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Archives > Convergences Révolutionnaires > Numéro 18, novembre-décembre 2001

XXXI° Congrès du PCF : C’est la chute finale ?

Mis en ligne le 1er décembre 2001 Convergences Politique

Le 31e congrès du PCF a franchi un pas de plus dans cette « mutation » qui en fait un parti social-démocrate comme d’autres. Partisan d’une « république démocratique et moderne » ! C’est-à-dire un club électoral, dont l’état-major politique se soumet au gouvernement de la bourgeoisie et n’a pour but que d’y participer.

Tout le reste est fadaise.

Certes, il a été beaucoup question de « forme » – de parité, de collégialité, de priorité aux réseaux ou collectifs sur les cellules, de démocratie participative ou de parole aux non-adhérents. Mousse qui voulait faire oublier l’allégeance à la politique du gouvernement.

Le congrès s’est félicité d’avoir élu pour la première fois une femme, Marie-George Buffet, à la tête du parti. Après 80 ans d’un parti où les femmes ont joué un grand rôle, il était temps ! Mais pour être femme, MGB n’en est pas moins ministre !

Le congrès a également entériné la candidature de Hue pour les présidentielles. Il ira au charbon ! Car si Marie-George Buffet ambitionne 15 % des voix, les sondages donnent 2 ou 3 fois moins à Hue ! Mais sa tâche est de ratisser en milieu ouvrier et populaire au premier tour, pour amener ce qu’il peut à Jospin au second. Le PCF gauchira peut-être sa campagne. On lui pardonnera dans la coterie gouvernementale car personne n’oublie qu’il faut contenir l’influence d’Arlette Laguiller. L’édito du Monde du 31/10 l’exprimait à sa façon : « Il est de l’intérêt de tous les démocrates que le monde du travail trouve son expression politique, soit représenté et ne se sente pas exclu du jeu ». La direction du PCF attend que Jospin, en échange, lui réserve quelques circonscriptions gagnantes. Du moins si la gauche plurielle ne paie pas sa politique anti-ouvrière par une débâcle comme en 93 !

Autre nouveauté, le secrétaire général de la CGT a démissionné des instances dirigeantes du parti. Si le PCF tient désormais à montrer qu’il n’est plus le parti d’une seule classe mais de tous les « citoyens », l’appareil de la CGT préfère de son côté ne plus lier son sort à un parti déclinant. Il préfère l’être directement au gouvernement, comme la CFDT ou FO, dont il peut attendre davantage !

Travailleurs et militants, ne lésinez pas sur l’huile de coude…

Cela dit, reste encore au PCF une base de dizaines de milliers de militants, sympathisants, adhérents, présents dans les entreprises et les quartiers. A ceux qui se demandent que faire pour changer le sort des travailleurs, arrêter l’hémorragie de militants et de voix, Buffet et Hue répondent : Tout ! Soyez partout sur la brèche ! Prenez des initiatives locale ! C’est ça, le nouveau « communisme en actes » !

La direction du PCF a même le front de théoriser. Le parti n’est plus celui du « grand soir ». La révolution est à faire tout de suite, ici même, au quotidien ! Et de rajouter, pour contrer l’extrême gauche, qu’il ne suffit pas de « témoigner » ou de « protester », mais bien plutôt d’agir, de participer.

Belle arnaque ! Car l’interventionnisme, le dévouement de bien des militants du PCF, se heurtent à la politique d’un gouvernement auquel participe leur parti. Et tout particulièrement à ces lois ou mesures dites sociales, supposés points d’appui pour les militants dans leur combat.

La prétendue « avancée des 35 heures » a aidé le patronat à imposer la flexibilité, contre des réactions éclatées par branches et par entreprises.

Idem de la fameuse loi sur la modernisation sociale de Guigou, qui renvoient les dizaines de milliers de licenciés, par petits paquets, devant leur patron !

Idem des négociations des travailleurs des services publics, chaque catégorie avec son ministère ! Et pour quel résultat ? Les hôpitaux ont prétendument arraché au gouvernement un milliard de francs, mais au même moment, Jospin en donnait 3 milliards aux patrons des cliniques privées et 24 milliards à quelques grands trusts des télécoms.

Politique anti-ouvrière qui vise perfidement à saucissonner la classe ouvrière pour qu’elle n’agisse pas comme une seule et même force, contre le patronat. « Méthode Jospin » que le PCF a couverte pendant 5 ans. Ses bons amis de la CGT aussi !

Tandis que les ministres s’assoient sur leurs fauteuils… et les espoirs des travailleurs !

