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DOSSIER : Les Etats-Unis en guerre : contre l’Irak, contre les peuples, contre leur peuple

La faiblesse du mouvement ouvrier

Mis en ligne le 23 mars 2003 Convergences Monde

Cela ne date pas d’hier. Mais dans le contexte actuel de guerre impérialiste, l’absence de la classe ouvrière américaine sur le plan politique se fait durement sentir. Pour l’instant, le mouvement anti-guerre s’est développé très largement en dehors d’elle. Cette difficulté de la classe ouvrière américaine à opposer une résistance politique organisée à sa bourgeoisie a certainement plus d’une cause. Mais il ne fait pas de toute que l’une d’elle est l’offensive jusqu’ici victorieuse lancée par la bourgeoisie américaine contre le mouvement ouvrier depuis 25 ans.

C’est Reagan qui a donné le signal de l’attaque en 1981, en licenciant les 11 345 aiguilleurs du ciel grévistes, employés par le gouvernement fédéral, et liquidant du coup leur syndicat, le PATCO, qui pourtant l’avait soutenu aux élections présidentielles. A partir de là, les dispositions de la loi Taft-Hartley de 1947 (période de la « guerre froide » et de la chasse aux militants et aux communistes) ont été largement réactivées. La limitation du droit de grève, et notamment l’interdiction d’une grève pour raison « d’intérêt national », a été utilisée aussi bien par le républicain Reagan que par le démocrate Clinton.

L’affaiblissement des syndicats

Dans les années 1980 les directions syndicales, très fortement bureaucratisées, ont accepté tous les reculs sous prétexte que les concessions seraient temporairement nécessaires pour juguler le déclin industriel. Elles ont entériné la révision des conventions d’entreprise, accepté un système salarial à deux étages défavorable aux nouveaux embauchés, le grignotage de l’indexation des salaires sur le coût de la vie, la perte d’avantages sociaux... Jamais elles n’ont envisagé l’organisation d’une contre-offensive plus générale, ne laissant les travailleurs recourir à la grève qu’usine par usine, le dos au mur, dans les situations désespérées. Certes, déjà dans les années 1970, les syndicats ne recouraient aux grèves que comme un moyen de pression sur les négociations. Les grèves des années 1990, plus rares et isolées, ont le plus souvent été sans résultat. Et le nombre de grévistes est tombé de 1 500 000 en moyenne annuelle dans les années 1970 à 229 000 dans les années 1990, cependant que le nombre de conflits dans les entreprises de 1000 salariés et plus passait de 424 en 1950 et 381 en 1970 à moins de 40 en 1990.

Résultat : baisse des salaires, explosion de la précarité (de 0,4 à 2,9 millions d’intérimaires entre 1982 et 2000) et celle du travail à temps partiel (15 à 20 % des travailleurs, selon les estimations).

L’ironie de l’histoire c’est que la platitude des syndicats devant les patrons loin de les protéger a concouru à leur affaiblissement. De plus de 20 % dans les années 70, le taux de syndicalisation a reculé à 13,9 % en 1998, et ce taux n’est que de 9,5 % dans le secteur privé, 4 fois moins que dans le secteur public. Ce déclin spectaculaire (comparable à ce qu’on connaît en Europe) est lié aux restructurations des industries comme l’automobile, l’acier, l’électronique ou les mines, où historiquement, les syndicats d’industrie s’étaient développés, et où ils avaient pu imposer la mise en place de systèmes de protection sociale dans les années 40.

Mais il est dû aussi au durcissement de la politique antisyndicale des employeurs (c’est ainsi que des firmes spécialisées, les « Unions busters », véritables consultants de la lutte antisyndicale, ont pu faire fortune, puisque 80% des employeurs y ont recouru avec succès) comprenant fort bien qu’ils n’avaient pas ou n’avaient plus en face d’eux des organisations prêtes à se battre becs et ongles. Politique qui a profité du doute grandissant des travailleurs eux-mêmes quant à l’utilité des syndicats. En 1997 par exemple, seule la moitié des 3 160 élections d’accréditation a été gagnée par les syndicats.

Vers une renaissance du mouvement ouvrier ?

Pour autant, on ne peut pas conclure à la disparition de la conscience de classe ou l’absence totale de lutte. Par exemple la grève d’UPS en 1997, a été marquante. En dénonçant les conditions de travail à temps partiel cette grève massive de 185 000 travailleurs des transports a suscité une forte solidarité parmi les travailleurs de toutes catégories.

