Aller au contenu de la page

Attention : Votre navigateur web est trop ancien pour afficher correctement ce site internet.

Nous vous recommandons une mise à niveau ou d'utiliser un autre navigateur.

Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 113, juin-juillet-août 2017 > Après la présidentielle

Après la présidentielle

Mélenchon et la France insoumise

Faire du vieux avec du vieux…

Mis en ligne le 9 juin 2017 Convergences Politique

Mélenchon est allé droit au but en présentant, à Marseille le 11 mai dernier, sa candidature aux élections législatives : « Je ne veux pas affaiblir le PS, je veux le remplacer ».

Très bien, mais par quoi ? Et, surtout, pour quoi ?

Même si Mélenchon donne l’impression de déclarations à l’emporte-pièce, il ne choisit pas ses mots au hasard… « Remplacer – Remplir le rôle ou la fonction de quelque chose », dit le Larousse. Ainsi, Mélenchon dit bien vouloir faire comme le PS, mais sans le PS. Seulement voilà, c’est de la politique du PS que les travailleurs ne veulent pas. Pas seulement de son étiquette !

Rebâtir la même maison mais hors les murs

Mélenchon a quitté le PS en 2008, à la suite du relatif échec de la motion présentée au nom de la « gauche » du PS par un certain Hamon et que Mélenchon soutenait alors avec des gens restés ensuite au PS comme Emmanuelli, Lienemann et Quilès. La motion victorieuse était celle de Ségolène Royal, qui préconisait une alliance avec le « centre »… Dans l’interview où il avait annoncé son départ du PS, Mélenchon déclarait : « Je ne crois pas du tout que c’est avec cette orientation qu’on va pouvoir rassembler cette énorme énergie de gauche que, moi, je sens disponible dans ce pays. (…) Ça suffit comme ça, je tourne la page : je vais continuer mon combat pour aller à la rencontre de ces forces de gauche et construire une force politique nouvelle qui soit à la disposition de ce combat-là. »

Tandis que la « gauche » du PS des Hamon a frondé tout en soutenant mais pas complètement, Mélenchon, lui, s’est donc efforcé, depuis bientôt neuf ans, de rassembler en dehors du Parti socialiste les déçus de ce parti – il faut dire qu’il y en a beaucoup, ce qui permet de ratisser large ! Il a déjà réussi à marginaliser, en tout cas électoralement, le Parti communiste – qui l’a bien cherché en faisant de lui son porte-parole dès 2012. Et les scores promis au PS – les sondages lui donnent aux alentours de 6 % des suffrages – peuvent faire s’accélérer les départs vers la France insoumise de Mélenchon chez qui les politiciens menacés de licenciement par des électeurs mécontents pourraient bien y avoir davantage d’espoirs de postes à pourvoir. Il ne reste donc à Mélenchon qu’à tenter de phagocyter ceux qui, au PS, ne se sont pas laissé séduire par les sirènes macroniennes.

Dans quel but ? Il le dit lui-même, « le remplacer », c’est-à-dire substituer au PS discrédité un parti qui « remplira son rôle et aura la même fonction », pour paraphraser le Larousse !

Mélenchon, un réformisme au rabais mais un nationalisme affirmé

Il fut un temps où le PS devait faire semblant de vouloir du changement, voire de s’en prendre verbalement au système, afin de drainer les voix des classes populaires.

Mélenchon ne fait pas autre chose. Les « gens », comme il dit, en ont-ils assez du système capitaliste ? Mélenchon leur promet « la révolution citoyenne (…) moyen pacifique et démocratique de tourner la page de la tyrannie de l’oligarchie financière et de la caste qui est à son service ». Et comment réaliser un si noble objectif ? Par une nouvelle constitution… La bourgeoisie des différents pays, depuis plus d’un siècle, a provoqué la mort de centaines de millions de personnes à travers deux guerres mondiales, d’innombrables guerres coloniales, en attisant des guerres tribales, en provoquant des génocides… afin de défendre sa propriété privée contre toute menace. Mais la page serait tournée grâce à la rédaction d’une nouvelle constitution qui constituerait l’alpha et l’oméga de la révolution citoyenne.

