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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 90, novembre-décembre 2013

Call Expert (Saint-Christol-lès-Alès) : Le patron est en prison mais les 107 employées restent à la rue

Mis en ligne le 16 novembre 2013 Convergences Entreprises

Le PDG de Call Expert, Bertrand Delamare, vient d’être mis en examen et incarcéré par le procureur d’Amiens pour abus de biens sociaux et établissement de faux bilans.

Call Expert est une entreprise qui possède plusieurs centres d’appels en France. La liquidation judiciaire de celui de Saint-Christol-lès-Alès, dans le Gard, a été prononcée le 6 juillet dernier. Depuis, les 107 employées sont à la rue.

C’est une boîte très dure payant ses employées au SMIC. Pourtant elle a reçu beaucoup d’argent des pouvoirs publics et de la sécu : 500 000 euros du fonds d’industrialisation du bassin alésien, dette à l’Urssaf d’un million d’euros ramenée à 500 000 euros en 2012 et non paiement des cotisations depuis cette date (soit une ardoise de 630 000 euros), 500 000 euros au titre de contrat de professionnalisation, subvention de 600 000 euros de Lille Métropole… L’entreprise a été mise en redressement judiciaire en juillet 2011. Delamare s’était engagé à régler la dette par mensualités. En fait, il ne paye plus rien depuis janvier 2012. C’est ce qui lui vaut ses ennuis judiciaires actuels.

Le début du conflit

Le climat était tendu. Une grève avait eu lieu en 2011. Delamare, avait pour projet de fermer Saint-Christol et d’ouvrir un site à l’île Maurice !

Le conflit a démarré le 4 juin 2013, après qu’on a appris que le principal client du site mettait fin à son contrat : inquiétude générale. Réunion à l’Union locale CGT où on envisage une grève pour obtenir au moins des explications de la direction (aux abonnés absents) et la tenue d’un Comité d’entreprise. Le lendemain, en prenant leur service, les employées constatent qu’aucun de leurs ordinateurs ne fonctionne, le site a été déconnecté. Les filles décident d’occuper le centre pour empêcher de déménager le matériel. Pendant un mois elles vont se relayer nuit et jour pour monter la garde et organiser diffusions de tracts, rassemblements et manifestations.

La CGT y est majoritaire. Et c’est l’UL CGT qui prend les choses en main. Elle se transporte momentanément sur le site où ses militants font toutes leurs activités. Commence alors une campagne de dénigrement par les autorités, sous-préfet et préfet accusant la CGT d’Alès de tous les maux. Elle serait responsable de la violence et même des fermetures de sites dans le secteur. Malheureusement ils seront aidés tant par l’UL CFDT que, en sous main, par… l’Union départementale CGT, en bagarre avec l’UL.

D’où viennent les violences ?

À Call Expert, il n’y a eu absolument aucune violence de la part des salariés ou des syndicalistes. La seule violence dont est accusée la CGT d’Alès remonte aux manifestations pour les retraites il y a deux ans. Sébastien Migliore, du bureau de l’UL CGT d’Alès, aurait envoyé un œuf qui avait, parait-il, éclaboussé une dizaine de flics. Cela lui a valu d’être condamné a une forte amende, à cinq ans de privation de droits civiques et à indemniser chacun des flics qui auraient reçu des éclats d’œuf.

En revanche, en juin dernier, il y a bien eu des violences à Nîmes lors du CE de Call Expert : les cogneurs ont été les flics, et les employées les matraquées. De même, lors du procès en liquidation de leur entreprise, elles étaient gardées par des vigiles, même pour aller aux toilettes.

Lors de la première table ronde organisée par le sous-préfet, celui-ci a refusé que Sébastien Migliore fasse partie de la délégation, alors que les employées le lui avaient demandé. Mais au CE, Delamare a pu arriver avec une équipe de gorilles. Les jeunes femmes devaient lui faire peur. À la sortie les filles ont voulu le voir pour savoir, enfin, ce qu’elles allaient devenir. C’est là que les flics ont chargé.

107 licenciées

Finalement la liquidation a été décidée par le Tribunal de Commerce le vendredi 6 juillet à la demande de l’administrateur judiciaire. Le site est alors évacué par les travailleuses qui continuent à se réunir régulièrement, et un fort groupe de ces dernières a assisté encore dernièrement à l’assemblée générale de l’UL CGT.

