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Accueil > Convergences révolutionnaires > Numéro 136, février 2021

Éditorial

Darmanin, Vidal, Le Pen… Contre la prolifération des variants d’extrême droite, notre solidarité de classe et nos luttes !

Mis en ligne le 1er mars 2021 Convergences Politique

À une semaine d’intervalle, quasiment coup sur coup, deux ministres de Macron affichent leurs affinités avec l’extrême droite.

C’est d’abord Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur, qui étale son entente cordiale avec Marine Le Pen, lors d’un débat sur France 2, le 11 février. Le ministre de Macron va jusqu’à juger la cheffe du RN « quasiment un peu trop dans la mollesse » vis-à-vis de l’islam… Un « trop molle » qui a tourné en boucle dans les médias, tandis que Marine Le Pen lui rendait la politesse en avouant qu’« à part quelques incohérences j’aurais pu signer ce livre » (le bouquin de Darmanin). Face à face télévisé ou mise en scène de complicité politique ?

Puis c’est Frédérique Vidal, ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, qui une semaine plus tard provoque un tollé en annonçant lors d’une interview sur CNews (une chaîne peu réputée d’avant-garde) qu’elle va diligenter via le CNRS une enquête sur l’emprise de l’« islamo-gauchisme » dans le milieu universitaire. Frédérique Vidal persiste et signe et confirme devant l’Assemblée nationale son intention de faire « un bilan de l’ensemble des recherches qui se déroulent dans notre pays » pour faire le tri entre « ce qui relève de la recherche académique et ce qui relève du militantisme et de l’opinion ». Une partie de la communauté universitaire, riposte salutaire, crie à la police des idées, à la chasse aux sorcières voire au maccarthysme ; reproche à la ministre une opération de diversion pour faire oublier que la jeunesse étudiante est dans la détresse morale et sociale, que les queues s’allongent devant les banques alimentaires. Et six cents présidents d’université, enseignants, doctorants signent une pétition demandant la démission de Frédérique Vidal.

La ministre n’a d’ailleurs pas innové : il y a quelques mois, son collègue à l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, lançait déjà l’anathème d’« islamo-gauchisme », amalgamant terrorisme islamiste et extrême gauche (allez savoir qui ça visait !), contre tous ceux qui dénonçaient la politique de racisme d’État dirigé contre les musulmans – mise en œuvre en particulier avec cette « loi contre les séparatismes » qui vient d’être adoptée par le parlement. Rebaptisée – presque un aveu de culpabilité ! – « loi confortant les principes républicains ». La république bourgeoise évidemment, celle du fric.

La droite extrême louche vers l’électorat d’extrême droite…

Le porte-parole de Macron, Gabriel Attal, caricature de petit monsieur propre, a tenté de nier les amitiés particulières entre la macronie et l’extrême droite. « Mais non, mais non »… mais peine perdue. Frédérique Vidal n’a été ni « maladroite » ni « novice », comme l’ont écrit certains médias. Gérald Darmanin n’a été ni séduit ni abusé par Marine Le Pen. Il ne s’agit pas de dérapages, plutôt de ballons ou galops d’essai lancés par les macronistes en direction de l’électorat supposé de l’extrême droite. Voilà des mois que Macron et son staff sont en campagne électorale, pour les prochaines régionales, si elles ont lieu avant l’été, avec visée au-delà, pour la présidentielle de 2022. Voilà des mois qu’ils ont choisi leurs thèmes de campagne, à vrai dire volés à l’extrême droite : lutte contre l’immigration, l’insécurité, l’islamisme (mais entendez l’islam, c’est-à-dire tous les musulmans, autant parler de racisme anti-musulmans). Macron fait sa propre campagne par le truchement de projets de loi que propose son gouvernement, qui sont mis sur le devant de la scène politique et qui nourrissent les médias.

Les « sans mollesse »

Il y a donc eu cette fameuse « loi contre les séparatismes » ou croisade contre les Arabes ou assimilés (à l’image des vieilles expéditions de l’Occident chrétien). Il y a maintenant, introduite par ce « Beauvau de la sécurité » ou concertation nationale sur la police lancée par Macron le 1er février dernier, la promesse d’une « grande loi » ou « loi d’orientation et de programmation de la sécurité intérieure » (Lopsi) prévue pour 2022. Nous voilà partis pour subir des débats sur les qualités de la police, jusqu’à la présidentielle !

