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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 26, mars-avril 2003

47e congrès de la CGT : quel enjeu ?

Mis en ligne le 23 mars 2003 Convergences Politique

Le 47e congrès de la CGT, qui va se dérouler du 24 au 28 mars, prend un relief particulier dans le contexte de l’offensive gouvernementale contre la protection sociale et plus particulièrement le système de retraites.

Consciente du jeu actuel tant du gouvernement que de la direction confédérale, la presse avait pronostiqué qu’avant la tenue de ces assises, le gouvernement s’abstiendrait d’annoncer des projets précis en matière de retraites. N’avait-il pas tout intérêt d’éviter de « savonner la planche » aux dirigeants syndicaux et en particulier à Bernard Thibault afin que celui-ci obtienne le chèque en blanc qui lui permettra de négocier sans entrave la « réforme » proposée ?

Les déclarations de Fillon - affirmant au journal Le Parisien être partisan de l’alignement à 40 annuités pour tous les régimes et opposé à tout retour sur la loi Balladur pour le privé - semblaient donc une belle maladresse, même si elles n’avaient rien d’un scoop. Elles ne pouvaient que susciter le tollé des dirigeants syndicaux, en particulier de la CGT, ceux qu’elles mettaient le plus en porte-à-faux, ne serait-ce qu’à cause de la proximité du congrès.

Effectivement, si le gouvernement lui-même ne leur offre même pas la négociation, que leur reste-t-il à offrir comme perspective aux militants ? Pas la lutte tout de même ? Heureusement, une petite rectification de Fillon pour expliquer qu’il n’avait fait que donner son opinion mais que tout restait encore à discuter, a redonné ses chances au congrès CGT de dégager l’orientation souhaitée par Thibault.

A « nouvelle culture »…

Cette orientation n’est certes que celle déjà approuvée lors du précédent congrès durant lequel la direction confédérale avait affirmé sa volonté de se présenter comme syndicat de proposition. Et pour mieux revendiquer sa place d’interlocuteur privilégié du patronat et du gouvernement, elle avait insisté sur son indépendance des partis politiques et pris explicitement ses distances d’avec le Parti communiste. Le gouvernement était alors de gauche, il est maintenant de droite (et le patronat toujours du même côté : celui de ses intérêts), mais l’indépendance de la CGT à l’égard des partis politiques figure à nouveau dans les textes du congrès. Il s’agit bien de marteler que, quelle que soit la couleur des ministres, la CGT est disponible pour des marchandages et des accords.

C’est ce que souligne le rapport d’activité soumis à la discussion quand faisant le bilan depuis le congrès précédent il affirme : « la bataille revendicative menée par la CGT sur les 35 heures a (…) été particulièrement riche et instructive pour notre syndicalisme. Elle lui a permis (…) de se réapproprier la négociation et de dédramatiser la signature d’accords. (…) La CGT a ainsi affirmé sa présence incontournable aussi bien vis-à-vis des salariés que vis-à-vis des interlocuteurs patronaux et gouvernementaux. (…) Permettant ainsi l’émergence d’une nouvelle culture syndicale CGT qui, dans la pratique, a permis d’articuler de manière nouvelle contestation, mobilisation, proposition, négociation et signature d’accords. »

Ceux des travailleurs dont les conditions de travail et de vie ont été aggravées par les 35 heures apprécieront. En tout cas il ne peut faire de doute que les accords que la CGT se propose maintenant « d’articuler » et signer sont ceux sur la réforme des retraites.

…nouvelle opposition ?

Sur ce sujet, jusqu’ici, la bonne volonté de Thibault, Le Duigou et consorts ne s’est pas démentie. Leur affirmation répétée de la nécessité de la réforme, leur soif de négocier, à savoir de marchander sur la base des reculs préparés par le gouvernement, semblait rendre la partie facile pour Raffarin. Pourtant le processus enclenché a connu quelques ratés : d’abord le refus inattendu de l’accord à EDF-GDF, repoussé par une majorité des travailleurs - en dépit de l’appel à voter oui des dirigeants de la fédération de l’énergie et la bénédiction de la confédération CGT ; puis la mobilisation réussie du 1er février dernier où, malgré la déclaration commune des sept confédérations - faisant passer sous la table tout objectif précis sur les retraites mais réclamant dans l’unité la négociation - ce sont des slogans comme 37 ans et demi pour tous qui ont dominé dans les défilés.

Des oppositions se sont déjà fait entendre au travers des contributions à la préparation de ce congrès. Sur des sujets divers, certes, comme nous l’examinons dans l’article ci-contre, mais avec pour toile de fond une remise en cause, explicite ou non, de la politique de collaboration de classe de plus en plus accentuée de la direction. Il suffit d’ailleurs d’être en contact avec les militants du rang pour savoir que les critiques sont nombreuses à la base, même si elles sont dispersées et souvent confuses. Vont-elles s’exprimer à la tribune du congrès ? Et avec quelle force ? En tout cas dans le contexte actuel les voix des militants de la CGT s’exprimant, d’une façon ou d’une autre, contre le recentrage de leur confédération, ne peuvent manquer de compter. Il est donc à souhaiter qu’en dépit du filtrage des participants par l’appareil, elles s’expriment à nouveau à la tribune du 47e congrès. Nol pas, sans doute, qu’elles aient le pouvoir de faire changer Thibault d’orientation. Mais parce qu’elles signifieront que la direction confédérale n’aura pas entièrement les mains libres pour entraîner les militants dans une politique aidant le gouvernement à faire passer ses sales coups.

13 mars 2003

Louis GUILBERT

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