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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 72, novembre-décembre 2010 > L’automne chaud de 2010

L’automne chaud de 2010

Deux mois de grèves et de manifestations et une nouvelle conscience de classe

Mis en ligne le 5 décembre 2010 Convergences Politique

Ces dernières années avaient vu bien des luttes : contre les licenciements, les suppressions d’emplois, les restructurations, mais aussi sur les conditions de travail et les salaires. Mais toutes étaient restées isolées les unes des autres et, de ce fait, pas trop dangereuses et parfaitement « gérables » pour le patronat et le gouvernement.

C’est la grande nouveauté du mouvement de cet automne. Il a touché à un moment ou un autre toutes les catégories qui composent le monde du travail, en attirant pour la première fois depuis des années des contingents significatifs venus des entreprises privées. Pendant deux mois, les plus petites villes du pays, comme les autres, ont vu des manifestations exceptionnelles, avec des familles entières qui descendaient dans les rues pour la première fois.

Certes, la vague montante a reflué. Pour l’heure. Ce mouvement dirigé de bout en bout par les confédérations, en premier lieu la CGT – laquelle a ouvert les vannes à ses militants afin de regagner en crédibilité auprès des travailleurs, mais aussi pour négocier sa position de « partenaire social » auprès du gouvernement et du patronat –, a eu bien des limites. Les confédérations n’ont pas été débordées. Le mouvement a reflué tranquillement, si l’on peut dire, mais sans réelle frustration ni amertume. Au contraire. Avec un moral retrouvé, une nouvelle conscience de classe. Comme s’il s’était agi d’une répétition, d’un entraînement préalable, aux prochaines échéances de la lutte sociale.

Et en fin de compte, qui a gagné ? Le gouvernement, qui a malgré tout réussi à imposer intégralement sa réforme ? Paradoxalement, c’est ce gouvernement « vainqueur » qui fait plutôt profil bas… tout en rendant hommage au sens des responsabilités des dirigeants syndicaux ! Quant aux travailleurs « vaincus », ils sont contents de ce qu’ils ont fait et, si certains se sentent frustrés, cela se traduit plutôt par un regain de combativité et de conscience politique. Pour le coup, sans confiance excessive envers les directions syndicales.

Cette situation montre, s’il en était besoin, que ce qui s’est joué ces derniers mois va au-delà de la seule question des retraites et peut se traduire, demain, par une modification des rapports de force.

Après des années où ceux qui se battaient le faisaient de façon isolée, le dos au mur, sans même que leur mouvement soit connu – sauf à forcer les journaux à en parler en menaçant de tout faire sauter –, chacun a pu se convaincre que la lutte d’ensemble est possible, se convaincre que les travailleurs sont une force collective sans qui rien ne peut se faire.

Rien que cette confiance retrouvée est déjà une victoire morale et politique pour les travailleurs. Mais à condition que les choses n’en restent pas là et qu’ils puissent la concrétiser par des victoires effectives. Cela ne fait pas partie de la stratégie des directions syndicales mais, pour ce faire, les militants révolutionnaires ne seront pas forcément seuls.

Avec des différences selon les secteurs, une politique d’extension de la grève a été tentée. Certes à partir de minorités actives, mais qui pourrait sérieusement faire école dans un futur proche. Ce numéro spécial de Convergences révolutionnaires consacré au mouvement, en donne quelques illustrations : à la SNCF comme dans la chimie, de Toulouse à Paris ou Lyon, en passant par Versailles, Alès, Caen, ou Melun… nous avons quelques échantillons assez représentatifs de ce qui s’est passé dans tout le pays.

Si, globalement, les assemblées générales, interprofessionnelles ou non, n’ont eu que peu de succès dans un mouvement où les travailleurs attendaient les consignes nationales, on a vu des enseignants, des postiers, des territoriaux, des travailleurs d’entreprises privées, sans oublier les lycéens, chaleureusement accueillis aux assemblées générales de cheminots, là où l’accueil avait été glacial en d’autres circonstances, en 2003 par exemple. Sans parler de l’accueil des grévistes des raffineries.

Quelque chose a changé en profondeur dans la classe ouvrière. Cela ne suffit pas, pour l’instant, à modifier le rapport des forces mais, pour peu que des conflits surgissent à suffisamment brève échéance pour que les acquis de ce mouvement ne soient pas oubliés, cela peut venir très vite.

Des liens se sont tissés, des vérifications se sont faites qui sont autant d’atouts pour les luttes de demain. Et, avec les développements de la crise, il s’agit vraiment de demain.

28 novembre 2010

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