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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 72, novembre-décembre 2010 > L’automne chaud de 2010

L’automne chaud de 2010

Chaude ambiance à Grandpuits

Mis en ligne le 5 décembre 2010 Convergences Entreprises

Nous étions une vingtaine de cheminots, parmi la centaine de travailleurs de diverses corporations : postiers, France Telecom, enseignants, territoriaux, etc., venus renforcer les ouvriers de la raffinerie de Grandpuits le 22 octobre, en Seine-et-Marne, quand les gendarmes sont venus bousculer le piquet de grève vers 8 heures du matin. Et de pousser assez violemment en donnant des coups de rangers et de boucliers. Les gendarmes étant plus nombreux que nous et surtout équipés à la Robocop, difficile de tenir bien longtemps ! Bilan : trois blessés dont un cheminot de Melun. Bien que des camarades se soient épuisés à passer tant de nuits devant le brasero, le moral est resté bon.

Au coude à coude

La détermination des ouvriers de la raffinerie a fait grosse impression sur ceux qui étaient venus les soutenir. Ambiance fraternelle : tous au coude à coude, on ne distinguait les raffineurs qu’à leurs tenues de travail et leurs casques. « Je gagne 1 300 € net par mois pour un boulot en 3 x 8 », expliquait un jeune ouvrier. Et, pourtant, il y a encore pire ici car seuls 400 ouvriers sont salariés de Total, sur 900 qui travaillent sur le site. Les autres, dont un fort pourcentage de précaires et d’intérimaires, appartiennent à une demi-douzaine de sous-traitants. Difficile pour eux de participer au mouvement : la direction de Total a annoncé que si un seul salarié d’un sous-traitant apparaissait aux côtés des grévistes, le contrat de sa boîte serait rompu. Avec le risque de chômage à la clé. Ce sont ces précaires qui ont assuré la poursuite de l’alimentation de divers services publics, tels les hôpitaux, avec l’accord des grévistes.

Le discours des dirigeants locaux de la CGT, en particulier de Charles Foulard, secrétaire de la branche Chimie, a quelque peu surpris les cheminots, qui ne sont plus habitués à entendre des responsables syndicaux parler de « lutte de classe » et de « classe ouvrière »… Mais ce langage est aussi fortement teinté de nationalisme et des militants de la CGT entonneront la Marseillaise face aux gendarmes venus déloger le piquet de grève…

Les jours suivant cette intervention musclée, nous étions encore nombreux, revenus soutenir les grévistes, bien que le piquet n’ait pas empêché les ouvriers réquisitionnés d’entrer prendre leur poste. Inutilement d’ailleurs, car la raffinerie ne tournait toujours pas et les cuves se vidaient…

En rase campagne

Le site est resté en état de siège avec des dizaines de cars de gendarmes et de CRS qui, dès que des voitures ou des cars s’arrêtaient, formaient une haie de boucliers, à la manière des armées romaines, pour empêcher quiconque d’approcher. Les accès des routes furent parfois complètement bloqués. Or le site est en rase campagne, quasiment inaccessible à pied sans faire des kilomètres. Les gendarmes filtraient les arrivants aux heures des AG. Le but était évidemment d’isoler et de démoraliser les grévistes mais la solidarité n’a pas cessé : jusqu’au dernier jour des travailleurs sont venus, parfois de très loin, comme ces territoriaux et enseignants de Seine-Saint-Denis qui avaient affrété deux cars.

En dépit de cette présence policière massive, l’ambiance est restée fraternelle et festive avec des « bouffes » sous la tente dressée devant l’entrée de la raffinerie. Les soutiens apportaient des cartons de provisions, des paysans sont même venus offrir des cageots de légumes… bio ! La nuit, on regardait des films sur une vieille télé. Des copains avaient apporté tout un lot de DVD « militants » : Le sel de la terre, Land and Freedom, etc.

Grandpuits, avec Donge, a été la dernière raffinerie à reprendre le 30 octobre, après 18 jours de grève. Au terme d’une AG de 200 personnes, qui n’a pas tranché clairement, la reprise a été votée… à bulletins secrets par 88 personnes, dont un bon tiers s’est prononcé pour la poursuite. Tout le monde était fier d’avoir tenu aussi longtemps dans ces conditions, même si l’amertume était perceptible : « On aurait aimé voir Thibault venir nous soutenir après l’attaque des gendarmes contre le piquet de grève et l’intersyndicale aurait dû lancer la grève générale », disait un jeune militant CGT.

Personne n’oubliera les liens fraternels créés à cette occasion, ni les ouvriers de Grandpuits ni les cheminots. Le courant est passé, quelque chose a changé, les barrières entre corporations sont tombées : un acquis pour les prochaines luttes.

Carole MALTE

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