Ces dernières années d’autres luttes grévistes ont touché des secteurs traditionnellement peu organisés de la classe ouvrière, des travailleurs à temps partiel jusqu’à des « cols blancs », en passant par des travailleurs immigrés clandestins. Des syndicats se sont constitués dans des secteurs où ils étaient inexistants. Deux semaines de grève en août 2000 d’un tiers du personnel de la compagnie de téléphonie mobile Verizon à New York ont imposé la limitation des heures supplémentaires, une hausse des salaires et l’extension du droit syndical à 86 700 salariés. En mars 2000, une grève dans le secteur des hautes technologies dans le Kansas a permis de syndiquer 40 000 nouveaux travailleurs. En janvier 2000, Boeing a connu la première grande grève des « cols blancs » (ingénieurs et techniciens) qui n’avaient pas été impliqués dans la précédente grève de 1995 : 4 mois de conflit et 40 jours de grève au cours desquels les salariés ont refusé la distribution de « stock-options » au profit d’augmentations de salaires et de l’attribution d’une prime.

En 1995 l’AFL-CIO a élu une nouvelle direction. Sous le nom de « Nouvelles voix », l’équipe dirigée par Sweeney, disait vouloir organiser la « mobilisation de solidarité ». Sweeney était connu pour avoir impulsé, à la tête du syndicat des services SEIU, une nouvelle politique de recrutement au début des années 1990. La campagne « Justice for Janitors » (le personnel d’entretien des immeubles), lancée dans 10 villes des USA, proposait de ne pas s’appuyer sur les seules procédures légales, mais de recourir aussi aux grèves et aux manifestations pour emporter la reconnaissance syndicale. Ainsi à Los Angeles, 90 % des employés des gratte-ciel, en majorité des immigrés hispaniques, auraient été syndiqués.

Mais en réalité, c’est surtout pour faire face à la chute des effectifs qu’une partie de l’appareil de l’AFL-CIO a décidé de renouer avec des actions combatives, voire de s’appuyer sur des groupes dissidents qui s’étaient formés au niveau local ou national contre les bureaucraties syndicales corrompues. Par exemple les « Miners for Democracy » au sein de l’UTWA ou les « Teamsters for a Democratic Union » (TDU) au sein d’un syndicat des Teamsters. L’AFL-CIO a aussi changé son langage jusque-là très hostile aux travailleurs immigrés clandestins pour recruter dans cette frange de la classe ouvrière.

Cependant, même si des luttes ont permis d’organiser des travailleurs (200 000 nouveaux membres à l’AFL/CIO en 1999), une véritable perspective d’ensemble fait toujours cruellement défaut. Pendant la grève de l’UPS, l’absence d’une politique s’adressant aux autres travailleurs n’a pas permis de mesurer si le conflit aurait pu s’étendre. Même la combativité des travailleurs d’UPS n’a pas eu de suite, non de leur fait, mais parce que le syndicat des Teamsters a reculé. Et après que l’Etat soit intervenu pour démettre Ron Carey -dirigeant de la grève- de la présidence du syndicat des travailleurs de UPS sous des prétextes fallacieux, le syndicat des Teamsters (auquel appartient celui de UPS) s’est empressé de battre en retraite. De même dès que le syndicat des employés d’entretien d’immeubles a été reconnu en 1995 à Los Angeles, le SEIU s’est empressé de signer une convention collective qui entérinait de très bas salaires.

Ce n’est pas la combativité qui fait défaut aux travailleurs américains. C’est une direction soucieuse de s’appuyer sur chaque victoire partielle, chaque lutte même, pour renforcer le mouvement d’ensemble, et non pas pour servir son propre appareil.

Simone CANETTI


Syndicat, mode d’emploi

Aux USA, une section syndicale ne peut être créée qu’à condition que 30 % au moins des effectifs de l’entreprise en fassent la demande et qu’il y ait un vote majoritaire en sa faveur, au scrutin secret, sous le contrôle du National Labor Relations Board institué en 1935. Le monopole de la représentation au sein de l’entreprise lui est alors officiellement octroyé (procédure d’« accréditation » ou reconnaissance du syndicat) et l’adhésion est pratiquement obligatoire, le montant des cotisations étant prélevé par l’entreprise elle-même sur les salaires et versé au syndicat local.

La reconnaissance d’un syndicat dans une entreprise est une condition nécessaire pour pouvoir être couvert par une convention collective de l’entreprise puisque c’est lui seul qui peut la négocier. Les conventions n’existent pas au niveau d’une branche d’industrie, et ne s’étendent pas aux travailleurs non syndiqués. L’existence de cette convention entraîne le plus souvent de meilleurs salaires (d’environ 30 % en moyenne, par rapport aux non syndiqués), et une couverture sociale (en 1995, 79 % des travailleurs syndiqués bénéficiaient d’une retraite complémentaire, contre 44 % chez les non-syndiqués) [1].


[1« Un syndicalisme affaibli », C.Sauviat (Chronique de l’IRES).

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