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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 72, novembre-décembre 2010 > L’automne chaud de 2010

L’automne chaud de 2010

Dans la ville ouvrière d’Alès (Gard), ça branle dans le manche…

Mis en ligne le 5 décembre 2010 Convergences Politique

Le bassin alésien est un ancien bassin minier (charbon et fer, sidérurgie, fonderie, chimie...) où le Parti communiste et la CGT étaient traditionnellement très forts. Les luttes ont été souvent plus dures et plus longues qu’ailleurs.

Contestations au sein du PC et de la CGT

Le PC s’est beaucoup affaibli, a perdu la mairie d’Alès et n’a plus beaucoup de militants et presque plus de jeunes. Il s’est aussi divisé. Lors des avant-dernières régionales qui avaient vu la victoire de Georges Frêche, leader de la « gauche », les socialistes ont dit aux communistes : « Nous voulons un communiste du Gard sur la liste et nous voulons que ce « communiste » soit Patrick Malavielle, maire de La Grand Combe ». Le fait que les socialistes choisissent le candidat communiste à la place du parti est très mal passé. La plupart des militants, pour ne pas dire tous, étaient indignés. Les élus communistes qui auraient pu être désignés étaient furieux... Deux camps, pro et anti-Frêche se sont constitués. Le fait que les chefs s’étripent et que tout le monde participe plus ou moins à la bagarre a changé l’ambiance ; la discipline dans le PC n’est plus ce qu’elle était et beaucoup se permettent des écarts et attitudes qu’ils ne se seraient jamais permis il y a quelques années.

La CGT était sous l’influence de la vieille garde stalinienne, laquelle, l’an dernier, a défendu la ligne Thibault et le front commun avec la CFDT. Des militants qui voulaient autre chose se sont violemment fait rappeler à l’ordre. Un Collectif Résistons tous ensemble s’est créé en défiance ouverte avec les directions syndicales. Etaient membres de ce Collectif des membres de la CGT, le secrétaire de section du PC et sa femme, quelques « gauchistes », le Collectif des Chômeurs, Attac... Pendant le mouvement, Résistons tous ensemble a mené quelques actions de sa propre initiative, notamment une manif terminée par un lancer de chaussures sur la préfecture, distribué des tracts, organisé des réunions, crié des slogans... bref fait son possible pour que la mobilisation aille plus loin.

D’autres ont fait de même, notamment dans la CGT. La direction sortante s’est fait plus que chahuter au dernier congrès département de la CGT. Elle refusait d’enregistrer une liste d’opposition. Finalement les candidats officiels ont tous été battus et seuls des militants de l’opposition de gauche ont été élus.

Des Assemblées générales quasi quotidiennes de 50 à 100 personnes

Bref, les vieilles pratiques ne passent plus et des militants plus jeunes prennent le relais, comme le nouveau secrétaire de l’UL, un cheminot dynamique. Cela a changé les pratiques habituelles dans le mouvement que nous venons de vivre. L’Interpro, comme l’appelaient tous ses participants, s’est réunie presque chaque jour à la Bourse du travail et c’est elle qui a dirigé le mouvement. De fait, c’était une AG rassemblant surtout des militants de la CGT de toutes les usines, structurée autour de la CGT et qui regroupait les plus combatifs, sans ostracisme. À noter que les participants n’étaient pas des habitués de la Bourse du travail. Etaient présents le secrétaire de section du PC et responsable de la FSU, des militants qui citaient leur expérience à RESF, des enseignants qui ont fait la grève de 2003, le représentant du Collectif des chômeurs connu comme trotskyste et bien d’autres.

Il y eut au départ une réunion élargie à tous, volontairement, suite à des distributions de tracts de l’ultra gauche critiquant les syndicats. La réunion à la Bourse avait pour but de mettre tout à plat entre camarades. La CNT a déclaré que les retraites étaient un aspect du problème des gens mais qu’il y en avait bien d’autres et qu’il fallait le dire. Le secrétaire de l’UL CGT a réaffirmé la primauté des syndicats dans la prise de décision. Cela dit, personne n’a traité quiconque de noms d’oiseaux... Les AG suivantes ont d’ailleurs toutes été ouvertes et tout le monde pouvait s’y exprimer.

Ces AG à la bourse regroupaient de 50 à 100 militants et c’est là qu’était la direction réelle du mouvement. Ce n’était certes pas un « soviet », mais quelque chose d’intermédiaire entre une AG syndicale et une ébauche de comité interprofessionnel local. C’est là notamment qu’étaient décidées les nombreuses actions coups de poing auxquelles ont participé un milieu ouvrier dépassant largement le milieu militant habituel : occupation d’usines pour les faire débrayer, soutien au mouvement lycéen, distribution de tracts aux carrefours. La plus spectaculaire a été une manif de nuit commencée par un pique-nique à Alès Plage (une création de la municipalité UMP) suivi par un défilé en ville qui s’est terminé devant la mairie : camion sono crachant à fond, flambeaux rouges de la SNCF, nombreux drapeaux CGT, trois drapeaux CNT. Les gens, en entendant le vacarme, se mettaient aux fenêtres... Spectaculaire et réussi.

