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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 113, juin-juillet-août 2017 > Migrants

Migrants

Parcours de migrant, parcours du combattant

Mis en ligne le 9 juin 2017 Convergences Société

Malonda [1] a fui la République démocratique du Congo avec toute sa famille en 2013. Elle est venue en France pour y demander le statut de réfugiée politique. Elle nous raconte son histoire.

  • Quelle est la situation au Congo actuellement ?

Rien ne marche. La situation politique est bloquée, car le président en place, Joseph Kabila, veut à tout prix se maintenir au pouvoir. Les élections prévues pour décembre 2016 n’ont pas eu lieu. Jusque-là, il n’y a pas de gouvernement, pas d’assises parlementaires. Depuis la mort du leader de l’opposition, Étienne Tshisekedi, en Belgique le 1er février dernier, il y a beaucoup de manifestations. Le gouvernement ne veut pas que son corps soit ramené à Kinshasa. Les manifestations sont réprimées, des membres de l’opposition et des journalistes sont enlevés. Il y a des tueries tous les jours au Kasaï-Oriental.

  • Pourquoi es-tu partie ?

J’étais en danger et ma famille aussi. Mon mari a été enlevé sur son lieu de travail. Depuis, je n’ai toujours pas de nouvelles de lui. Toutes nos affaires ont été bloquées par le gouvernement. Moi, j’ai été séquestrée pendant sept jours par l’ANR (Agence nationale des renseignements, sorte de police politique). Ils voulaient savoir si mon mari finançait les mouvements rebelles.

  • Comment es-tu arrivée en France ?

J’ai quitté Kinshasa le jour où j’ai été libérée de cet enfer. J’ai traversé le fleuve jusqu’à Brazzaville. Un homme m’a prêté le passeport de sa famille pour que je puisse prendre l’avion avec une partie de la mienne. Moi, j’avais de l’argent alors j’ai pris le chemin le plus court mais d’autres traversent la mer comme ils peuvent et parcourent des continents entiers à pied. Je suis arrivée en France début 2013, je ne connaissais personne. J’ai demandé l’asile politique. On m’a envoyée dans plusieurs villes jusqu’à celle-ci.

  • Combien de temps avant de savoir si tu vas obtenir le statut de réfugiée ?

Ça dépend de la personne qui traite ton dossier. Moi ça a été très long, presque trois ans. C’est d’abord l’Ofpra (Office français de protection des réfugiés et des apatrides) qui examine ton dossier. Puis si c’est un rejet, tu peux faire appel à la CNDA (Cour nationale du droit d’asile). Pendant ce temps, tu es logé dans un Cada (Centre d’accueil des demandeurs d’asile) et tu as le droit à une petite allocation car tu n’as pas le droit de travailler.

  • Comment se sont déroulés les entretiens durant la procédure pour obtenir l’asile ?

Celui à l’Ofpra s’est plutôt bien passé, j’ai répondu à toutes leurs questions. Mais ma demande a tout de même été rejetée. Le deuxième, celui de l’appel ne s’est pas bien passé car le juge était très « sec ». Quand il me posait une question, il voulait tout de suite que je réponde. Et quand je répondais, il me disait « non ». Il ne m’a pas crue. Il voulait que j’apporte des preuves de ceci ou de cela. Mais comment je pouvais le prouver ? Moi, je raconte ce que j’ai vécu, c’est tout. Des fois, les membres du jury posent des questions pour te provoquer, des questions pièges aussi. Une question qui m’avait choquée, c’était quand ils m’ont demandé : « Tu as connu combien d’hommes dans ta vie ? »

Certains juges te laissent le temps de t’exprimer, d’autres te coupent tout le temps et posent d’autres questions… Tout cela dure dix minutes et on te met dehors !

L’avocate m’avait dit après l’audience : « Ces juges-là, ils ne donnent pas le droit d’asile. » Vingt-et-un jours après, j’ai su que j’étais déboutée du droit d’asile.

  • Que s’est-il passé quand ta famille et toi avez su que vous deviez quitter le logement du Cada ?

Dès que tu reçois la notification de rejet de la CNDA, on te dit que tu as 30 jours pour quitter le logement que tu occupes depuis parfois plusieurs années. On te paie trois nuits d’hôtel et puis tu te débrouilles. Je ne savais pas où aller. Je n’en dormais pas la nuit, je n’arrivais plus à manger. J’ai toqué à toutes les portes, je suis allée voir l’assistance sociale du collège d’un de mes enfants. Elle a mis les professeurs au courant de ma situation, dans le cadre du collectif. Il y a eu des rassemblements pour alerter les élus locaux et leur demander un logement car c’était l’hiver. C’est ainsi qu’en ce moment j’ai un toit sur la tête.

J’ai aussi fait une demande de titre de séjour. Pour pouvoir déposer le dossier en préfecture, il faut posséder un passeport et c’est difficile à obtenir. J’ai fait un aller-retour en Belgique sur deux jours pour faire une demande de passeport à l’ambassade. C’est cher aussi : 280 € le passeport, entre 350 € et plus de 600 € la carte de séjour…

  • Avec combien d’argent vis-tu ?

Rien du tout ! Le Conseil général me donne 130 € par mois en bons alimentaires pour toute ma famille. Et sinon, je n’ai aucun liquide.

Ce qui est difficile quand tu quittes ton pays, c’est que tu recommences tout à zéro. Tout ce que tu laisses derrière toi, tu ne peux pas le récupérer. Au pays, j’avais un permis de conduire mais la France ne le reconnaît pas. Au pays, j’avais un métier mais la France ne reconnaît pas ma formation.

  • Quel est ton prochain combat ?

Trouver un travail ! Refaire une formation pour pouvoir ré-exercer dans mon métier. Construire une vie normale et stable.

Propos recueillis par Nikki Promakh


[1Le prénom a été changé.

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Numéro 113, juin-juillet-août 2017