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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 59, septembre-octobre 2008

Licenciements dans l’automobile

Des milliers d’emplois menacés à Renault

Mis en ligne le 2 octobre 2008 Convergences Entreprises

«  Le secteur automobile dans la tourmente, Renault en tête » , titrait le 20h de TF1 le 8 septembre 2008. Et à la Une Le Monde affichait : « Pris à contre-pied par la crise, M. Ghosn taille dans les effectifs de Renault ».

Renault est en difficulté ? La thèse trouve écho jusque chez le dirigeant de la CFDT, François Chérèque : « Renault est une entreprise qui est en difficulté, vraisemblablement parce qu’elle a fait des erreurs stratégiques en termes de développement de produit. »

Mais Renault ne fait-il pas des milliards d’euros de bénéfices ?

Pour plaire aux actionnaires

Cela fait 20 ans que ça dure ! Sauf en 1996, l’exception qui confirme la règle. Encore 1,5 milliard de bénéfices pour le 1er semestre 2008, soit 20 % de plus qu’un an auparavant. Un pont d’or ! Les actionnaires ne diront pas le contraire, eux à qui on a versé plus d’un milliard d’euros de dividendes en mai 2008.

Mais alors ? La faute à la sacro-sainte « marge opéra­tion­nelle », la MOP ! La MOP ? Le rapport entre le résultat d’exploitation et le chiffre d’affaires. En gros entre les bénéfices et les ventes. C’est l’indice de rentabilité sur lequel se basent tous les boursicoteurs du monde qui spéculent sur l’action Renault.

Carlos Ghosn, intronisé PDG de Renault en 2005, n’a-t-il pas promis une MOP de 6 % en 2009 ? Pour l’atteindre, il taille dans les effectifs.

Volontaires désignés d’office

Et la coupe est sévère : 3 000 emplois dits de « structure » (les emplois, y compris dans les usines, qui ne sont pas directement en fabrication), auxquels s’ajoutent la suppression d’une équipe à l’usine de Sandouville, près du Havre, soit 1 000 postes, et 2 000 suppressions d’emplois dans les filiales en France et en Europe de l’Ouest.

En tout pas moins de 6 000 personnes. 10 % des effectifs de Renault en France. Sans compter les missions de nombreux intérimaires et prestataires arrêtées, les répercussions chez les fournisseurs...

Pas des licenciements. Non, quel mot affreux ! Mais des « départs volontaires », avec une prime de 3 à 24 mois de salaire maximum. En fonction de l’ancienneté, car la prime est composée essentiellement des indemnités légales de licenciement. De licen­cie­ment ? Mais puisqu’on vous dit que ce sont des départs volontaires…

Cinéma gouvernemental

La ministre de l’Économie, Christine Lagarde, est montée au créneau : « C’est un dossier sur lequel je vais être extrêmement attentive… parce qu’on voudrait en qualité d’État actionnaire, puisque l’État est encore à peu près à 14 % dans le capital de Renault, comprendre dans quelle mesure ce plan de départs volontaires – il ne s’agit pas de licenciements – va être mis en œuvre, quelles mesures sociales vont être proposées, quelles mesures de réindustrialisation vont être prises » . Carlos (Ghosn, pas le chanteur comique) n’a qu’à bien se tenir !

« Doublement vigilant » se proclame aussi le secrétaire d’État à l’Industrie Luc Chatel, qui s’est empressé d’énumérer les mesures gouvernementales d’aide au développement de l’industrie : crédit d’impôt-recherche pour la stimulation de l’innovation, charte sur l’accompagnement des mutations du secteur signée en juillet dernier avec la profession et les syndicats, ou encore la réforme de la taxe professionnelle chère à François Fillon. Les aides vont aux patrons, pas aux licenciés ! Allez comprendre !

Et course aux profits

Car la course aux profits serait normale ! Certains syndicats de Renault, comme la CFTC et la CGC, soutiennent l’objectif de 6% de MOP en 2009. Mais, selon eux, il existerait d’autres moyens d’y arriver. Une recette magique sans accroître l’exploitation à laquelle Ghosn et ses conseillers n’auraient pas pensé ? Quels nuls !

La CGT, elle, met en avant des « projets industriels » prévoyant le renouvellement de certaines gammes. Voire la relocalisation de certaines productions : les rapatriements sur l’usine de Flins d’une partie de la production de la Clio, faite actuellement en Turquie et ré-importée, ou des Koléos produites en Corée pour alimenter les chaînes de Sandouville. Merci pour les ouvriers coréens ou turcs !

Les délocalisations seraient-elles la cause de tous les maux ? Comme si les délocalisations n’étaient pas qu’un des volets de la recherche du profit maximum. La recherche de nouveaux marchés, mais aussi des salaires « low cost » , à bas coût, permettant des « high margins » , ces marges bénéficiaires qu’on veut toujours plus élevées.

Mais si la Roumanie promettait d’être un tel paradis pour gros actionnaires, heureusement que ces diables de Roumains ont obtenu par la grève du printemps dernier 40 % d’augmentation de salaire. Et ceux de Renault-Nissan au Brésil 10 % après 4 jours de grève début septembre.

Toute l’automobile touchée

En France les suppressions d’emplois ne touchent pas que Renault, mais toute l’automobile. PSA se débarrasse de 700 intérimaires à Poissy et de 1 000 autres à Rennes. PSA qui annonce pourtant 733 millions d’euros pour les 6 premiers mois de 2008, en hausse de 49 %. Chez les équipementiers, à La Suze dans la Sarthe, Valeo, qui vient d’annoncer un résultat net en hausse de 40 % au 1er semestre 2008, veut supprimer 310 emplois.

Les 700 salariés de l’usine Ford de Blanquefort près de Bordeaux sont eux sous la menace d’une fermeture. General Motors veut vendre son usine de Strasbourg et ses 1 200 salariés. Bosch, qui annonce la fermeture de son site de Beauvais en 2009 où travaillent 240 personnes. À Amiens, Goodyear menace de licencier 1 000 travailleurs en cas de refus d’un nouvel horaire de travail. Des « délocalisés » de trusts américains ou allemands dans le « low cost » français, qui ne vont pas se laisser faire non plus.

Interdire les licenciements, à commencer dans les entreprises qui font du profit

Alors pour mettre un frein à cette nouvelle vague de licenciements, c’est bien un mouvement d’ensemble qui est nécessaire. Qui pourrait partir de ceux qui sont les premiers menacés, ceux que visent les plans de licenciements, comme de ceux à qui va rester une charge de travail accrue et un salaire toujours plus bas. Mais qui devrait s’adresser non seulement à tous les travailleurs de l’automobile, mais aussi à ceux de la Poste menacée de privatisation, des hôpitaux et de l’enseignement où l’on supprime des milliers de postes et à tous ceux qui ne peuvent plus joindre les deux bouts avec leurs salaires ou pensions de misère.

25 septembre 2008

Éric QUERACK

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