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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 56, mars-avril 2008

Allemagne : fin de grève des cheminots en demi-teinte

Mis en ligne le 21 mars 2008 Convergences Monde

Au terme d’un conflit qui s’est étalé sur des mois mais n’a consisté qu’en périodes de quelques heures ou jours de grève effective, la Deutsche Bahn (DB) et le syndicat GDL [1] (Syndicat des roulants allemands) ont scellé le 9 mars une convention collective autonome.

Auparavant, la direction du syndicat avait dû encore menacer d’une grève illimitée pour obliger la direction des chemins de fer à signer. La confrontation au total a duré presque un an, dont seulement 190 heures – soit grosso modo 8 jours – de grève. Bien que les membres du syndicat GDL se soient prononcés à 98 % pour la grève, la direction du syndicat n’a pas appelé à davantage que les 3 jours de grève de novembre 2007, même après que les tribunaux eurent levé les interdits prononcés précédemment. Elle aurait pu le faire, appeler même à la grève les membres des autres syndicats, chercher ainsi à rassembler les grévistes. Bien au contraire, elle les a laissés isolés dans leurs dépôts et à la merci de la répression de la hiérarchie, sauf ici ou là, comme chez les cheminots du S-Bahn berlinois, où des initiatives d’organisation locale ont été prises.

Le syndicat GDL crie victoire

Pendant des décennies, les affiliés au syndicat GDL relevaient, comme ceux de deux autres syndicats (Transnet [2] et le GDBA [3]), d’une même convention collective. Les conditions de travail se détériorèrent entre autres du fait de la suppression de quasiment la moitié des effectifs des chemins de fer depuis 1994. C’est dans cette situation que le syndicat GDL – qui n’avait cessé de perdre des adhérents – exigea une convention collective autonome pour les conducteurs, personnels d’accompagnement et de restauration à bord, indépendante de celle passée avec les autres syndicats. La direction du syndicat GDL voulait être admise à la table de négociation comme partenaire ayant les mêmes droits que le syndicat plus gros Transnet. Les cheminots, eux, voulaient d’abord une amélioration de leurs conditions de travail.

La direction du syndicat est la première à se réjouir de la signature de la convention. L’autonomie est acquise, mais ne concerne qu’une petite partie des conducteurs. Et pour le reste des revendications de départ, pas grand-chose n’est satisfait.

Il y a des pions sacrifiés

Les sacrifiés sur l’autel de la convention autonome, ce sont avant tout les personnels d’accompagnement (dont les contrôleurs) et les employés de restauration. Sous le prétexte que « seuls » 33 % d’entre eux étaient organisés au syndicat GDL, ils ont été retirés du domaine de la convention. Cela représente 12 000 salariés que la direction du syndicat a laissé purement et simplement tomber. Chez les conducteurs aussi, des pions ont été sacrifiés, comme par exemple les conducteurs de manœuvres et de gares de triage qui sont exclus de la nouvelle convention.

Il y a des revendications oubliées

Pour ce qui concerne la durée du travail, tout reste comme avant. Les horaires d’équipes peuvent aller jusqu’à 14 heures ; cinq heures et demie de conduite ininterrompue. Des changements d’équipes peuvent encore être annoncés du jour au lendemain.

Certes, le temps de travail passe de 41 heures à 40 heures par semaine – à partir du 1er février 2009 ! Mais quel en sera l’effet sur la durée hebdomadaire effective ? De nombreux conducteurs du réseau régional, comme ceux du S-Bahn (RER) de Berlin, ont des temps de trajet si longs et des horaires d’équipes si défavorables, qu’une heure de moins de temps de travail se remarque à peine, du moins tant que rien d’autre ne change. De la même façon, en ce qui concerne les revendications salariales, la nouvelle convention est bien loin des revendications initiales. Entre 7 % et 15 %, voilà ce qui est accordé, respectivement à partir du 1er mars et du 1er septembre 2008. Cependant, du fait de l’abandon de primes non négligeables dans le montant du salaire, toute la question est de savoir si la nouvelle convention, compliquée à souhait, sera vraiment meilleure que celle que Transnet auparavant avait négociée et que le syndicat GDL avait récusée.

