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DOSSIER : Les Etats-Unis en guerre : contre l’Irak, contre les peuples, contre leur peuple

Afghanistan, un an après…

Mis en ligne le 23 mars 2003 Convergences Monde

L’intervention des Etats-Unis (et quelques supplétifs, dont la France) en Afghanistan était censée s’attaquer aux réseaux terroristes d’Al-Qaida, abattre un régime totalitaire et libérer le peuple afghan de l’oppression moyenâgeuse des talibans, en particulier contre les femmes.

Un an et demi après la victoire, d’après les organisations humanitaires sur place, il y aurait 3 millions de personnes dépendantes de leurs aides, 900 000 personnes déplacées, auxquelles s’ajoutent près de 4 millions réfugiées au Pakistan ou en Iran. Les factions militaires dont les USA avaient acheté le ralliement, recommencent à se battre entre elles. L’armée américaine n’en est toujours pas sortie et les accrochages avec des groupes armés se multiplient.

Un tapis de bombes… pour changer de chefs de guerre

Pourtant, commencée début octobre 2001, et menée partiellement par procuration, cette guerre avait semblé facile pour les Américains. Leur armée assurait surtout l’infrastructure et les pilonnages de bombes. La piétaille des fantassins était constituée des troupes des divers chefs des factions intégristes ralliées aux Etats-Unis contre les talibans.

Deux mois et 18 000 bombes plus tard, le mollah Omar et Ben Laden disparus sans laisser d’adresse (pas même une boite postale), le régime taliban tombait. On a avancé le chiffre de 3 700 personnes tuées par les bombardements. C’est sans compter les victimes de l’exode massif d’une partie de la population vers le Pakistan, en hiver, à travers les montagnes. Et ce chiffre fait encore bon compte des morts parmi les soldats de l’ancien régime taliban. Par exemple, les prisonniers matés par le général Dostom et massacrés près de Mazar-e-Charif, 80 survivant seulement sur 400. Ou encore ces milliers de combattants enfermés dans des conteneurs, où des centaines seraient morts étouffés.

A ce prix, les troupes de l’Alliance du Nord, nouveaux occupants du pouvoir choisis par Washington, ont pu entrer dans Kaboul dès novembre 2001. La « Loya Jirga », assemblée afghane réunissant sous l’égide des USA les divers chefs de guerre pour procéder au partage du pouvoir, a donné lieu à d’âpres négociations : certaines rivalités entre délégués se seraient réglées à coups de revolver. Elle permit cependant d’éviter d’avoir à installer un gouvernement militaire américain, voire un gouvernement onusien (comme Kouchner au Kosovo), un gouvernement provisoire afghan étant sorti, le 22 décembre 2001, de ces palabres.

L’Etat Unocal ?

Mais le choix de l’homme placé à sa tête en dit long : Hamid Karzaï est un ancien collaborateur de la CIA dans les années 80, appointé ensuite, au milieu des années 90 comme consultant par la compagnie pétrolière Unocal. A ce titre, il avait participé aux négociations de cette compagnie avec le régime des talibans. Quant à l’envoyé spécial de Georges Bush à Kaboul, Zalmay Khalilzad, qui avait eu pour mission de veiller à l’accouchement de cette nouvelle autorité afghane, il avait lui aussi travaillé pour la même compagnie. C’est celui-là même que Bush vient de désigner comme envoyé spécial pour l’Irak.

Bien entendu, les délégations des différents clans réunies d’abord à Bonn s’étaient toutes engagées à respecter « l’unité nationale afghane », « les droits de l’homme », « l’égalité des sexes ». Une partie de la presse occidentale s’était empressée de parler de « débuts très encourageants », et Kofi Annan avait salué la « chance historique » qui s’offrait à l’Afghanistan.

Il n’aura pas fallu longtemps pour voir ce que recelaient cette chance. La construction d’un Etat afghan centralisé est aujourd’hui une perspective toujours plus lointaine. En février 2002, le ministre de l’aviation civile et du tourisme était assassiné. En juillet, c’était le tour du vice-président et ministre des travaux publics, liquidé en plein jour à Kaboul devant son ministère. Karzaï lui-même n’a échappé à un attentat que grâce à ses gardes du corps américains. En province, le pouvoir est aujourd’hui totalement entre les mains des seigneurs de guerre, comme Dostom, le massacreur de Mazar-e-Charif, Ismaël Kahn « l’émir d’Herat », ou d’autres, pour certains transfuges des talibans.

Aventuriers militaires ou vieux chevaux de retour, ces chefs de guerre ont leurs propres troupes. Le nombre de miliciens est supérieur à 300 000, de l’aveu même du ministre de la Défense afghan.

« Qu’est-ce qui a changé en Afghanistan ? »

Une responsable de Rawa, organisation de femmes afghanes, expliquait : « Les vainqueurs des talibans partagent la même idéologie et les mêmes méthodes brutales que ceux qu’ils ont vaincus. Au sein de l’Alliance du Nord, des gens comme Rabbani, Sayyaf, Khalili sont des intégristes. […] Ils sont sortis renforcés de la Loya Jirga avec plus de pouvoir et de légitimité ». Dans les différentes provinces, même terreur islamiste, même violence à l’égard des hommes qui ne se rendent pas à la mosquée, même oppression des femmes auxquelles la burqa continue d’être imposée. Sous la pression des chefs religieux, le gouvernement a renvoyé une éphémère ministre de la Condition féminine, et durant l’été 2002, il a constitué un Département des injonctions islamiques, qui ressemble étrangement à l’ancien « ministère pour la promotion de la vertu et la répression du vice » du mollah Omar.

Les seigneurs de guerre locaux contrôlent une bonne part des ressources du pays. Ils ont la haute main sur les droits de douane. Et, dans le sud surtout, ils profitent de l’argent de la drogue dont le pays est redevenu le premier producteur mondial. Une forme de « développement » qui n’est évidemment qu’un signe de la misère toujours plus grande de la population.

Le gouvernement Bush qui a eu la bouche pleine, il y a un an, du bonheur du peuple afghan, se satisfait aujourd’hui d’y protéger un genre de paix des cimetières, sur fond de misère qui n’a pas changé.

B.M.

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