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DOSSIER : Ukraine

Dans la foulée de la guerre de Poutine contre l’Ukraine, les grandes manœuvres impérialistes

Mis en ligne le 5 juillet 2022 Convergences Monde

Joe Biden s’en est flatté : l’Alliance atlantique (Otan), alliance militaire mise sur pied en 1949 par les États-Unis pour contenir l’influence de l’URSS, vient d’afficher une vigueur nouvelle lors du dernier sommet de ses trente États membres, à Madrid les 29 et 30 juin. Dans un contexte tout à fait différent puisque l’URSS a disparu il y a déjà trente ans et que la Russie qui lui succède appartient bel et bien au monde impérialiste. Mais un monde de brigands rivaux. Et Biden, derrière l’Otan, saisit l’opportunité de la guerre que Poutine a déclarée le 24 février dernier à l’Ukraine pour se poser en défenseur de « valeurs » occidentales, en réalité pour raffermir l’hégémonie mondiale de l’impérialisme américain et pousser en avant ses pions économiques et militaires.

Militarisation accélérée et profiteurs de guerre

L’Otan se félicite de la victoire politique qu’est son élargissement à deux pays dits neutres jusque-là, la Suède et la Finlande (ce qui va allonger de 1 340 kilomètres la frontière – zone de contact – entre la Russie et les pays de l’Otan limitrophes). Ce qui n’est pas allé sans concessions faites au leader turc Erdoğan : la Suède – au grand dam d’une partie de son opposition intérieure – s’est engagée à cesser sous certaines modalités d’héberger des Kurdes du PKK et du YPG, organisations considérées par Erdoğan comme terroristes. Biden a également fait inclure la Chine dans la liste des États menaçant « la sécurité et les valeurs » occidentales. Mais l’impérialisme américain veut surtout faire monter d’un cran l’armement du monde (comprenez les ventes d’armes made in USA). Le chef de l’Otan, Jens Stoltenberg, a ainsi annoncé « la réorganisation la plus importante de notre défense collective depuis la guerre froide », comportant, entre autres, le passage d’une force dite de réaction rapide de 70 000 hommes à un contingent de 300 000 potentiellement mobilisables, l’augmentation du nombre de destroyers américains sur une base navale en Espagne, celle du nombre d’escadrons de F-35 américains en Grande-Bretagne et un nouveau quartier général piloté par les USA en Pologne. Les États européens sont également priés de continuer à augmenter leurs budgets militaires (ce qui est le cas depuis huit années consécutives) pour atteindre voire dépasser les 2 % de leur PIB, objectifs fixés en 2014. De son côté bien sûr, Volodymyr Zelensky, qui s’est adressé à ce sommet de l’Otan par visioconférence, a demandé davantage d’aide financière et militaire : il lui faudrait quelque cinq milliards de dollars par mois pour financer sa défense, dit-il.

Discussions au sein de l’extrême gauche

Découle-t-il de cette politique des États-Unis et de leurs alliés de l’Otan, indéniables « profiteurs de guerre », qu’ils seraient protagonistes directs de ce conflit ? Que Zelensky et la population ukrainienne seraient en la circonstance des fantassins de l’impérialisme occidental ? Bref que cette guerre entre la Russie et l’Ukraine serait « inter-impérialiste » et que donc les révolutionnaires devraient rejeter de la même façon les deux camps et s’en tenir, du fait qu’aucun d’entre eux ne représente les intérêts du prolétariat, à une simple dénonciation abstraite de la guerre ? L’impérialisme étant porteur de guerre, c’est bien connu, alors mobilisons-nous à l’échelle internationale contre la guerre ? Ou luttons d’abord en France, l’ennemi impérialiste étant dans notre propre pays ? Certes, mais encore ? Et l’Ukraine et sa population ? L’extrême gauche dans son ensemble est bien incertaine et divisée sur l’attitude à adopter, entre groupes, au sein même de groupes, comme le NPA, au sein même de notre courant l’Étincelle.

