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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 23, septembre-octobre 2002 > DOSSIER : Syndicats / travailleurs : Un fossé grandissant

DOSSIER : Syndicats / travailleurs : Un fossé grandissant

L’exemple : Renault

Mis en ligne le 5 octobre 2002 Convergences Politique

Après la deuxième guerre mondiale la bourgeoisie française a besoin de la caution stalinienne pour faire accepter le régime de l’après-guerre et les sacrifices qu’il impose. Dans l’entreprise Renault nationalisée, l’appareil CGT s’est mis au service de la direction pour faire « retrousser les manches », pour s’opposer aux augmentations de salaires, pour empêcher les grèves et même licencier les ouvriers récalcitrants. Cela a duré de 1945 à 1947. Mais la grève de 1947 à Renault-Billancourt, dirigée par un comité de grève et animé par Pierre Bois, militant trotskiste de l’Union communiste, contraint le PCF et la CGT à prendre la tête de la lutte pour ne pas perdre le contrôle sur les travailleurs.

Du gauchisme aux accords avec le patron

Au même moment le PCF doit quitter le gouvernement après le début de la guerre froide. La CGT change alors de visage. Elle cesse de se faire l’auxiliaire de la direction pour mener des grèves dures. De celles-ci pourtant les travailleurs ne sont pas dans leur ensemble partie prenante et ce radicalisme, gauchiste et sectaire, s’est souvent conclu par des licenciements de militants ou leur départ par démoralisation. On ne tarde pas d’ailleurs à en voir les limites dès que les salariés commencent eux-mêmes à contester le calme social.

En 1953, la CGT se garde bien d’appuyer le mouvement des fonctionnaires alors qu’il commence à s’étendre au privé. Mais elle obtient un accord signé la même année avec la direction, soucieuse de lancer une politique d’accords-maison pour constituer des pare-feux antigrève, qui inclue la première contractualisation d’une augmentation de salaire en fonction de l’évolution de la conjoncture et de la productivité du travail. Dans ce cadre sont reconnus à titre d’interlocuteurs réguliers et normaux de la direction les syndicats présents dans l’entreprise, qui s’engagent à épuiser toutes les possibilités conventionnelles avant d’avoir recours à la grève. Au nom de la paix sociale, comme indiqué dans le préambule de l’accord, un système de retraite complémentaire et une troisième semaine de congés payés sont instaurés. Suite à la grève des chantiers de Saint-Nazaire de 1955 qui risquait de s’étendre à la métallurgie, un nouvel accord est mis en place que la CGT attend cette fois... deux mois pour signer.

Les années 60, en pleine prospérité, la CGT, suivant la politique du PCF, diffusait l’idée que l’ « on ne pouvait pas aller au casse-pipe contre le pouvoir fort de De Gaulle. » Il en résultait une haute stratégie syndicale de grèves tournantes, grèves par atelier, grèves soi-disant de harcèlement. Une stratégie d’émiettement et de diversion qui contribua à éviter une possible extension de la grève des mineurs de 1963.

En mai 68, le PCF contesté par la radicalisation sociale comme par le développement de groupes gauchistes, débordé d’abord chez les lycéens et les étudiants puis par les premières grèves comme à Sud-Aviation (Nantes), la CGT prend la direction de la grève générale. Quand à Renault les travailleurs débrayent spontanément le 16 mai 68, la CGT ne cherche pas à s’y opposer. Mais les ouvriers ne cherchent pas à imposer leur contrôle à une CGT qui sous couvert d’un prétendu comité intersyndical dirige toute l’usine en grève. Aussi c’est aux ouvriers de Renault que les dirigeants de la CGT tentent de faire avaler en premier les accords de Grenelle, accords Etat / Patrons / Syndicats, comme une grande victoire. Lorsque les dirigeants syndicaux commencent à parler de récupération des journées de grève, une partie des ouvriers les conspuent mais sans organisation alternative ils en restent aux huées impuissantes. Le mouvement amena peu d’avantages durables pour les travailleurs. Mais la section syndicale d’atelier fut reconnue. Et les délégués les plus importants ont alors cessé complètement de travailler avec l’accord du patron.

Aujourd’hui la collaboration de classe bat son plein

Les directions organisent sans cesse d’interminables réunions avec les syndicats. Des représentants syndicaux sont administrateurs salariés et disposent pour cela d’un secrétariat. L’accord sur le droit syndical de 1984 a prévu des commissions paritaires avec direction et syndicats, un cadre permanent de négociation. La direction a institué aussi un système de « délégués syndicaux centraux » non élus qui sont « les porte-parole accrédités obligatoires des organisations syndicales auprès de la direction générale » et qui rencontrent une fois par an le PDG. Ils bénéficient d’une franchise mensuelle de 80 heures chacun, d’indemnités, du téléphone et d’un véhicule (crédit annuel de 10.000 km).

Les délégués syndicaux participent également au Comité central d’entreprise, à sa commission économique et à sa commission de formation et, depuis le 23 juin 2000, au comité de groupe de Renault, qui est la direction internationale. Ils participent donc au plus haut niveau à une « cogestion » à la française du capital.

Depuis 2000, la commission paritaire, appelée la commission de suivi, s’occupe notamment des questions de discrimination syndicale et les problèmes relatifs à la prise des heures de délégation. En clair, il s’agit de permettre que les délégués principaux prennent des heures de délégation à volonté et voient leur salaire régulièrement augmenté. Depuis 2000, chaque organisation syndicale représentative bénéficie d’une contribution annuelle de fonctionnement d’un montant fixe de 300 000 F plus une partie variable en fonction des résultats aux élections professionnelles.

La répartition des heures de délégués privilégie les fonctions les plus éloignées des salariés : secrétaire du CE (temps plein), les délégués centraux (80 heures par mois), puis les délégués syndicaux de l’établissement (30 heures), les délégués au CE (20 heures par mois) et en dernier les DP, les plus proches des salariés, (15 heures par mois). En revanche Renault supprime le temps d’information syndicale pour tous les salariés.

Comment s’étonner que le militantisme dans les ateliers est réduit à la portion congrue. La plupart des salariés ne voient plus un délégué circuler pour discuter des problèmes quotidiens. Les réunions syndicales sont une exception et encore plus rarement destinées à des salariés non-élus. Mis à part bien entendu celle que les militants révolutionnaires organisent dans leurs secteurs.

G. M.

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