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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 23, septembre-octobre 2002 > DOSSIER : Syndicats / travailleurs : Un fossé grandissant

DOSSIER : Syndicats / travailleurs : Un fossé grandissant

Faut-il encore militer dans les syndicats ?

Mis en ligne le 5 octobre 2002 Convergences Politique

Si quelques groupes ultra-gauches se refusent depuis longtemps de faire du travail dans les syndicats, ou d’autres prônent la constitution de syndicats révolutionnaires purs et durs, la position traditionnelle des communistes révolutionnaires est au contraire d’y militer, malgré leur nature réformiste, et parfois carrément réactionnaire, et malgré les trahisons passées. Une position justifiée par le fait qu’aux yeux des travailleurs ils sont l’organisation ouvrière de base, celle qui défend leurs intérêts au quotidien vis-à-vis de l’exploitation capitaliste, celle aussi qui regroupe en principe tous les travailleurs par-delà la diversité des opinions philosophiques, politiques ou religieuses, bref l’organisation de classe par excellence.

L’évolution des syndicats, leur éloignement des travailleurs en général, y compris des simples syndiqués, dans les faits sans moyen réel de contrôle, ne peut manquer de reposer une nouvelle fois la question. Et si l’on répond de nouveau positivement à cette première question, en France, vu l’organisation syndicale (l’existence de quatre, cinq ou six syndicats pour la même entreprise et pour les mêmes travailleurs) s’en pose d’ailleurs une deuxième : dans lequel le faire ?

Par défaut

Les raisons de leur tourner le dos ne manquent pas. Pourquoi risquer en effet d’avoir à endosser la responsabilité d’une politique, vomie parfois par les travailleurs les plus conscients ou les plus combatifs (que l’on pense par exemple à ceux qui ont dû justifier leur étiquette CFDT en 1995 alors que Nicole Notat se rangeait aux côtés du gouvernement Juppé contre les cheminots et les postiers), alors que la plupart des travailleurs ont eux-mêmes déserté le syndicat ?

Il n’y a donc pas un article de foi qui dicte que pour toujours et dans n’importe quelles conditions ou quelle que soit l’évolution à venir il n’y a d’autre voie pour des militants ouvriers révolutionnaires que le passage obligé par les syndicats. Le prolétariat au cours de ses luttes peut certainement mettre sur pied d’autres formes d’organisation correspondant davantage à ses besoins et ses intérêts. Il l’a déjà fait dans l’histoire, ne serait qu’avec les soviets en Russie en 1917 ou dans des circonstances moins dramatiques avec des comités de grève sous le contrôle des grévistes eux-mêmes.

Mais justement aujourd’hui nous n’en sommes pas là, même si nous pouvons espérer que cela soit un jour et si nous militons pour. Autrement dit les seules organisations actuelles d’importance de la classe ouvrière sont les syndicats, même si elles sont déformées, bureaucratiques, opposées parfois à ses intérêts. C’est la raison essentielle : en l’absence de quelque chose de mieux, ne pas tourner le dos à ce qui existe, quels qu’en soient les défauts.

Etre avec les plus conscients

Etre dans les syndicats permet au moins une activité, même si elle est réduite, d’organisation et de défense des travailleurs. Il y a aujourd’hui relativement peu d’adhérents dans les différentes organisations syndicales en France, c’est vrai. Mais c’est tout de même, en partie, la minorité qui a encore conscience de la nécessité de s’organiser. Qui a la volonté de continuer à se défendre au jour le jour : ne pas laisser passer des irrégularités sur une fiche de paye, ne pas tolérer un licenciement ou une sanction. Qui remplit plus ou moins confusément la tâche de maintenir une certaine idée de la solidarité prolétarienne, par exemple vis-à-vis des jeunes générations, sur la nécessité et la possibilité de se défendre, de retisser les liens entre les travailleurs, de leur ouvrir d’autres perspectives que celles tracées par l’individualisme ambiant.

Pas besoin d’être révolutionnaire pour cela ? Certes. Mais ce travail de pur syndicaliste (malheureusement abandonné par trop de syndicalistes eux-mêmes), quotidien et sans flamboyance, fait partie de la préparation pour le moment où la classe ouvrière sera à nouveau à l’offensive. Fait avec la préoccupation d’associer systématiquement les travailleurs concernés, en se rappelant qu’ils ont besoin d’organisation et de militants, pas de sauveur, de tribun, de césar… ni de bureaucrates, ce travail indispensable est quand même bien souvent permis par l’appartenance syndicale.

Se démarquer des bureaucraties

Car le danger que souligne les adversaires résolus de tout travail dans les syndicats est bien réel : celui d’être aspiré, qu’on le veuille ou non, dans l’appareil, d’en copier les mœurs et au final la politique. Danger d’autant plus réel que dans la période actuelle, contrairement à d’autres, en raison du manque de forces militantes dont souffrent les syndicats, on peut voir s’ouvrir rapidement la possibilité de « grimper » dans l’appareil. Des postes de permanents eux-mêmes sont parfois à celui qui veut bien les prendre, quel qu’il soit.

