Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 23, septembre-octobre 2002

Alès (Gard) : les luttes et les tribulations d’un collectif de chômeurs

Mis en ligne le 5 octobre 2002 Convergences Politique

En janvier 1998, le mouvement des chômeurs, parti de Marseille avec Charles Hoarau, ayant gagné de nombreuses régions, se créait le Collectif des chômeurs et précaires d’Alès. La CGT ou le PCF voulaient en faire un mouvement dans leur mouvance. Très rapidement il s’est avéré que les chômeurs voulaient avant tout leur indépendance. Gagner leur confiance pour les quelques militants LO (fraction) qui s’y étaient investis, a été un combat difficile, permis, entre autres, par l’organisation en AG quotidiennes où tout le monde pouvait s’exprimer.

Les premières actions

Après deux jours d’occupation de la Chambre de commerce et d’industrie d’où nous avons été expulsés par la police, le petit groupe s’est mis à occuper tous les matins un nouveau lieu : ASSEDIC, CAF, Chambre des métiers, DDSS, etc… pour s’en faire expulser presque tous les soirs. Mais la mairie fini par céder un local où tous les soirs pendant plusieurs mois des AG commençaient vers 18 heures pour se terminer vers minuit.

Notre action la plus spectaculaire a été lors des adieux de l’ancien président de la CCI. Le patron des patrons locaux cédait la place à son successeur. Devant tous les petits patrons, les huiles locales, tous les politiciens, 13 chômeurs très déterminés se sont invités à la fête et se sont imposés pour prendre la parole devant l’assemblée tétanisée. Lors de cette soirée personne n’a osé nous toucher, surtout pas la poignée de vigiles très amusés par la situation. Cette année là nous avons aussi occupé a deux reprises le dépôt des bus et obtenu les bus gratuits pour les plus faibles revenus (chômeurs comme retraités).

La plupart des membres du Collectif de cette époque n’avaient aucun passé politique ou syndical. Mais il y avait aussi un petit groupe de chômeurs au passé militant : anciens du PC, CGT, JOC, AC !, Act Up et anarchistes.

La scission

Beaucoup de monde venait nous voir et participait au mouvement. Mais à l’échelle nationale, le mouvement des chômeurs s’essoufflait. Les actions pour des revendications générales (augmentation des minima sociaux de 1500F, le RMI pour les moins de 25 ans, l’interdiction des expulsions et des coupures d’eau et d’électricité, etc…) n’avaient plus le même écho dans les médias. La discussion dans le Collectif s’est alors envenimée entre ceux qui revendiquaient le droit à un vrai travail et pensaient transformer le Collectif en une sorte de syndicat de sans-emplois, et un groupe lié au Collectif dit de Jussieu qui, sous prétexte de refuser l’exploitation, refusait de revendiquer un travail pour les chômeurs mais seulement un revenu et visaient à poursuivre leur vie de marginal en transformant le Collectif en club d’entraide et de discussions. Dans cette lutte ils ne se sont interdit aucun coup bas contre les « bureaucrates » de LO qui voulaient… « garder le savoir pour eux » et empêcher les autres d’évoluer, sous prétexte que nous refusions les sujets de discussions qui écartaient une bonne partie des chômeurs.

L’ambiance devenue intenable, les premiers ont alors décidé de former le Collectif d’action contre le chômage. Au début nous étions 6 ou 7 à peine, dont deux militants se réclamant de LO. Mais les sujets de revendication, eux, étaient pléthore. Les cantines scolaires étaient très chères sur notre ville (18F contre 3F à Nîmes pour les enfants d’un RMIste). L’agitation d’un Collectif cantine regroupant, en plus de nous, les partis de gauche et d’extrême gauche, la CGT, la FCPE a très rapidement forcé la mairie à annoncer le repas à 8 F pour les enfants des plus précaires.

Le maire avait aussi décidé que ceux qui résidaient sur la commune depuis moins de trois ans n’avaient droit à aucune aide du CCAS. Nous avons traîné la mairie devant le tribunal administratif. Le maire a suspendu son arrêté.

En décembre pour la « prime de Noël », revendication nationale remise en avant, notre rassemblement aboutit à l’occupation de la DDSS. La politique du gouvernement était d’expulser d’emblée tous ceux qui occupaient un bâtiment public. Le conseil général du Gard, à majorité de gauche et plus directement sous la vice-présidence d’un élu du PC, était bien embêté. D’autant plus que plus de cent personnes ont participé à l’occupation. Il lui a fallu 11 jours pour s’y décider à quelques jours de Noël.

Le deuxième souffle

Cette occupation, après le succès sur les cantines, a été notre véritable renaissance. Le premier collectif n’avait plus d’existence pratique. Nous avons contraint la mairie à nous octroyer un local. Et certains militants du premier collectif nous ont rejoint à ce moment-là. Il s’agissait en particulier d’anciens militants du PC passés au gauchisme. Ou encore de militantes du PT et de la FCPE qui avaient mené avec nous le combat des cantines.

Pourtant certains de ces nouveaux venus avaient trop de comptes à régler notamment avec le PC. Cette guerre permanente n’avait aucune raison d’être du point de vue du Collectif et des intérêts des chômeurs. Finalement ils sont repartis, mis en minorité par les chômeurs lors d’un vote sur la participation à la manifestation du 11 décembre, à l’appel du PC et de l’extrême gauche.

