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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 59, septembre-octobre 2008

Après l’exclusion de la Fraction L’Étincelle de Lutte ouvrière

Mis en ligne le 2 octobre 2008 Convergences Politique

Le dimanche 21 septembre 2008 la Fraction L’Étincelle a été exclue de Lutte ouvrière. Sans grande surprise pour ses membres puisque la direction avait annoncé son intention à l’avance. D’étrange façon il est vrai puisque c’est par voie de presse et non directement à la Fraction elle-même qui ne l’a donc appris que par les journalistes. Ce procédé révèle une conception des rapports internes dans LO qui nous semble bien éloignée de ceux que nous souhaitons pour le parti communiste révolutionnaire que majorité comme minorité veulent construire. Mais les mesquineries n’ont guère d’importance autre que d’en juger les auteurs.

En revanche on peut évidemment s’interroger sur les raisons qui ont poussé la direction de LO. Quel danger en effet pouvait bien représenter un groupe qui officiellement ne totalisait que moins de 3 % des membres de l’organisation ? Pourquoi nous exclure maintenant après avoir toléré la Fraction pendant 12 ans et s’être même servi de son existence pour tenter de convaincre que, contrairement à l’opinion généralement répandue dans et hors de l’extrême gauche, LO bénéficiait d’un régime interne des plus démocratiques ? Et il est vrai que si la direction en nous tolérant avait pris toutes garanties de rester à l’abri et maître de décider ce qu’elle voulait comme elle le voulait à tout moment (le refus de considérer comme membre de LO tout militant recruté par nous, par exemple, nous condamnait immanquablement à ne pas dépasser les 3 % de l’organisation), elle nous a laissé aussi parfois des possibilités de mener notre propre politique(même si ce ne fut pas sans réticence de sa part et sans combat de la nôtre, mais c’est là sans doute situation normale quand il y a opposition au sein d’un même parti) et une liberté pas toujours accordée aux minoritaires dans les organisations trotskistes ou d’extrême gauche.

Pour avoir combattu l’opportunisme…

Mais justement pourquoi revenir sur notre statut qui avait été accepté et dont nous avions usé (avec un respect scrupuleux des intérêts de l’organisation toute entière) pendant des années ? Au regard de ces confrontations ouvertes avec la majorité (interventions, désapprouvées par la direction de LO, pour susciter un mouvement contre les suppressions d’emplois autour des LU-Danone ou dans le mouvement étudiant contre le CPE, publication d’une revue commune avec un courant de la LCR, ce qu’était à l’origine Convergences Révolutionnaires …), les raisons formelles avancées aujourd’hui par la direction – notre politique lors des dernières municipales et notre attitude envers la tentative de la LCR de construire un nouveau parti anticapitaliste – n’apparaissent que comme de mauvais prétextes.

À Wattrelos, dans le Nord, la majorité avait décidé d’écarter les conseillers municipaux sortants LO, proches de la Fraction. Par là c’est bien elle qui a rompu la solidarité commune. Nous ne l’avons pas accepté, d’autant plus que cela était motivé par la volonté d’accomplir un tournant politique à 180° par rapport à la gauche et au PS. Dans l’espoir d’obtenir quelques postes d’élus municipaux, LO pouvait bien faire semblant d’adorer ce qu’elle avait brûlé jusque-là, promettre a priori de voter des budgets municipaux qu’elle avait refusés jusqu’alors. Nous n’étions pas d’accord avec ces palinodies, nous l’avons dit et nous avons agi en conséquence en présentant, sur la plate-forme politique qui était celle de LO jusque-là, les camarades qui la défendaient depuis 6 ans au sein du conseil municipal. Le fait que la majorité ait continué à refuser de faire liste commune avec nous, même après qu’elle eut essuyé un refus du PS, décidé d’un nouveau tournant à 180° et présenté une liste purement LO, corrobore que la rupture a bien été voulue et quasiment planifiée par la direction.