Pour ce qui est de l’immigration, point besoin de lois supplémentaires, Macron et son gouvernement ont déjà tout ce qu’il faut, concocté par leurs prédécesseurs, de droite ou de gauche, pour poursuivre leur chasse aux migrants. Le résultat est que ce dont Marine Le Pen et ses amis rêvent, Macron et son staff le font… sans « mollesse ». Les Républicains (LR), un autre variant de la droite extrême, eux aussi « dans l’opposition », ne savent pas trop bien non plus en quoi se distinguer. Il s’agit de nuances entre variants extrémistes de droite, dont il est difficile de dire lequel aurait le plus grand pouvoir contaminant.

De son côté, la gauche institutionnelle, elle aussi minée par les thèmes d’extrême droite et qui a gouverné en renforçant les pouvoirs de la police (contre travailleurs et jeunes en lutte), en chassant les migrants et en distillant elle aussi tous les venins du racisme, semble surtout craindre d’avoir à voter, à un deuxième tour en 2022, pour Macron contre Le Pen. Ce qu’elle a fait en 2017. Benoît Hamon qui dit avoir été « cocufié » une fois… ne voudrait pas l’être une deuxième.

Macron craindrait au plus haut point les sondages qui le mettent en mauvaise posture pour 2022. Il ne voudrait pas être talonné ou dépassé par Marine Le Pen. Il voudrait apparaître comme le rempart face à elle. D’où la tentative de son staff, les Darmanin, Blanquer, Schiappa et autres, de la dépasser… sur tout l’éventail des thèmes réactionnaires de l’extrême droite ! D’où cette impression de bonnet blanc et blanc bonnet – à ceci près que ce dont Marine Le Pen parle, Macron le fait ! Tous deux surtout, visent à détourner l’anxiété voire la colère qui s’expriment dans les classes populaires face aux conséquences de la gestion capitaliste de la pandémie sur l’emploi, les salaires et les conditions de vie.

Seule la vraie vie et nos vraies luttes peuvent les bousculer

Le racisme et tout le fatras d’idées moyenâgeuses que véhicule cette droite nationaliste française (une « élite nationale » qui a derrière elle une longue tradition !), n’est pas le seul point commun entre LRM, LR et RN. Il y a aussi le silence complet devant les problèmes quotidiens. Les commerçants ruinés ? Rien ou très peu. Les agriculteurs et éleveurs, aujourd’hui aux prises avec les grands de la distribution qui ont fait un pognon fou depuis un an mais veulent leur payer leur production en dessous de ce qu’elle a coûté ? Rien non plus de la part du gouvernement sinon des jérémiades. Les travailleurs licenciés un peu partout dans le pays, par petites grappes dans de petites entreprises mais par milliers chez les mastodontes que Macron a arrosés de milliards et qui assurent encore des dividendes à leurs actionnaires ? Rien, vraiment rien. Les queues devant les banques alimentaires et autres restos du cœur qui accueillent maintenant des jeunes ? Rien non plus. Les impayés de loyer qui explosent au point que les expulsions de mars ont été repoussées en juin ? Et les SDF ? Rien de rien. Tandis que des faits divers dramatiques font les gros titres : l’étudiant qui se suicide, le chômeur rendu fou qui tue l’employée de Pôle emploi, le migrant qui tue le responsable d’un centre d’accueil…

Tout l’argent et les aides de l’État – magiques ! – sont allées à ceux qui en avaient déjà. Quasiment rien aux autres. Des centaines de milliards donnés au grand patronat sans contreparties. Macron, Le Maire et Darmanin sont les artisans de cette politique, mais Marine Le Pen n’en dit rien, elle qui pourtant, du moins en période électorale, se prétend volontiers protectrice des Français modestes.

Droite et extrême droite se livrent à un vrai numéro de clowns. D’un côté ceux qui pèlent les oignons – Macron et ses ministres qui servent leurs maîtres capitalistes, les très riches, attaquent les droits des travailleurs, expulsent les migrants et distillent le poison raciste –, et ceux qui pleurent ou piaffent de prendre leur place – les Républicains et Marine Le Pen.

En face la gauche et les écolos ? Pas bien bavards, si ce n’est pour des professions de foi « nationales » eux aussi, en faveur d’une mythique industrie française… propre et bio, bien sûr !

Restent nos mobilisations et nos luttes. En gestation certes. Elles seules peuvent les faire taire, tous.

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