Les dissidents communistes au « prolé »

Au cours du mouvement, le groupe La Riposte (dissidents du PC, affiliés à La Tendance marxiste internationale) a organisé, au « prolé », le café qui tient lieu de siège du PCF local, un débat sur l’actualité de la révolution devant une quarantaine de personnes. Le conférencier était anglais et s’exprimait dans la langue de Shakespeare. Il y avait évidemment un traducteur. On a longuement parlé de la révolution russe, de Lénine, de Trotsky. D’autres gauchistes dans l’assistance, quelques vieux staliniens mais aussi bien d’autres.

Bref ce n’est pas la révolution mais des choses ont changé. Certains militants de la CGT ou du PC, qui en ont marre depuis longtemps des « socialos », sont manifestement contents de retrouver un ton plus combatif, plus lutte de classe. D’autres plus jeunes, qui n’ont jamais été au PC, ou marginalement, sont bien décidés à ne laisser personne entraver leur action : les grandes manifs-messes de l’an dernier c’est fini. Ces militants-là ne sont pas des révolutionnaires : ils n’ont pas la culture politique nécessaire mais sont très combatifs et ne sont pas hostiles à l’extrême gauche, loin de là.

Des manifestations très fortes et massives

Alès est une sous-préfecture où les rassemblements sont traditionnellement plus faibles qu’à Nîmes, la préfecture. D’ordinaire, de nombreux militants du bassin alésien font la manif d’Alès et celle de Nîmes (l’inverse n’est pas vrai). Cette fois-ci, la différence entre Nîmes et Alès était beaucoup moins importante. Les principales manifestations sur Alès de septembre et octobre tournaient entre 8 000 et 10 000 personnes (pour une ville de 45 000 habitants – mais les villes et villages des Cévennes manifestent à Alès). La grande masse des manifestants était contente mais pas prête (pas encore ?) à aller plus loin. Les grèves sont allées jusqu’à 60 % aux impôts mais c’étaient des grèves d’une journée ou, pour d’autres boîtes (Salindres), des débrayages pour pouvoir manifester.

Les militants ont fait le maximum pour que le mouvement dure. Tout le monde se félicite d’avoir redressé la tête. Beaucoup pensent qu’il y aura d’autres luttes et qu’il faudra, dès le départ, être plus déterminés.

Georges MARCEAU


Barricades alésiennes

Le mouvement lycéen à Alès a été très important et a commencé quinze bons jours avant les autres lycées de l’hexagone. Les élèves bloquaient toutes les entrées de la cité scolaire. Ils avaient « récupéré » toutes les poubelles du quartier populaire des Pré-Saint-Jean et en avaient fait des montagnes devant les entrées du bahut. Cinq cars de gardes mobiles se sont placés entre cette montagne et les lycéens et un certain nombre de travailleurs qui montaient la garde sur le rond-point central. Finalement des camions municipaux sont venus récupérer les poubelles. Le lendemain, les lycéens ont passé la nuit à dépaver la place en constituant, avec lesdits pavés, une barricade de plus d’un mètre de haut. Les flics et les municipaux ont détruit cette nouvelle barricade. La CGT a placé un marabout sur le rond-point devant le lycée et des militants se relayaient pour appuyer les jeunes. Cela a fait reculer l’administration et les flics : les jeunes ont pu rétablir les barricades qui ont duré presque jusqu’aux vacances scolaires. Ils ont participé aux manifs des travailleurs, en tête de cortège. Par contre le mouvement chez les profs et les instits a été limité. Le Collectif des chômeurs a appuyé les jeunes en les invitant à son émission radio et a contribué à nourrir les occupants du marabout.


Une mère d’élève tient meeting

Les flics ont joué à fond la carte de l’intimidation, laquelle n’a guère marché. Une trentaine de militants, dont le secrétaire de l’UL CGT, ont été interpellés. À chaque interrogatoire un groupe de militants faisait le siège du commissariat. L’incident le plus spectaculaire a été causé par l’arrestation d’un lycéen devant la sous-préfecture. Il y avait près de 10 000 manifestants dont plusieurs centaines de lycéens. Les flics, après avoir copieusement aspergé tout le monde de lacrymogènes, ont arrêté un jeune lycéen noir (il n’y avait probablement pas plus de dix Noirs dans tout le cortège) ! Toute la manif ou presque s’est retrouvée devant le commissariat et a tenu bon jusqu’à la libération du jeune. La commissaire de police a dit à la mère du jeune (camerounaise d’origine) : « Je ne porterai pas plainte contre votre fils ». La mère lui a répondu : « Vous pouvez porter plainte, moi je vais porter plainte contre vous : non seulement vous avez gazé mon fils et ses camarades mais vous avez, en plus, pris ses empreintes digitales, sa photo anthropométrique et son ADN. Mon fils a 14 ans et vos pratiques sont illégales, je vais vous poursuivre ! ». En sortant du commissariat elle a tenu un meeting devant tout le monde et devant la presse, et elle ne mâchait pas ses mots. Décidément, il y avait un climat particulier durant ce mouvement.

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