Le deuxième reproche qui nous est adressé est lui encore plus absurde : toujours lors de ces municipales nous avons passé alliance avec la LCR. La Fraction a en effet présenté une liste commune avec la LCR à Agen. Mais la majorité s’est elle-même présentée dans plusieurs autres municipalités sur les mêmes listes que la LCR, sans parler des villes où elle a explicitement recherché cette alliance sans la trouver, comme à Nantes par exemple. Alors ce qui était mauvais et vaut exclusion à Agen, était bonne politique à Nantes ou Alfortville ?

Les élections municipales sont passées et les démêlés qu’elles ont entraînés au sein de LO oubliés. LO elle-même après avoir observé pendant le temps d’une campagne électorale un silence de mauvais aloi sur la politique du PS et de la gauche, est heureusement revenue depuis à son attitude plus critique envers cette gauche et ce PS. Sur ce sujet en tout cas les frictions avec la Fraction auraient donc dû être du domaine du passé. Oui, vraiment, pourquoi donc ce qui était déjà un mauvais prétexte pour nous suspendre, l’est resté pour nous exclure neuf mois plus tard ?

C’est sans doute qu’il reste à faire le bilan de cette politique et des traces qu’elle risque de laisser : résultats décevants en terme d’élus alors que tout l’opportunisme déployé n’avait d’autre but que d’en obtenir beaucoup plus, image ternie de LO dans l’esprit de nombre de ses partisans et des travailleurs qui lui faisaient confiance, situation difficile des camarades élus sur les listes de gauche et pris maintenant entre les promesses faites à celle-ci et leur devoir de s’opposer frontalement à bien des aspects de sa politique y compris municipale. Voilà le bilan d’une politique calamiteuse, le bilan de la majorité, et c’est ce bilan… qu’elle ne nous a pas pardonné.

… comme le sectarisme

L’autre reproche est celui de prendre part aux discussions sur l’éventuelle construction d’un NPA.

Simplement prendre part aux discussions sur la possibilité ou non de la création d’un parti d’extrême gauche plus large que les organisations actuelles, voilà donc ce que la direction ne supporte pas… actuellement. Car, heureusement, il n’en a pas toujours été ainsi. Et nous espérons bien que le repli sur soi actuel et le sectarisme vis-à-vis du reste de l’extrême gauche, et en particulier de la LCR, aura une fin.

Dans le passé, à différentes reprises, LO a débattu des possibilités de former un parti commun et à quelles conditions ce pourrait être. En gros ce que, dans une autre situation bien sûr, elle nous reproche de faire aujourd’hui. C’était l’époque, il est vrai, où elle définissait ses rapports avec la LCR comme ceux de deux fractions du même futur parti. Et pour ne pas remonter plus loin dans le temps, dans la seule décennie qui vient de s’écouler, LO a su faire des propositions d’alliance à la LCR ou accepter celles faites par la LCR. Les deux organisations sont allées ensemble aux élections européennes de 1999 (ce qui a permis de faire élire 5 députés trotskistes au Parlement de Strasbourg) ou encore aux élections régionales et européennes de 2004 (où les résultats ont été moins favorables).

Aujourd’hui le simple fait de discuter avec la LCR et d’autres partisans du NPA nous est imputé à crime. À croire que la concurrence et la compétition entre les deux organisations s’est exacerbée depuis deux ou trois ans au point d’en faire des ennemies et faire oublier à LO qu’elles font toutes deux partie du mouvement trotskiste et du mouvement révolutionnaire (c’est vrai parfois aussi de la LCR, mais un chien mouillé n’en sèche pas un autre, n’est-ce pas ?).

Aujourd’hui LO est dans son cours sectaire. Ce n’est pas la première fois, la politique de LO vis-à-vis de la LCR (et de l’extrême gauche en général) étant faite de zigzags - un jour je t’embrasse, l’autre je te méprise pour le suivant t’embrasser à nouveau. Cette fois la Fraction en fait les frais pour se tenir sur une ligne plus constante. S’il n’y avait que nous, ce ne serait que moindre mal. Mais ce sont aussi les intérêts du mouvement révolutionnaire qui en prennent un coup alors qu’ils voudraient que nous agissions en commun, au moins sur les sujets où il y a convergence. Et pas seulement dans les élections, ce que LO et LCR savent quand même parfois faire, mais surtout dans les luttes, sur les terrains de classe, dans les entreprises, dans les grèves, dans la rue, dans les campagnes politiques et sociales… ce qu’elles savent beaucoup moins bien faire.

