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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 26, mars-avril 2003 > Chômage et licenciements

Chômage et licenciements

Belgique : 10 000 emplois menacés dans la sidérurgie liégeoise

Mis en ligne le 23 mars 2003 Convergences Monde

Arcelor est le premier trust mondial de l’acier, issu de la fusion des groupes Arbed (Luxembourg), Aceralia (Espagne) et Usinor (France) en 2001. Il compte 110 000 salariés dans le monde, et 20 000 en Belgique où il est le 4e employeur du pays, implanté à Liège et à Charleroi (l’ancien groupe Cockerill Sambre), à Gand à travers Sidmar (qui faisait partie de l’Arbed) et l’usine ALZ à Genk au Limbourg.

20 000 emplois supprimés en Europe

Le 22 janvier dernier, Arcelor a rendu officielle sa décision de ne plus investir dans ses sites de sidérurgie continentale à chaud sous prétexte des surcapacités actuelles du marché, mais en réalité parce qu’il exige 15 % de rendement annuel minimum de toutes ses usines. Les sidérurgies maritimes (en bord de mer) auraient un coût de production de 175 euros la tonne alors que les continentales tourneraient autour de 195 euros ! Cette fermeture concerne donc quatre sites européens : Florange en Lorraine, Brême et Ekostahl en Allemagne, Liège en Belgique. Au total, plus de 20 000 personnes perdraient leur emploi d’ici 2010.

Dans la région liégeoise, ce sont directement 2 300 emplois qui sont menacés dans la phase à chaud (deux hauts fourneaux, une cokerie, une aciérie, un laminoir) et plus de 7 500 dans les sociétés sous-traitantes, les intérimaires et les CDD. Et personne ne se fait d’illusions sur la soi-disant « pérennité » de la sidérurgie à froid (les lignes de galvanisation et d’étamage et les différentes techniques de revêtu de l’acier).

Depuis des années les différents plans de restructuration ont déjà fait passer le groupe Cockerill Sambre (Liège et Charleroi) de 40000 salariés à 9 000 en 20 ans. Le plan Delta, le dernier en date, qui devait officiellement se terminer le 31 décembre 2003, prévoit encore la suppression de 2 000 postes. Résultats : la multiplication des accidents (7 morts en 2002 pour Arcelor Belgique), dont un terrible le 22 octobre 2002 lorsqu’une explosion de gaz à la cokerie a fait 3 mort et 29 blessés graves, due au fait que la direction a rogné sur le personnel (manque chronique d’effectifs, multiplications des firmes extérieures et non-formation des jeunes travailleurs) mais aussi sur l’entretien. Après avoir imposé tous ces sacrifices, la direction d’Arcelor a donc annoncé qu’elle fermerait les quatre sites que depuis plus d’un an, elle jouait à mettre en concurrence les uns contre les autres.

Ambiance électrique… et manque de jus des syndicats

Aujourd’hui au sein de l’usine de Liège certains travailleurs ont perdu courage mais d’autres ne comptent pas se laisser faire et voudraient faire payer très chèrement à la direction son cynisme. Dans les ateliers, l’ambiance est électrique et à l’aciérie plusieurs débrayages spontanés ont déjà eu lieu. La colère de ces ouvriers est telle que certains parlent de détruire l’outil de production ou de descendre dans les centres de décision d’Arcelor (Luxembourg et Paris) et de tout casser.

Mais ce n’est pas les directions syndicales qui ont jusqu’à présent tout accepté qui pourraient leur fournir une perspective de lutte. Tant la FGTB (syndicat socialiste) que la CSC (syndicat chrétien) ont signé les plans de restructuration. Elles ont marché dans le chantage du plan Delta (« si on n’est pas compétitif, ils vont nous fermer »). Et si leur collaboration avec la direction leur a permis d’être intégrées complètement dans le comité européen d’entreprise c’est pour aboutir à signer un accord qui prévoyait entre autre l’obligation de déposer un préavis de grève de 9 semaines !

Maintenant encore la FGTB et la CSC ne cessent de répéter qu’on a le temps puisque les fermetures sont annoncées pour 2005-2006 et que surtout il faut maintenir l’outil au nom du fait qu’il y aurait peut-être un repreneur potentiel. Il serait trop tôt pour faire grève, trop tôt pour aller voir les salariés des autres entreprises de la région, trop tôt pour se mettre en lutte. En plus, comme on se trouve en période pré-électorale en Belgique (élections législatives le 18 mai) elles ne voudraient pas « perturber » la campagne électorale de leurs amis socialistes ou chrétiens.

Pour le moment les réactions syndicales sont soigneusement dosées et presque symboliques : séquestration de quelques dirigeants locaux d’Arcelor, interventions limitées aux syndicalistes dans les conseils des communes où Arcelor est implanté, ainsi qu’au Parlement européen à Strasbourg. Une manifestation à Seraing (siège historique de Cockerill) a cependant rassemblé plus de 6 000 personnes (travailleurs et population de la région). Mais dans la plupart des cas, toutes les actions syndicales se sont faites en tenant les travailleurs à l’écart de toute mobilisation et en leur demandant au contraire de ne jamais arrêter la production.

Le seul résultat de cette mollesse syndicale, c’est qu’au début mars le patron d’Arcelor, Guy Dollé, a menacé à travers la presse belge d’accélérer le processus de fermeture au cas où le plan Delta ne serait pas bouclé comme prévu.

Les milliers de sidérurgistes liégeois pourraient pourtant être une force irrésistible. Imaginons les aller voir les autres entreprises de la région, donner une direction à la solidarité qui s’est déjà exprimée un peu partout dans la population, et au-delà, aller trouver les camarades de Charleroi et de Sidmar ! Et même, pourquoi pas, se joindre aux ouvriers allemands et français !

A condition que ce soit pour organiser une lutte d’ensemble et pas, comme jusqu’ici, se contenter de quelques bus belges qui descendent sur Paris, accueillis par une poignée de syndicalistes CGT pendant une heure et 2 jours après, d’une manif de quelques centaines de travailleurs allemands et belges à Luxembourg. Ces actions satisfont peut-être ceux des dirigeants de la Centrale des métallurgistes belges qui se sont chargés de faire appliquer la fermeture de l’usine de Renault Vilvoorde en 1997, ont liquidé la délégation syndicale combative des Forges de Clabecq ensuite en 1999, accepté la fermeture de la Sabena en 2001. Elles ne peuvent faire illusion sur les militants et travailleurs qui veulent faire plier Arcelor.

13 mars 2003

Henri MALRIG

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