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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 90, novembre-décembre 2013 > Étudiants en travail social… en lutte pour leurs stages !

Étudiants en travail social… en lutte pour leurs stages !

Interview de Yann, en formation

Mis en ligne le 16 novembre 2013 Convergences Entreprises

  • Convergences révolutionnaires : Dans quelle filière étudies-tu ?
  • Yann  : Je suis une formation d’éducateur spécialisé sur trois ans. On est « spécialisés » dans... tout : en hôpital de jour, dans l’aide aux prostituées, auprès des jeunes de l’aide sociale à l’enfance, comme éducateurs de rue. Après le diplôme, je voudrais travailler avec les jeunes placés, soit après décision de justice, soit à la demande des parents.

J’ai déjà fait deux stages, le dernier en foyer avec des mineurs isolés étrangers, arrivés seuls et sans attache sur le territoire français.

Le boulot consiste avant tout à accueillir ces jeunes : le foyer est la première structure à les recevoir sur le territoire français. On est chargé d’évaluer leur âge, leur histoire. On cherche sur le terrain à en accueillir le plus possible, mais souvent ça passe par le tribunal qui peut leur faire passer un test osseux pour déterminer s’ils sont vraiment mineurs. Pour ceux qui passent la rampe, c’est l’hôtel, le foyer ou, pour les plus chanceux, une famille d’accueil.

En foyer, on doit les réveiller le matin, les sortir, leur faire découvrir des musées, etc. Quand ils atteignent la majorité, c’est le plus dur. Pour les jeunes issus de la prostitution, on tente de leur trouver une place en tant que majeur ancien prostitué. Pour les autres, c’est souvent la rue. On peut éventuellement faire appel. Mais pour ça, il faut qu’ils aient des papiers solides.

Nous sommes un filet de sécurité de la dernière chance pour des jeunes dans la pire des situations. En général, les foyers fonctionnent en tant qu’associations, avec une quinzaine de salariés et trois ou quatre stagiaires. Autant dire que, sans stagiaires, ils ne pourront pas accueillir autant de mineurs, et pas dans les mêmes conditions.

  • C.R. : Tu étais rémunéré pendant ces stages ?
  • Y : Aucun des stages n’a été rémunéré. Le premier dépendait des hôpitaux. Ils pouvaient légalement ne pas nous payer. Le second, ils auraient dû. Mais l’école fermait les yeux à l’époque... Par exemple, pour les stages de quatre mois, on était nombreux à signer deux conventions distinctes, chacune de deux mois moins un jour, pour passer en-dessous de la barre et donc échapper à l’obligation de gratification. De fait, les écoles encourageaient ce type d’arrangement. On était quand même un certain nombre à réagir sur le fait que les stages devaient être rémunérés. Désormais, les écoles refusent les magouilles avec les conventions. Mais ça ne règle pas le problème, au contraire : sans stage, pas de diplôme !
  • C.R. : Quelle est votre revendication ?
  • Y : On demande un engagement de l’État, soit sous la forme d’un financement donné aux écoles ou aux structures accueillant des stagiaires, soit sous la forme d’une obligation aux structures de prendre des stagiaires et de les rémunérer. La plupart des structures prétendent ne pas avoir les moyens de financer des stagiaires. C’est probablement vrai pour les petites associations, mais pas pour les conseils généraux par exemple. En plus, la gratification ce n’est pas grand-chose, autour de 400 euros par mois. Des hôpitaux de plusieurs milliers de salariés refusent d’aligner cette somme ridicule.

Le gouvernement a fait passer cette loi de rémunération des stages sans regarder si toutes les structures ont les moyens, et surtout sans prendre aucune mesure pour les contraindre à payer. S’adresser à l’État, c’est aussi garder un caractère centralisé à notre revendication et ne pas s’éparpiller en restant chacun contre sa structure d’accueil.

Aujourd’hui, 50 % des étudiants se retrouvent sans stage. Mais des manifestations ont eu lieu partout, notamment à Nantes, Rennes et Paris. Et on continue !

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