Quelques leçons à tirer

Le syndicat GDL s’est en bonne partie déballonné devant l’attente des cheminots et de bien d’autres qui ont regardé avec sympathie ce bras de fer. La combativité des cheminots méritait mieux, et ainsi le ressentent de nombreux roulants. Des adhérents sont convaincus que le syndicat GDL n’est guère mieux que les autres. Son appareil n’est certes pas un mammouth, mais n’en est pas moins une bureaucratie jalouse de ses prérogatives.

Il reste dans le syndicat des travailleurs critiques et combatifs, en particulier sur le réseau banlieue de Berlin, qui se sont donnés quelques moyens de s’organiser « à la base », et bien décidés maintenant à ce que les choses aillent autrement. Ils ne veulent pas laisser le terrain à la bureaucratie, mais poursuivre le combat contre des méthodes anti-démocratiques. Car une grève conduite démocratiquement, où les grévistes auraient pu décider et contrôler eux-mêmes, aurait pu faire plier la Deutsche Bahn.

13 mars 2008

Pauline BAUM


Combativité ouvrière, frilosité syndicale

Le bras de fer entre les roulants et la direction de la Deutsche Bahn a marqué les mois écoulés, même s’il n’a pas compté de longues périodes de grève. Mais une brèche a été ouverte où d’autres se sont engouffrés, dans le commerce et dans les services publics. L’idée a fait son chemin en tout cas qu’il est possible d’obtenir des salaires plus élevés – à condition de faire grève.

Dans le secteur public, c’est particulièrement palpable aujourd’hui où les négociations salariales sont en cours. Face au recul des salaires sur des années et aux suppressions de postes entraînant une dégradation des conditions de travail, tandis que les gains des entreprises s’envolent, une majorité des travailleurs affiche sa combativité. D’autant que les cheminots du syndicat GDL ont montré la voie et ont mis sous pression la direction du syndicat Verdi (le grand syndicat des services publics, affilié à la DGB).

C’est sous cette pression que Verdi a dû appeler à la grève les travailleurs des transports urbains (conducteurs de métros, bus et trams) de Berlin, du 5 mars 2008 à Pâques. Les 12 000 conducteurs qui sont divisés en « anciens » et « nouveaux » salariés, selon qu’ils ont été embauchés avant ou après 2005, avec des montants de salaires différents, réclament 12 % d’augmentation, mais au moins 250 euros pour tous. Comme pour les conducteurs de la Deutsche Bahn, ce sont les conditions de travail (horaires d’équipes, réglementation des pauses et questions de sécurité) qui leur pèsent le plus. Gagner plus, ils en ont évidemment besoin, mais reprochent amèrement à Verdi de brader leurs autres problèmes essentiels.

Lors d’un référendum fin février, 97 % des membres de Verdi se sont exprimés en faveur de la grève. Verdi était menacé d’une perte importante d’adhérents en faveur du syndicat GDL, si sa direction continuait son ronron de négociations. Nombre d’entre eux, dans les transports de banlieue de Münich, Nuremberg, Stuttgart, Berlin et autres villes, ont quasiment tourné le dos au syndicat ces derniers mois pour s’adresser au GDL. D’où la pression toute particulière que subit Verdi dans ce secteur.

Dans les autres domaines du service public, le syndicat négocie le sort des employés des villes et des régions selon le train train habituel. Il n’appelle qu’à des grèves d’avertissement éparses et d’un seul jour, au lieu de dénoncer les marchandages de broutilles et d’appeler à la grève, aux côtés de ceux des transports. La direction de Verdi n’envisage que pour le début avril d’appeler les travailleurs de la fonction publique à participer à leur tour à un référendum, bien que les grèves d’avertissement aient été bien suivies. La pression serait tellement plus efficace si elle était exercée par les grévistes des différents secteurs, appelés à lutter ensemble.

Mais Verdi compte bien garder la situation en main. Sa direction prend toutes les décisions, loin du contrôle des grévistes. Tant que ces sales habitudes ne seront pas bousculées, la confrontation n’aboutira probablement qu’à un compromis peu favorable aux travailleurs des transports et des services publics.

Mais ces temps-ci, ça secoue dans les branches…

P. B.


[1Gewerkschaft Deutscher Lokomotivführer = Syndicat des Roulants allemands. Vieux syndicat corporatiste.

[2Transnet est un syndicat des transports affilié à la DGB.

[3Le GDBA est un syndiqué d’employés.

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