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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 90, novembre-décembre 2013

Angleterre : Contrat zéro heure : zéro tracas, zéro blabla… pour le patronat !

Mis en ligne le 16 novembre 2013 Convergences Monde

On connaissait le chômage technique. Avec le « contrat zéro heure », le patronat anglais invente le « travail technique » : par défaut vous êtes au chômage (mais pas dans les statistiques) et, quand le patron a besoin de vous, il vous « accorde » des heures de travail. S’agissant de précarité, on n’arrête pas le progrès !

Bien entendu, l’idée n’est pas tellement que les salariés travaillent le moins possible, mais de les flexibiliser à outrance, d’adapter les horaires aux périodes de rush et, last but not least, que les travailleurs ne l’ouvrent pas trop de peur de ne plus se voir attribuer d’heures de travail. Le patron n’est pas obligé de faire travailler un nombre d’heures minimum. Les horaires varient d’une semaine à l’autre, parfois 8 heures, parfois 40 heures… et le salaire de même ! Impossible de savoir combien l’on va toucher à la fin du mois, impossible d’organiser sa vie, son budget et, bien évidemment, impossible d’emprunter pour la voiture ou la maison. En revanche, il faut rester disponible à tout moment et demander l’autorisation explicite du patron pour s’assurer les arrières avec un deuxième emploi.

Les précaires de Sa Majesté

Les contrats zéro heure se sont multipliés ces dernières années. Officiellement, on en compte 250 000 ; la réalité serait plutôt d’un million. De plus en plus d’employeurs y ont recours, certains dans des proportions importantes : dans l’hôtellerie, la restauration (chez McDonald’s, 90 % des employés sont au contrat zéro heure) ou le commerce, mais aussi… au Palais de Buckingham !

Avec la précarité, ce sont les droits élémentaires qui sont bafoués. Des dires mêmes d’un député travailliste, cité par Libération du 13 août 2013 : « Ces salariés travaillent vingt à trente heures par semaine, pendant des mois. Ils n’ont droit ni à des congés payés ni à des arrêts maladie. ». Au-delà de la seule santé des travailleurs, on imagine les risques dans certaines situations. Par exemple à Ryanair où 70 % des pilotes sont au contrat zéro heure : « les pilotes n’osent pas dénoncer les conditions de sécurité de peur d’être licenciés et prennent les commandes, même malades… » explique un reportage de la télé anglaise Channel 4.

Une grève contre les zéro heure : Yes Wigan !

À Wigan, près de Manchester, les travailleurs de la boulangerie industrielle Hovis ont prouvé qu’il était possible de se battre contre cette précarité. Fin août, 220 des 350 ouvriers de l’usine se sont mis en grève pour imposer l’embauche en CDI classique des salariés sous contrat zéro heure. La grève, victorieuse, a duré une semaine. Mais sitôt le travail repris, le patron a déclaré qu’il aurait recours à des intérimaires, embauchés par des agences au contrat zéro heure. Qu’à cela ne tienne, les travailleurs ont de nouveau cessé le travail mi-septembre. Après une nouvelle semaine de grève, ils n’ont pas pu empêcher entièrement ce recours indirect aux contrats zéro heure pour les pics d’activité, mais l’ont limité et, surtout, ont obtenu le même salaire que les travailleurs permanents pour les intérimaires qui travaillent 12 semaines consécutives à temps plein (alors qu’en moyenne, les contrats zéro heure sont payés à un salaire horaire de 40 % inférieur).

La grève a donc payé. En Angleterre comme en France, la meilleure manière de défendre les emplois et les salaires est d’imposer l’embauche des travailleurs précaires, CDD, intérimaires ou autres.

Maurice SPIRZ

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