Mais le PCF affirme qu’il ne peut rien faire de plus, au gouvernement et au parlement, vu le rapport de forces en sa défaveur ! « Le PCF pense que le pouvoir d’Etat n’est plus « la » réponse mais qu’elle est dans la multiplication, l’extension des pouvoirs, l’intervention des individus eux-mêmes », peut-on lire dans l’Humanité du 29/10. Si les dirigeants du PCF disent vrai, on se demande pourquoi ils s’accrochent à ce gouvernement Jospin et à ce « pouvoir d’Etat » qui est celui de la bourgeoisie !

Marchais, en 1984, avait choisi que le PCF quitte le gouvernement où il était depuis 3 ans, pour tenter d’arrêter la perte de crédit. Hue et Buffet n’envisagent rien de tel. Tant pis si le parti en crève ! Le centralisme démocratique vaut maintenant par rapport à Matignon ! Dernier exemple en date, la guerre menée par l’impérialisme en Afghanistan. Après que Hue ait exprimé sa solidarité avec Bush – « avec le peuple américain et le gouvernement qu’il s’est donné » – Hue et Buffet se rallient maintenant aux interventions « humanitaires » de Chirac et Jospin.

Le grand tournant du PCF ne date pas d’hier. Il a eu lieu dans les années 1930 en fait. Mais le PCF était resté un grand parti pas comme les autres, jusqu’à la fin des années 1980. Lié à l’URSS et légèrement sulfureux pour la bourgeoisie française ! Lié à une base ouvrière et populaire, et contraint pour ne pas la perdre de l’encourager parfois à réagir, tout en la contrôlant. Un parti qui ne tirait pas l’essentiel de son poids du nombre de ses députés ni seulement du nombre de municipalités qu’il dirigeait. Ce qui faisait sa force, c’étaient ses liens avec le principal syndicat ouvrier, la CGT, et l’influence de ses militants dans les luttes de la classe ouvrière. C’est essentiellement cela que Mitterrand, puis Jospin ont acheté en échange de portefeuilles de ministres, et que Hue et Buffet sont en passe de liquider.

L’URSS n’est plus. Mitterrand puis Jospin, ont fait le pari qu’on pouvait réduire le PCF, non pas en le combattant ou en le reléguant au ghetto, mais au contraire en l’invitant au festin. Le PCF a marché et est en train de perdre l’essentiel du crédit qu’il avait dans la classe ouvrière et qui représentait sa force et son utilité aux yeux de la bourgeoisie. Cela ne signifie pas qu’il va immanquablement perdre ses ministres. Si Jospin l’emporte, il pourra en conserver au tourisme ou aux sports. Mais politiquement, le PCF n’a plus grande marge d’autonomie.

Groupons-nous et demain…

Nous sommes déjà entrés en campagne électorale. Les révolutionnaires y sont en concurrence avec le PCF. D’autant plus acharnée qu’il s’agit pour eux de dénoncer et combattre la politique du patronat et du gouvernement. Mais le programme des révolutionnaires s’adresse néanmoins au Parti communiste et à ses militants. Du moins à ceux qui veulent en finir avec le chômage, la précarité, les bas salaires, les guerres, en deux mots le capitalisme.

Il s’agit d’un programme et de perspectives de lutte pour tous les travailleurs, où peuvent se reconnaître ceux du PCF qui militent pour les intérêts de leur classe et pas pour une sinécure politicienne. Au-delà du bulletin de vote, c’est autour d’une telle perspective que les efforts et les énergies des militants du PCF peuvent prendre leur sens et leur portée.

Agir localement, partout où ils le peuvent, comme les y incitent leurs dirigeants, c’est certainement indispensable. Mais vain, sans l’ambition de faire converger les efforts et les succès en une force capable de bousculer le système, d’en renverser la tête, le pouvoir d’Etat, pour le remplacer par le pouvoir révolutionnaire des travailleurs et des pauvres.

C’est en agissant tous ensemble, militants de l’extrême gauche trotskiste et militants du PCF sincères, pour que la classe ouvrière lutte et s’organise pour la défense de ses intérêts généraux, que nous pourrons poser les jalons d’un futur parti communiste, ouvrier et révolutionnaire.

Michelle VERDIER

Pourcentages de voix recueillis par le PCF aux élections nationales de 1946 à aujourd’hui

élection

%

Constituante 46 26,2
Législative 46 28,6
Législative 51 26,5
Législative 56 25,4
Législative 58 20,5
Législative 62 21,3
Législative 67 22,5
Législative 68 20,0
Présidentielle 69 21,5
Législative 73 21,3
Présidentielle 74 Pas de candidat (soutien à Mitterrand)
Législative 78 20,5
Européenne 79 20,6
Présidentielle 81 15,4
Législative 81 16,2
Européenne 84 11,2
Législative 86 9,7
Présidentielle 88 6,7
Législative 88 11,3
Européenne 89 7,7
Législative 93 9,2
Européenne 94 6,9
Présidentielle 95 8,6
Législative 97 9,9
Européenne 99 6,8

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