Pour l’heure, c’est le peuple ukrainien qui compte ses morts, ses blessés, ses millions de femmes et enfants qui ont dû fuir

Face à cette indéniable militarisation du monde, accrue et montante, fièrement affichée par l’Otan et l’impérialisme américain qui en est le principal artisan, à la tête d’alliés dont l’impérialisme français, les révolutionnaires se doivent évidemment de dire aux prolétaires du monde que l’impérialisme c’est la militarisation et la guerre – c’est-à-dire la guerre économique par d’autres moyens ; que nous sommes menacés, à un terme encore non défini, d’une nouvelle conflagration mondiale dans un contexte de rivalités planétaires entre grandes puissances pour les matières premières et les marchés – dont celui des armes et dont celui des armes nucléaires. Du moins si les prolétaires ne prennent pas l’offensive. Il devient effectivement palpable qu’une guerre régionale comme l’actuelle guerre d’Ukraine peut basculer vers un conflit mondial. Mais pour l’heure, cette guerre qui est prétexte pour les USA et ses alliés de l’Otan à militarisation poussée, a lieu en Ukraine. Ils ne sont pas belligérants. Pour l’heure, c’est le peuple ukrainien qui compte ses morts, ses blessés, ses millions de femmes et enfants qui ont dû fuir. Et qui tente de résister parce qu’il a face à lui un des dictateurs forcenés de la planète, Poutine, qui voudrait annexer tout ou partie de son pays, comme il a déjà annexé la Crimée en 2014. Qui voudrait asservir l’Ukraine au nom d’une histoire réécrite pour les besoins de visées impérialistes sur un « étranger proche » et au-delà même dans le monde, au Moyen-Orient, en Asie et en Afrique – même si cet expansionnisme impérialiste est sans commune mesure avec l’expansionnisme de l’impérialisme américain ou des vieux impérialismes européens ? Et le problème est que face à cette guerre-là, une guerre bien concrète qui a ses victimes, son histoire, ses protagonistes et leurs motivations, il est bien difficile d’en rester à une position « anti-guerre » abstraite, voire à une position qui pourrait paraître plus militante d’appel à construire un mouvement international contre la guerre et la militarisation.

Quelle politique de classe ?

Et est-ce la situation ? Une telle attitude, dans le contexte que nous essayons d’analyser dans le texte qui suit, ne revient-elle pas à refuser à la population ukrainienne la solidarité basique que les travailleurs du monde lui doivent, dans un premier temps ? Ne serait-ce que pour qu’elle soit encouragée à chercher le chemin d’une politique de classe : à la fois de défense contre l’agresseur Poutine, mais en même temps de mobilisation indépendante de Zelensky qui représente les possédants ukrainiens. Une politique qui s’adresserait en particulier aux travailleurs de Russie pour une solidarité de classe ? Car quid de la population ukrainienne qui n’a pas envie de tomber sous le joug politique de Poutine ? En cas de victoire de Poutine, dans les régions de l’Ukraine qui pourraient être conquises, que va-t-il advenir de celles et ceux qui l’ont combattu, par les armes, qu’ils soient réactionnaires ou qu’ils soient de gauche, militants associatifs et syndicalistes ? Que va-t-il advenir de ces cheminots qui ont assuré à leurs risques et périls l’exode de la population devant les bombes ? Des salariés d’une multitude de secteurs publics, de santé ou d’éducation, qui font face au désastre par une organisation collective à la base, tant bien que mal, avec les moyens du bord, face à un pouvoir qui a quasiment diminué des salaires de moitié, imposé une loi martiale qui rogne les droits ouvriers et proscrit toute grève ?

Quels basculements à venir ?

La guerre en Ukraine entre dans son cinquième mois, a déjà fait des dizaines de milliers de morts et d’incalculables destructions dans le pays, d’innombrables victimes aussi dans les rangs de l’armée russe. Cette situation dramatique et complexe n’est certainement pas soluble par de simples mots d’ordre ou slogans. Il faut savoir aussi qu’elle peut changer. Qu’un dérapage pourrait transformer ce conflit en guerre opposant vraiment cette fois deux ou plusieurs camps impérialistes entre eux. Ou qu’au contraire – s’appuyant sur la lassitude de la population et les trop grandes souffrances subies –, des représentants de l’impérialisme occidental et de la Russie poussent à un compromis de fin de conflit… sur le dos de la population ukrainienne, voire sur le dos de Zelensky. C’est en tout cas une telle fin de conflit que cherche Macron – qui n’a cessé de se poser en homme du dialogue avec Poutine (il n’est d’ailleurs pas le seul à tenir au maintien de quelques relations économiques avec le maître du Kremlin).

L’article qui suit (cliquer ici) revient en détail sur tous ces sujets.

1er juillet 2022, Michelle Verdier

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Numéro 146, juillet-août 2022

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