Il n’est pas exclu en effet que nous allions vers des propositions d’alliance de LO à la LCR-NPA à l’occasion des prochaines européennes. Le cours électoral opportuniste et pro union de la gauche pris aux municipales n’a sans doute, heureusement, rien de définitif. Aujourd’hui nous craignons plutôt au contraire que ce soit la LCR, sous couvert ou non du NPA, qui ne veuille pas de cette alliance, se sentant le vent en poupe depuis ses derniers succès électoraux et pensant à son tour que c’est le moment d’écraser l’autre organisation. Ce serait un calcul aussi vain que celui que fit LO aux beaux temps où Arlette Laguiller recueillait plus de 5 % des voix et la LCR semblait incapable de la concurrencer auprès des électeurs. On sait ce qu’il en advint. Bouffie d’orgueil, LO repoussa dédaigneusement les propositions de soutien de la LCR aux élections présidentielles de 2002… et remit la LCR en selle en la forçant en quelque sorte à présenter Olivier Besancenot.

Mais alliance aux prochaines européennes ou pas, à l’initiative de la LCR ou de LO, c’est surtout à propos des interventions dans la lutte de classe, terrain autrement important que le terrain électoral, que les deux organisations devraient se concerter. Et pas dans cinquante ans (elles seront de toute façon bien forcées de le faire bien avant…) mais immédiatement, en cette rentrée alors que les salariés et toutes les couches populaires, leur emploi, leur pouvoir d’achat, leur santé, leur logement, toutes leurs conditions de vie et de travail, sont sous le feu des capitalistes et du gouvernement et qu’ils vont l’être encore plus sous le prétexte de la crise économique.

Fidèles à nos orientations politiques

Notre exclusion et les derniers errements de LO ne nous font pas oublier ce que représente cette organisation, ce que nous, comme l’ensemble du mouvement révolutionnaire, lui devons (mais sans oublier non plus ce que nous lui avons apporté), ni ce que nous pouvons et devons en attendre à l’avenir.

Dans la période qui vient, à moins d’un changement drastique dans le paysage de l’extrême gauche, il ne pourra pas se constituer un grand parti communiste révolutionnaire dans ce pays sans que LO, en tout ou en grande partie, en soit partie prenante. C’est vrai aussi de la LCR d’ailleurs, et d’autres groupes ou courants sans doute. C’est bien pourquoi nous avons reproché à la LCR de lancer le NPA sans essayer vraiment de chercher un accord avec LO. Une erreur qu’elle risque de payer par un échec, mais aussi, plus grave, une indication du genre de parti qu’elle entend aujourd’hui construire : plutôt gauche de la gauche réformiste que révolutionnaire.

Pour notre part, en dehors comme au-dedans de l’organisation LO, nous continuons notre activité militante et maintenons notre politique et nos orientations à long comme à court termes : pour la construction d’un parti ouvrier communiste révolutionnaire, pour l’implantation du courant trotskiste dans la classe ouvrière et en particulier sur les lieux de travail où la mobilisation des prolétaires en tant que producteurs sera décisive, pour le mouvement d’ensemble seul susceptible de contrer l’offensive actuelle du patronat et du gouvernement et les faire immédiatement reculer.

Activités, politiques et orientations que nous sommes prêts bien sûr à mener et à défendre avec tous ceux, militants et groupes, qui sont d’accord en tout ou en partie, dans la tradition dont nous sommes issus et qui veut que nous nous considérions comme une fraction parmi d’autres d’un même futur parti révolutionnaire.

Le 26 septembre 2008

Jacques MORAND


Autres textes sur l’exclusion de la Fraction L’Etincelle de Lutte ouvrière

Dans le numéro 56 de Convergences Révolutionnaires (mars-avril 2008), La Fraction suspendue… la Fraction continue

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