiffre d’une « grosse cinquantaine ».

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