Ce n’est même plus réformiste, c’est indigent. Même le PS de Mitterrand paraissait plus radical en proposant les nationalisations des grandes entreprises capitalistes, n’hésitant pas à s’adresser à la classe ouvrière, et pas aux « gens » ! Du moins le temps d’une campagne électorale. C’était il y a longtemps ? En ce moment même, Jeremy Corbyn, le Hamon britannique, mène une campagne électorale bien plus radicale, promettant tout à la fois nationalisations, augmentation importante des salaires, stabilité des impôts et augmentation des taxes sur les plus hauts revenus et sur les entreprises…

Ne pas s’isoler d’un milieu militant… ou s’interdire de contester l’emprise des bureaucraties réformistes ?

Reste que le regroupement partiellement réussi par Mélenchon crée une autre sorte d’illusion, cette fois parmi ceux qui espèrent voir dans la « dynamique » enclenchée derrière l’ex-candidat aux présidentielles de 2012 et 2017 un chemin que les révolutionnaires ne devraient pas hésiter à emprunter avec toujours la même vieille raison : il ne faudrait surtout pas « s’isoler ».

Nous avons tous autour de nous des collègues qui se placent sur le terrain de la France insoumise et avec qui nous avons partagé et partagerons demain des combats. C’est dans ces luttes que les révolutionnaires ne se couperont pas d’eux. Mais faut-il pour autant les encourager dans une opération qui n’est que la reconstruction de la vieille maison social-démocrate, du moins sa partie machine électorale ? Avec une façade qui, pour être rénovée, n’en est pas forcément plus ragoutante. Quand, pour faire face au discrédit du PS englué dans la guerre d’Algérie, des dirigeants de la SFIO – le PS d’alors – avaient, en 1960, créé le PSU, c’était au moins sur la base d’une opposition à une sale guerre coloniale ! Pas pour véhiculer des propos chauvins agrémentés de la Marseillaise comme Mélenchon ne perd pas une occasion de le faire !

La politique préparée par Macron au nom du patronat ne tardera pas à jeter des travailleurs dans la lutte. Sur leur route, avant même de se heurter aux forces de répression, ils trouveront les appareils syndicaux. La France insoumise de Mélenchon cherchera d’autant moins à s’opposer à ces derniers qu’elle les a en grande partie dans ses rangs ! Elle ne l’avait pas fait l’an dernier à l’occasion de la lutte contre la loi Travail et ne le fera pas davantage demain. La machine électorale construite autour du gourou Mélenchon ne mettra pas longtemps à révéler sa véritable nature : la baudruche Mélenchon se dégonflera vite.

Alors, ne pas s’isoler de nos collègues qui suivent aujourd’hui les sirènes prétendument insoumises, cela voudra justement dire leur permettre d’aller au bout de leurs aspirations en les aidant à surmonter les obstacles des bureaucraties syndicales et de leurs alliés du PC, du PS ou de la France insoumise.

Plus que jamais, les révolutionnaires doivent à la fois œuvrer aux luttes avec tous ceux qui le veulent tout en continuant à mettre en avant une politique de classe, c’est-à-dire la politique apparue sous les couleurs de Philippe Poutou et Nathalie Arthaud.

C’est ainsi que, demain, nous serons peut-être isolés des cadres mélenchoniens et des bureaucrates syndicaux… mais en bonne compagnie avec les travailleurs en lutte ! 

24 mai 2017, Jean-Jacques FRANQUIER

Mots-clés : |

Imprimer Imprimer cet article Réagir Réagir à cet article

Abonnez-vous à Convergences révolutionnaires !

Numéro 113, juin-juillet-août 2017