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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 113, juin-juillet-août 2017 > Discussion

Discussion

NPA

Le succès tuerait-il le succès ?

Mis en ligne le 9 juin 2017 Convergences Politique

Curieux NPA ! Après une campagne présidentielle où son candidat Philippe Poutou a obtenu un succès d’estime comme jamais (bien que le score soit riquiqui du fait de l’abstention et du vote utile pour l’illusionniste Mélenchon), c’est la Bérézina pour les législatives : une petite trentaine de candidatures, contre 300 il y a cinq ans. Par quelle alchimie une campagne anticapitaliste et révolutionnaire réussie se solde-t-elle par un tel accès de déprime ?

Au lendemain de la présidentielle, l’idée était de prolonger la campagne Poutou dans une centaine de circonscriptions

Ainsi en avait décidé le Conseil politique national (CPN) qui s’est réuni après le premier tour de la présidentielle. Même si des voix s’étaient précédemment élevées pour critiquer le profil de Philippe Poutou, trop « identitaire » (traduire : trop prolétarien) ; même si des camarades lors de ce CPN se sont exprimés contre des candidatures aux législatives qui coûteraient trop cher ou n’en vaudraient pas la chandelle vu les scores électoraux escomptés, une large majorité s’est pourtant dégagée en faveur de candidatures du NPA dans la petite centaine de circonscriptions permettant de conserver l’audience nationale de la présidentielle. Celles et ceux qui en étaient partisans, dont les camarades de la Fraction l’Etincelle, insistant sur l’intérêt politique de poursuivre la campagne Poutou dans les villes où le NPA avait attiré des jeunes, un apport nouveau. On n’a pas rêvé : la participation aux meetings et les contacts pris ont été d’importance à notre échelle. Qui plus est, la victoire de Macron, candidat des patrons, et son annonce d’une politique antipopulaire musclée, par ordonnances et dès l’été, encourage à profiter de l’occasion offerte par les législatives pour discuter le plus largement possible de la nécessité et des moyens d’une riposte. Pour l’argent, tous les camarades partisans de se présenter à l’élection s’engageaient à faire l’effort de souscription nécessaire. Décision avait donc été prise de se présenter, même a minima compte tenu des contraintes financières (mais entre 75 circonscriptions – pour avoir droit aux spots télévisés et radio – et une centaine, c’était déjà un minimum).

Mais wesh wesh, qu’est-ce qui se passe ?

Au fil des jours pourtant, un drôle de vent s’est mis à souffler. Un vent un peu frisquet, à la reculade… Et à l’heure de la validation centrale des candidatures, une petite trentaine seulement de propositions se sont alignées sur le papier. Pas plus ? Mais il faut croire que c’était encore trop pour une majorité à la direction qui en a retoquées certaines, en particulier à Strasbourg et Mulhouse, sous prétexte que des comités de ces villes n’en voulaient pas… tandis que d’autres pourtant, de ces mêmes villes, en voulaient. Retoquée aussi une candidature NPA dans une circonscription du 11e arrondissement de Paris, sous prétexte que des camarades de l’arrondissement limitrophe du 20e ne la souhaitaient pas (un petit bout de la circonscription appartient au 20e, dont le cimetière du Père-Lachaise ! Peur qu’une campagne trop active n’en réveille les morts ? Ou peur qu’elle ne gêne Danielle Simonet, candidate de Mélenchon ?). À signaler que cette candidature avait été dans un premier temps approuvée, et que le veto est arrivé après qu’elle avait été déposée et enregistrée en préfecture.

Quoi qu’on en dise, la politique, comme le diable, est dans ces détails…

Difficile de dire ce que l’ensemble des camarades du NPA pensent de cet épisode tristounet des législatives. Mais au-delà des justifications par le fric ou par le rapport investissement/résultats électoraux estimé trop faible, invoqué ici et là, ce sont aussi des raisons politiques qui sont mises en avant. Pas des meilleures.

Une partie de la direction du NPA semble avoir été moins ragaillardie par les 400 000 voix populaires que Philippe Poutou a rassemblées sur son nom par sa campagne d’ouvrier révolutionnaire, par l’écho qu’elle a eu chez les travailleurs ou par les milliers de nouveaux qui sont venus à des meetings, qu’elle n’a été comme sonnée par la dégringolade de la gauche, jusqu’à penser, pour certains, qu’il ne faudrait pas « ajouter de la division à la division à gauche », pas faire d’ombre à ce qui se situe – ou prétend se situer – à la gauche du PS. Donc ne pas se présenter face au PC, à la France insoumise de Mélenchon (FI), à Ensemble (qui se rallie maintenant à FI) ou aux Verts. Choix parfois assumé publiquement par communiqué à la presse locale. Il est même quelques circonscriptions (rares espérons-le à l’heure où nous écrivons) où le NPA se présente avec cette prétendue gauche de la gauche, même après s’être vu refuser toute discussion du programme. Quant à l’appel pour les candidats de Lutte ouvrière là où le NPA n’est pas présent – autre décision de la direction nationale –, difficile de dire comment il sera suivi.

Ainsi, tout se passe comme si l’une des principales tendances du NPA cherchait à donner un grand coup de barre pour effacer une popularité au cours de la campagne de la présidentielle, qui lui collerait à la peau, dont elle estime qu’elle ne correspond pas à son profil rêvé : trop « identitaire », trop « ouvriériste », pas assez rassembleur. Cela fait déjà un certain temps que cette tendance met en avant la nécessité d’une « représentation politique des exploités et des opprimés », dont on ne sait pas si elle est conçue comme un élargissement nécessaire du NPA (car il est vrai qu’il est faible) ou comme une entité dépassant l’actuel NPA... par alliance avec qui, et en rayant quelle partie de son propre programme ?

Ne rien lâcher

Certes Mélenchon a rassemblé, dans des urnes et pour un temps ; il a rassemblé les bulletins de vote de proches du NPA, amis, voisins, collègues et militants des appareils syndicaux et associatifs côtoyés dans les luttes et interventions. Même le Front Social [1] en est dominé ! En politique aujourd’hui, où beaucoup ne savent plus à quel saint se vouer, c’est le « moins pire » qui l’emporte ! Mais n’est-ce pas superficiel ? Valable pour le temps des prestidigitations électorales ? En revanche pour les luttes et leur issue favorable qui exigent l’implantation et l’intervention aiguisée des révolutionnaires pour que les travailleurs en lutte ne se laissent pas voler leur victoire par des directions syndicales faillies, c’est de révolutionnaires sur le terrain de la lutte de classe qu’il y aura besoin. Le NPA ne doit surtout pas abdiquer ses perspectives révolutionnaires et anticapitalistes sous la pression d’un rapport de forces électoral illusoire et éphémère en faveur de Mélenchon, et au mépris du fossé politique qui nous sépare des perspectives de ce tribun bourgeois et nationaliste.

Par-delà l’intermède quelque peu cafouilleux des législatives, et plus que jamais après la campagne Poutou, le NPA doit rester droit dans ses propres bottes...

25 mai 2017, Michelle VERDIER


[1Animé essentiellement par des militants et structures syndicales regroupés autour de Mickael Wamen (ancien dirigeant CGT à Goodyear), dont des camarades du NPA, et qui entre autres a appelé à une manifestation qui a eu quelque succès au lendemain de l’élection de Macron.

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Numéro 113, juin-juillet-août 2017

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