Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 56, mars-avril 2008

Belgique : Arcelor-Mittal reçoit des aides publiques pour polluer

Mis en ligne le 21 mars 2008 Convergences Monde

Arcelor Mittal est un groupe sidérurgique mondial qui fait preuve d’une bonne santé financière. Lors de la présentation de ses résultats, mercredi 13 février, à Luxembourg, il a annoncé un bénéfice en hausse de 30 % (7,5 milliards d’euros) et des ventes d’acier en hausse de 27 % en 2007, année où il a effectué 35 acquisitions : usines, mines de fer… Voilà de quoi remplir le portefeuille déjà bien garni de la famille Mittal, puisque premier actionnaire de ce groupe qui compte 320 000 salariés, elle va encaisser une bonne partie des 2,2 milliards d’euros de dividendes qui seront distribués en 2008.

Ces chiffres, impressionnants, n’empêchent pas le trust d’annoncer la fermeture de l’aciérie et d’un laminoir à l’usine de Gandrange en Moselle, près de Metz. Cette fermeture se traduirait par la perte de près de 700 emplois directs, plus de 1000 si l’on ajoute les sous-traitants à demeure sur le site et les emplois induits par l’activité de l’entreprise.

Chantage à l’emploi

De l’autre côté de la frontière, à Liège, en Belgique, depuis juin 2006, Mittal possède une importante entreprise sidérurgique suite à l’absorption d’Arcelor. Celui-ci avait annoncé en 2003 la fermeture d’un haut fourneau. Mais voilà, au niveau mondial, la consommation d’acier a fortement augmenté et Mittal a décidé, en mai 2007, de rouvrir le haut fourneau condamné. Pour cela, il était prêt à investir 25 millions d’euros mais demandait de pouvoir rejeter dans l’atmosphère 20 millions de tonnes de CO2 sur la période 2008-2012. Pour après 2012, Mittal ne s’engage sur rien ; tout dépendra de la conjoncture économique mondiale et de ses ventes d’acier.

Le rejet de ce CO2 a donné lieu à une partie de bras de fer entre Mittal d’un côté et le gouvernement fédéral, la Région Wallonne et l’Europe de l’autre. Objet de ce bras de fer : qui allait payer cette pollution supplémentaire ? Au départ, Mittal avait annoncé qu’il ne rouvrirait le haut fourneau que s’il n’avait rien à débourser pour ses quotas de CO2. Il alla même jusqu’à reculer la date prévue pour redémarrer l’usine.

Devant ce chantage, tous ont cédé. Finalement Mittal a obtenu en partie gain de cause puisque 65% des coûts de ces pollutions seront pris en charge par le gouvernement fédéral belge et la Région Wallonne. Mittal en personne a tenu à remercier les pouvoirs publics : «  le gouvernement wallon fut très gentil de nous trouver des quotas pour relancer le haut fourneau de Seraing ».

Pour appuyer son chantage, Mittal rappelait que la réouverture du haut fourneau entraînerait la création de plus de 200 emplois. Il savait que cet argument ferait mouche dans une ville comme Seraing (où se situe le site) qui compte un taux de chômage de 31% et où 46% de la population vit du « Minimex » (RMI en Belgique) !

Pourtant, il aurait été normal que l’on applique à cette entreprise, le principe de pollueur-payeur, d’autant que Mittal dégage des bénéfices records et a les moyens de financer ses rejets de CO2 dans l’atmosphère… ou d’installer des outils performants qui diminuent la pollution de ces usines !

La guerre entre bureaucraties syndicales

Mais si l’on parle des emplois créés, il faut parler aussi des emplois des 30 ouvriers à contrat à durée déterminée que Mittal met à la porte à Ferblatil, en ce moment, à quelques kilomètres du haut fourneau ! Ces licenciements seraient le prélude à 400 autres suppressions d’emplois (sur 460 salariés actuellement employés) dans les années à venir. C’est en tout cas la crainte des syndicalistes de l’usine. Licenciements qui ont amené les ouvriers de cette entreprise à faire grève durant 8 jours. Cette grève s’est terminée quand la direction a accepté de négocier en échange d’un « engagement de toutes les organisations syndicales à maintenir la sérénité sociale sur le terrain durant la période de concertation » selon le communiqué de la direction !

Cette grève à Ferblatil – dirigée par la CSC (une des deux grandes centrales syndicales en Belgique) – comme la réouverture du haut fourneau (le fief de la FGTB, l’autre centrale importante) a donné lieu à des affrontements… entre les syndicats de Mittal (aggravés sans doute par la proximité des élections sociales (mai 2008).

La FGTB, très présente sur une partie importante du site, « la phase à chaud », avait fait de la réouverture du haut fourneau son cheval de bataille. Elle a même organisé une grève générale le 21 janvier 2008 avec piquets de grève pour réclamer que tous se mettent autour de la table de négociation pour trouver une solution au problème du financement des rejets de CO2 et permettre la réouverture du haut fourneau. La presse avait déjà annoncé qu’un accord était en vue. Mais cette grève a permis à la FGTB de crier victoire à la réouverture. La FGTB, liée aux dirigeants socialistes qui gouvernent la Région Wallonne, n’hésite pas maintenant à féliciter personnellement le patron Lakshmi Mittal ; « Lakshmi Mittal est un sidérurgiste qui sait apprécier la qualité d’un outil, je suis persuadé que cela a joué » explique le dirigeant local de la FGTB oubliant qu’à quelques centaines de kilomètres de là, à Gandrange, le même Mittal veut licencier près de 700 ouvriers.

Le prix à payer par la population

Les syndicats qui se sont largement exprimés sur la réouverture, sont beaucoup plus discrets sur les conditions de cette réouverture pour les travailleurs ! Le prix à payer : des emplois précaires, une usine tournant 24h sur 24h, un droit de grève réglementé, un plan de réduction des coûts de 20 % qui se traduira par des économies partout… et une pollution pour tous les habitants des villes aux alentours. L’ancien président (FGTB) des métallos liégeois explique : « il y a deux ans, j’étais loin de m’imaginer qu’on produit une tonne de CO 2 par tonne d’acier. »

Henri Salvador chantait que « le travail c’est la santé ». À Liège, ceux qui vont retrouver un emploi se ruineront la santé au pied des machines, travaillant selon des horaires fous, en fonction des commandes de l’entreprise. Ceux qui vivent aux abords de l’usine respireront du CO2 à longueur d’années, ruinant eux aussi leur vie. Il n’y a que la santé de l’entreprise qui sera gagnante dans cette affaire. Quant aux syndicats, ils crient victoire, laquelle, vu les conditions de cette reprise, est surtout du côté du patron qui a réussi à avoir les aides des pouvoirs publics pour polluer !

La chanson d’Henri Salvador se poursuivait ainsi : « le travail, c’est la santé, rien faire, c’est la conserver » Nous dirions plutôt que pour conserver la santé, à Liège comme ailleurs… il faut surtout lutter !

Bruxelles, le 12 mars 2008

Paul GALLER

Mots-clés :

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article