On a souligné plus haut le rôle de cette UL CGT. Philippe Poutou est venu confirmer le soutien du NPA et a été très bien accueilli, de même que Jean-Luc Mélenchon et Xavier Mathieu. Pendant la lutte une équipe est allée à Argelès-sur-Mer rencontrer les militants d’autres entreprises. Leur but : populariser le mouvement et faire une collecte (600 € récoltés). Elles sont de même allées à une réunion sur le gaz de schiste à Alès à laquelle assistaient les élus. La collecte a peu rapporté : les élus étaient occupés à présenter leur plus beau profil aux photographes.

Les ouvrières de Call Expert et une poignée de militants de l’UL CGT n’ont donc pas ménagé leur peine pour être entendus. Pourtant le résultat est celui que tant d’autres boîtes ont connu, petites ou grandes, qui sont restés isolées sur leur localité ou leur région. Les 107 de Saint-Christol-les-Alès se sentent peut-être un peu vengées de savoir leur patron en prison. Mais elles restent sur le pavé, avec le seul et mince espoir d’une action en justice pour recevoir au moins une partie de ce qui leur est dû.

30 octobre 2013, Bruno CLAMER


Une région ouvrière en friche

Alès et sa région ont vu bien des sites fermer : Alcatel-Cables, usine de câbles téléphoniques construite pour compenser la fermeture des mines, qui a mis la clef sous la porte et ses salariés à la rue… avant même la fermeture effective ; SchelBox, qui a repris les locaux d’Alcatel et qui vient aussi de fermer ; Tamaris Industrie, une des trois plus grosses fonderies de France, active et renommée depuis le début des années 1800. Elle fabriquait de très grosses pièces de fonderie mais aussi de la charpente : tous les ponts sur le Rhône, de Lyon à la mer ont été faits par elle. Puis Richard Ducros, lui aussi charpentier métallique et fabricant de ponts. De même, l’ensemble des usines textiles et des usines de chaussures ont elles aussi mis la clef sous la porte.

Bien entendu, les drames liés à ces fermetures sont innombrables. Le plus connu est celui de Pierre Jallatte, l’inventeur de la chaussure de sécurité, qui avait plusieurs usines, toutes sur la région. Devenu très vieux il a dû passer la main. Quand il a vu ce que faisaient ses successeurs (des financiers) il s’est tiré une décharge de chevrotines dans la poitrine en signe de protestation. Cela n’a rien changé : Jallatte est aussi en train de fermer.

Mis à part arroser les patrons voyous, les pouvoirs publics n’ont rien fait depuis au moins trente ans : la désindustrialisation des industries cévenoles était dans les tuyaux depuis 50 ans (aucun aménagement routier, ferroviaire ou autre, aucune industrie nouvelle lancée, etc.). Tous ces villages et toutes ces villes étaient des localités ouvrières. Les villages étaient généralement communistes (sans liste d’opposition depuis le congrès de Tours de 1920), les villes étaient généralement socialistes, ces derniers étant élus avec l’appui de la petite-bourgeoisie et de la droite. Maintenant Alès a un maire UMP qui se représente pour la quatrième fois !


Des syndicalistes ? Vraiment !

Sébastien Gil, syndicaliste CFDT services Gard Lozère, a planté le décor : « [À Call Expert] des petits jeunes qui vivent chez papa maman, dont le salaire est leur argent de poche viennent travailler quand ils veulent. L’absentéisme plombe les comptes de l’entreprise. » Sur Alès, avec 20 % de chômeurs, les fils à papa sont pourtant plutôt rares. Les employés de Call Expert sont très majoritairement des femmes de vingt à trente ans qui ont souvent un ou plusieurs enfants. L’absentéisme, réel, a une cause simple : cette boîte est un bagne et beaucoup ne tiennent pas. La secrétaire du CHSCT (CFDT) a embrayé : « C’est la CGT qui a fait fermer Richard Ducros et Fabio Lucci, et qui va faire fermer Call Expert. »

Le préfet reprendra cette fable parlant de « méthodes musclées d’un autre temps [qui] ont contribué à la fermeture de Richard Ducros ». Heureusement pour la CFDT, les dirigeants de la métallurgie CFDT Languedoc-Roussillon remettront les choses au point à leur manière : « Les méthodes d’un autre temps sont celles du groupe Fayat qui a laissé 211 salariés sur le carreau. Il faut être capable de différencier les patrons voyous des entreprises réellement en difficulté. Il faut combattre les premières et soutenir les secondes. » Le mal était pourtant fait à la cause des salariées de Call Expert.

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