Mais s’il n’y a pas de recettes pour que le militant révolutionnaire évite les pièges qui lui sont tendus à chaque étape de son activité syndicale, il y a tout de même quelques principes qui permettent grosso modo de s’y retrouver.

D’abord s’ôter l’illusion que par leur présence les militants révolutionnaires pourraient changer la politique, voire la nature des organisations syndicales. En tout cas en l’absence d’un afflux massif des travailleurs qui auraient la volonté consciente de prendre en main le contrôle de leur organisation. Se rapprocher des sphères dirigeantes a pu être une tactique utilisée par certains, dans le but d’en influencer la politique. Mais il semble impensable, après autant d’années de trahisons, de collaboration des syndicats avec le patronat, de croire que leurs directions sélectionnées sur cette politique, pourraient changer. C’est plutôt les militants qui risquent d’altérer leurs idées à ce jeu.

Ensuite être prêt à risquer ses « positions » dans le syndicat à chaque fois que surgit au grand jour l’opposition entre les travailleurs et l’appareil, en particulier au cours des luttes. Trop de militants révolutionnaires, dont il n’y a pas à douter de la sincérité, ont basculé du mauvais côté pour n’avoir pas su voir cette opposition ou avoir tenté de la minimiser pour ne pas rompre avec les appareils, au lieu de s’appuyer sur les travailleurs, leur proposer une autre forme d’organisation (comité de grève par exemple), les préparer à s’opposer aux bureaucrates qui s’apprêtaient, eux, à saborder leur lutte.

Enfin garder à l’esprit que, si le syndicat est une forme d’organisation ouvrière qui a joué historiquement un rôle majeur pour la constitution du prolétariat en tant que classe consciente de ses intérêts propres, ses limites mêmes exigent qu’existent d’autres organisations ouvrières qui défendent au sein du prolétariat les intérêts à long terme de celui-ci, une politique révolutionnaire. Et aussi que, l’histoire de la lutte de classe n’ayant certainement pas dit son dernier mot, aux moments intenses de cette lutte très probablement surgiront d’autres organisations plus représentatives de la classe ouvrière.

Lydie GRIMAL


Lequel choisir ?

Il fut un temps où la question ne se posait pas. La CGT était le seul syndicat possible, comptant un nombre d’adhérents sans commune mesure avec ses concurrents qui de plus se réclamaient ouvertement de la collaboration de classe. Depuis la situation a changé, des dissidents de la CGT ont d’abord créé FO au nom de l’indépendance syndicale, la majorité de la CFTC a jeté aux orties le sigle chrétien pour former la CFDT, les écarts en nombre d’adhérents se sont réduits. Et surtout au fil des ans de plus en plus de militants d’extrême gauche, ou simplement combatifs, exclus ou repoussés par la CGT, ont cru trouver mieux au sein des deux autres grandes centrales.

Aujourd’hui donc alors que la CGT tient à marquer ses distances avec le PCF, qu’elle souligne au contraire son « recentrage » vers une politique qui la distingue de moins en moins de ses concurrentes, il n’y a certainement pas les mêmes raisons de choisir systématiquement la CGT. Si elle garde un léger avantage c’est d’une part parce que les centrales concurrentes n’ont finalement pas moins dérivé qu’elle (l’exemple de la CFDT par exemple est particulièrement frappant) et qu’ainsi elle continue à attirer, sinon dans tous les secteurs en tout cas dans un bon nombre d’entre eux, la majorité de ceux des travailleurs qui se veulent les plus à gauche ou les plus radicaux.


Et les « nouveaux syndicats » ?

Ces dernières années se sont créés de nouveaux syndicats, en particulier les SUD. Nés de l’opposition aux bureaucraties en place, principalement CFDT, n’hésitant pas à user d’un langage radical, ils attirent un certain nombre de jeunes militants combatifs. Il est toutefois douteux que leur avenir soit bien différent de celui de syndicats plus anciens. D’abord parce que pour l’essentiel ils ont été formés par une fraction de l’appareil de la CFDT ayant quitté celle-ci avec armes, bagages et méthodes bureaucratiques. Ensuite parce qu’ils n’ont pas su ou pas pu susciter l’afflux de travailleurs qui pourrait seul insuffler une nouvelle nature aux organisations syndicales. Résultat, langage mis à part, la politique des SUD est déjà bien souvent dans les faits la même que celle de leurs concurrents. Et un peu partout le principal combat qu’ils mènent est celui pour l’obtention de leur reconnaissance officielle. Pour avoir le droit de participer aux mêmes discussions avec les patrons ou l’Etat donc.

Les militants révolutionnaires peuvent certainement militer tout autant au sein de ces nouveaux syndicats que des anciens. Mais sans se laisser abuser, comme certains le furent il y a trente ans par la CFDT, qui alors minoritaire se présentait elle aussi comme gauchiste pour faire pièce à la CGT. On le sait depuis, le naturel a vite repris le dessus.

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