Nous n’avons jamais eu au Collectif d’ouvrier qualifié au chômage : probablement parce qu’un tel ouvrier ne se sent pas chômeur, même s’il reste aux ASSEDIC un certain temps. Il sait qu’il a quelques chances de retrouver du travail quand il le voudra vraiment. Au mieux, s’il était militant avant, il rejoindra le syndicat de chômeurs qu’a créé la CGT pour rivaliser avec nous. Ceux qui nous rejoignent sont ceux pour qui la galère est la seule perspective de leur vie, ceux qui vivent la misère au quotidien sur de très longues périodes.

Problèmes et limites

Cela pose évidemment beaucoup de problèmes : la misère, cela abîme à tout point de vue. Le niveau culturel est, à quelques exceptions, très bas, le niveau de connaissances politique de départ nul. Ce qu’ils savent c’est qu’ils sont des victimes, des exclus. Ils estiment que tous les politiciens se valent. Pour eux le Collectif c’est d’abord un groupe qui leur permet de se sentir moins seuls, c’est une façon de rendre les coups, de ne plus subir. Pour eux rentrer dans une ANPE, en manifestant contre le PARE par exemple, banderoles en tête et en hurlant des slogans est quelque part une revanche.

Actuellement le Collectif tourne sur un groupe d’une vingtaine de militants. Il a son journal, La Crécelle, et anime une émission de radio hebdomadaire, « La Parole aux Chômeurs » sur une radio protestante. Son local accueille nombre d’activités : cours d’alphabétisation, de couture, d’informatique, les activités culturelles du quartier et une permanence juridique. Et il y a autour de nous du monde qui nous a connu lors d’actions, voire a milité un moment au Collectif, est susceptible de nous rejoindre en cas d’action importante et suit ce que nous faisons. Ainsi le 28 novembre 2001, pour la « prime de Noël », nous avons réunis 600 chômeurs devant la sous-préfecture, dont 450 ont participé à la manifestation qui a suivi et remis 2 400 demandes de prime au sous préfet.

Ce soutien nous a permis de prendre des initiatives comme celles de remettre illégalement et publiquement, devant la presse convoquée, le courant aux chômeurs coupé par EDF. Ou encore nous opposer à l’entreprise qui gère l’eau de la ville et procédait à des coupures sauvages pour les « mauvais » payeurs qu’elle a dû suspendre en partie. Une action qui a entraîné la protestation actuelle contre le doublement du prix de l’eau en liaison avec toutes les associations de consommateurs (UFC, CNL, CLCV,…), l’UL CGT et d’autres.

Bien sûr le collectif a de sérieuses limites : celles de toute association ou syndicat destiné à une fraction bien particulière de la population, doublées du fait que la période n’étant pas à la mobilisation générale, la tendance à se replier sur ses particularités est encore accentuée. Ainsi les liaisons avec le reste des travailleurs sont difficiles même si nous avons soutenu les ouvriers des usines de la région en lutte contre leur fermeture : Alcatel-Cable en 98 et AMSF (ex-Alstom) depuis 2 ans, ou encore sommes montés à 14 à la manifestation du 9 juin, à Paris, contre les licenciements.

Pourtant dans cette activité un certain nombre de chômeurs se sont politisés. Et dans cette prise de conscience politique, leur sympathie a grandi envers les idées et les militants communistes révolutionnaires qui leur ont appris à s’organiser. Car c’est aussi la leçon de ces 5 ans, les illusions tombées envers la gauche plurielle qui n’a rien fait ni pour eux ni pour remédier au chômage.

20 septembre 2002

Sébastien LENOIR

Mots-clés :

Réactions à cet article

  • Je viens de lire votre article, il est interessant, réaliste, mais faux.

    En effet, dire que la CGT a créé un syndicat CGT chômeurs dans le but de faire concurrence un collectif d’Alès et non seulement mensongé, mais demontre que la personne qui a écrit cet article n’a pas pris un petit instant pour en débattre avecx les responsables du syndicat CGT chômeurs.

    Pour rappel, le syndicat CGT chômeurs actuel, c’est constitué autour de camarades syndiqués CGT qui lors de la fermeture de leur entreprise (alcatel cable france) c’étaient déjà organisés en comité de chômeurs CGT alcatel.

    De plus la situation des comités et syndicats CGT chômeurs au sein de la CGT n’est pas aussi l’impide que pourrait le faire croire un tel article, aujourd’hui, de plus en plus des syndiqués CGT qui subissent des plans de licenciement font le choix de s’organiser pour résister, et crée dans la suite logique de leur lutte un syndicat ou comité de chômeurs, c’est d’aiileurs une façon pour eu de pouvoir rester syndiqué organisé et non syndiquié isolé.

    Personnellement, je suis en grande partie à l’origine de la création du comité de chômeurs Alcatel Cable, et les camarades ont fait appel à moi lorsqu’ils ont décidés de s’organiser en syndicat CGT, simplement parceque pendant un certaine la période ou j’ai suivi un stage AFPA, je mettais mis en retaiet du syndicat.

    Je n’irais pas plus loin dans le débat aujourd’hui, mais je suis à la disposition de responsable de l’article en question.

    BONNET Patrick, secrètaire du syndicat CGT chômereurs et précaires d’Alès

    Réagir à ce message

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article